UE divisée face aux initiatives de paix de Trump à Gaza, tensions transatlantiques persistantes
BRUXELLES – Les dirigeants européens ont exprimé des réserves croissantes concernant une initiative de paix pour Gaza promue par l’ancien président américain Donald Trump, révélant des fissures au sein de l’Union européenne et des tensions persistantes avec Washington. Les discussions ont dominé un sommet informel de l’UE à Bruxelles, qui s’est tenu tard dans la nuit, sans communiqué officiel formel, soulignant la sensibilité du sujet.
Le plan de Trump, dévoilé au Forum économique mondial de Davos, implique la création d’un “Conseil de paix” pour Gaza, dont il serait le président à vie. L’initiative, qualifiée par Trump de moyen de “mettre fin à 8 guerres”, a suscité un mélange de scepticisme et d’inquiétude parmi les États membres de l’UE.
“Il y a de sérieux doutes”, a déclaré le président du Conseil européen, Antonio Costa, lors d’une discussion informelle, selon des sources présentes au sommet. Plusieurs dirigeants ont exprimé des préoccupations quant à la légitimité et à l’efficacité d’un tel conseil, en particulier compte tenu de la composition éclectique des participants à Davos, qui comprenait des dirigeants de pays aux bilans démocratiques contestables.
L’UE a réaffirmé son engagement envers une solution à deux États pour le conflit israélo-palestinien, basée sur le droit international et les résolutions des Nations unies. Cependant, l’approche unilatérale de Trump et son mépris affiché pour les institutions internationales ont soulevé des alarmes à Bruxelles.
Divisions internes et hésitations nationales
L’unité européenne sur la question de Trump n’est pas totale. La Hongrie et la Bulgarie ont signé un document soutenant le Conseil de paix, tandis que l’Espagne l’a rejeté catégoriquement. L’Italie, comme d’autres pays, a pris du temps pour évaluer la situation.
Les déclarations de Trump selon lesquelles la Première ministre italienne Giorgia Meloni et un responsable polonais auraient exprimé leur intention de rejoindre le conseil ont ajouté à la confusion. Rome n’a pas commenté publiquement ces affirmations, mais des sources gouvernementales ont souligné que le conseil pourrait entrer en conflit avec la Constitution italienne.
Bruxelles s’inquiète également des “différents éléments du statut” du conseil, notamment son champ d’application, sa gouvernance et sa compatibilité avec la Charte des Nations unies. L’UE a toutefois exprimé sa volonté de “collaborer” avec l’administration Trump sur un plan de paix global pour Gaza, à condition que le conseil agisse en tant qu’administration transitoire dans le respect de la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Autonomie stratégique et relations transatlantiques
Le sommet a également mis en évidence la volonté croissante de l’UE de renforcer son autonomie stratégique, en particulier dans le domaine de la politique étrangère et de la sécurité. Les dirigeants européens reconnaissent la nécessité de réduire leur dépendance à l’égard des États-Unis, en particulier dans un contexte de relations transatlantiques incertaines.
“L’autonomie stratégique est un destin inéluctable”, a déclaré une source européenne. L’UE s’efforce de développer ses propres capacités et de renforcer ses partenariats avec d’autres pays, comme en témoigne l’accord commercial imminent avec l’Inde.
En parallèle, l’UE cherche à maintenir un dialogue avec Washington, tout en se préparant à d’éventuelles divergences. La stratégie consiste à combiner fermeté et dialogue, sans escalade inutile, tout en maintenant des “ripostes crédibles” en cas de besoin. La souveraineté de la Groenlandie a été identifiée comme une “ligne rouge” pour l’Europe.
Nouvelles orientations commerciales et perspectives internationales
L’UE se tourne également vers de nouveaux partenaires commerciaux pour diversifier ses relations économiques. Les discussions sur l’accord Mercosur sont en cours, malgré les objections de l’Europarlement. Costa a exhorté la Commission européenne à faire avancer l’accord, soulignant que les pays membres ont déjà donné leur accord pour une application provisoire.
L’initiative de Trump à Gaza intervient dans un contexte plus large de remise en question de l’ordre international et de montée en puissance de nouvelles puissances. L’UE est confrontée à un défi majeur : préserver ses valeurs et ses intérêts dans un monde en mutation rapide.
[Image d’illustration : Une photo de la réunion informelle des dirigeants européens à Bruxelles, avec un focus sur les visages exprimant la préoccupation et la discussion. Source : Agence Europe]
[Tweet de Donald Trump annonçant le Conseil de paix pour Gaza : [Lien vers le tweet] ]
[Vidéo du Forum économique mondial de Davos présentant le plan de Trump pour Gaza : [Lien vers la vidéo YouTube] ]
Source : ANSA
