Venezuela, un nouveau chapitre sous gestion Trump : entre reprise en main et « tweaks » de régime
Caracas/Washington – L’opération audacieuse, voire singulière, menée par l’administration Trump en janvier dernier pour prendre le contrôle de facto du Venezuela continue de susciter interrogations et analyses. Loin d’une simple « changement de régime », comme l’espéraient certains à Caracas, l’intervention américaine s’apparente de plus en plus à une prise de contrôle d’entreprise, selon des observateurs.
L’arrestation de Nicolás Maduro, orchestrée par une opération militaire à 2h du matin, avait initialement laissé entrevoir un retour à la démocratie. Mais le revirement de Donald Trump, privilégiant Delcy Rodríguez, numéro deux de Maduro, a déconcerté. « C’est moins une révolution que de la gestion de régime », analysait le Center for Strategic and International Studies à Washington.
Avec une économie valorisée à environ 80 milliards de dollars – bien en deçà des 165 milliards de dollars de la fusion Time Warner-AOL en 2000 – le Venezuela ne représente pas une acquisition majeure à l’échelle mondiale. Pourtant, pour Trump, l’opportunité était trop belle. Le pays, autrefois riche grâce à ses ressources pétrolières, était en proie à la mauvaise gestion et à la corruption.
Des intermédiaires financiers, tels que María Corina Machado et son équipe, avaient même tenté de séduire les investisseurs, promettant une production de 1,7 trillion de dollars sur 15 ans. Une offre alléchante, mais qui laissait planer la question du rôle de l’opposition dans une éventuelle nouvelle direction.
Trump, fort de ses instincts d’homme d’affaires, a contourné le Congrès et lancé une opération coûteuse – 31 millions de dollars par jour – pour prendre le contrôle. L’ancien président a justifié son intervention en évoquant le pillage des actifs pétroliers américains par Maduro, malgré la présence de Chevron sous licence spéciale.
Le remplacement de Maduro par Delcy Rodríguez a marqué une rupture avec les attentes démocratiques. Trump a publiquement salué les performances de sa nouvelle dirigeante, la qualifiant de « merveilleuse » et annonçant des investissements massifs. En février, il annonçait même avoir reçu plus de 80 millions de barils de pétrole vénézuélien.
Rodríguez, désormais à la tête du pays, semble naviguer entre les exigences de Washington et la nécessité de maintenir le statu quo. Des arrestations de journalistes ont été suivies de libérations de prisonniers politiques, orchestrées en réponse aux pressions américaines.
L’administration Trump a également mis en place un contrôle financier strict, obligeant le Venezuela à obtenir l’approbation américaine pour accéder aux revenus pétroliers. Une mesure qui, selon José Ignacio Hernández, un érudit vénézuélien, pourrait affaiblir le régime en limitant les possibilités de détournement de fonds.
Les premiers résultats sont encourageants : les exportations pétrolières ont augmenté de 60% en janvier, grâce à des ventes négociées par des sociétés de commerce de matières premières. Le Trésor américain a également assoupli les sanctions, permettant au Venezuela de vendre directement son pétrole aux États-Unis et sur les marchés mondiaux.
Cependant, cette prise de contrôle n’est pas sans risques. Trump pourrait avoir du mal à limiter la responsabilité de Washington face aux violations des droits de l’homme et à la corruption persistante. Les 500 prisonniers politiques encore incarcérés, selon Foro Penal, sont désormais sous la responsabilité de l’administration américaine.
L’affaire illustre la singularité de Trump, le premier homme d’affaires à occuper la Maison Blanche, qui aborde la politique internationale avec une logique purement économique. Une approche qui, si elle peut générer des profits à court terme, soulève des questions sur la transparence, la responsabilité et le respect des valeurs démocratiques.
