Venezuela adopte une loi d’amnistie, mais exclut les figures clés de l’opposition
CARACAS, Venezuela – L’Assemblée nationale vénézuélienne a adopté jeudi à l’unanimité une loi d’amnistie très attendue, ouvrant potentiellement la voie à la libération de centaines de prisonniers politiques emprisonnés pour leur opposition au gouvernement. Cependant, la loi exclut ceux accusés d’avoir promu des actions militaires contre le pays, ce qui pourrait inclure des figures de l’opposition de premier plan.
L’adoption de cette loi intervient dans un contexte de changements politiques majeurs au Venezuela. En janvier, le président Nicolás Maduro a été destitué lors d’un raid militaire américain, et Delcy Rodriguez a pris le pouvoir en tant que présidente par intérim. La loi d’amnistie a été poussée par Rodriguez sous la pression de Washington, qui cherche à encourager une transition démocratique dans le pays.
Selon l’ONG Foro Penal, environ 450 prisonniers ont déjà été libérés depuis la chute de Maduro, mais plus de 600 autres restent en détention. Les familles de ces prisonniers ont régulièrement dénoncé des cas de torture, de mauvais traitements et de négligence médicale. Des veillées et des grèves de la faim ont été organisées pour réclamer leur libération.
La loi d’amnistie s’applique rétroactivement jusqu’en 1999, couvrant des événements tels que le coup d’État contre Hugo Chávez, la grève pétrolière de 2002 et les émeutes de 2024 suite à la contestation de la réélection de Maduro.
Cependant, l’article 9 de la loi exclut spécifiquement ceux qui sont accusés de “promouvoir, inciter, solliciter, favoriser, faciliter, financer ou participer à des actions armées ou à l’utilisation de la force contre le peuple, la souveraineté et l’intégrité territoriale” du Venezuela, “par des États étrangers, des entreprises ou des individus”. Cette formulation soulève des inquiétudes quant à la possibilité que la loi soit utilisée de manière sélective pour pardonner les partisans du gouvernement tout en maintenant en prison les véritables prisonniers de conscience.
Maria Corina Machado, figure de proue de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix, pourrait être concernée par cette exclusion, étant accusée par le parti au pouvoir d’appeler à une intervention internationale.
Des experts des droits de l’homme de l’ONU ont exprimé leurs préoccupations, soulignant que la loi doit se concentrer sur les victimes de violations des droits de l’homme et exclure explicitement ceux accusés de crimes graves contre l’humanité.
L’adoption de cette loi intervient après des retards et des débats au sein de l’Assemblée nationale. Elle représente un pas potentiellement important vers la réconciliation nationale, mais son efficacité dépendra de sa mise en œuvre et de la volonté du gouvernement de libérer tous les prisonniers politiques.
Mercredi, le chef du commandement militaire américain responsable des opérations contre le trafic de drogue en Amérique du Sud a rencontré Rodriguez et d’autres hauts responsables vénézuéliens à Caracas, dont Vladimir Padrino, ministre de la Défense, et Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur. Ces derniers étaient de fervents partisans de Maduro et avaient longtemps véhiculé une rhétorique “anti-impérialiste”.
Le gouvernement intérimaire de Rodriguez fonctionne avec le consentement du président américain Donald Trump, à condition qu’il accorde l’accès aux vastes ressources pétrolières du Venezuela.
La situation au Venezuela reste fragile et l’avenir politique du pays incertain. La loi d’amnistie, bien que prometteuse, ne représente qu’une étape dans un long processus de transition et de réconciliation.
