L’UE assouplit les objectifs de stockage de gaz pour calmer les marchés énergétiques sous tension
BRUXELLES – La Commission européenne exhorte les États membres à ralentir le remplissage de leurs réserves de gaz afin d’apaiser les tensions sur les prix de l’énergie, exacerbées par le conflit en Iran et ses répercussions sur les approvisionnements. L’initiative vise à éviter une flambée des prix cet été, selon des sources proches du dossier.
Dans une lettre adressée aux ministres de l’Énergie, le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, a recommandé de réduire temporairement l’objectif de remplissage des stocks de gaz à 80 % de leur capacité, soit 10 points de pourcentage en dessous des objectifs officiels de l’UE. L’objectif serait de créer une certaine « certitude et une certaine tranquillité d’esprit pour les participants du marché ».
Cette flexibilité permettrait aux pays de moduler leurs achats et d’éviter une « ruée de fin d’été » qui exercerait une pression supplémentaire sur les prix, a précisé M. Jørgensen. L’UE pourrait ainsi retarder le respect total de ses objectifs de stockage jusqu’en décembre, soit un mois de plus que prévu initialement.
L’inquiétude à Bruxelles est palpable : une course au remplissage des stocks pourrait faire grimper les prix du gaz européen, déjà en hausse de 21,5 % cette semaine suite aux attaques contre des infrastructures énergétiques critiques au Moyen-Orient.
« Il y a une crainte qu’une législation trop rigide puisse exercer davantage de pression sur les prix », a confié un responsable européen. « Il n’est pas nécessaire de se précipiter. »
Les installations de stockage représentent 25 à 30 % des besoins gaziers européens en hiver et constituent un rempart essentiel contre les chocs d’approvisionnement. L’UE avait mis en place des objectifs de stockage à 90 % après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, craignant une pénurie de gaz. Ces objectifs ont été assouplis en 2025, et M. Jørgensen a souligné que les États membres disposent déjà de marges de manœuvre pour remplir leurs stocks à 80 %, voire 75 %, si les conditions du marché sont défavorables.
Cette approche pragmatique intervient après que les dirigeants européens aient appelé, lors d’un sommet jeudi, la Commission à élaborer des « mesures temporaires et ciblées » pour lutter contre la hausse des prix de l’énergie.
Cependant, cette flexibilité pourrait susciter des inquiétudes, notamment aux Pays-Bas, où les stocks de gaz sont actuellement faibles (7 %). Certains craignent que l’Europe ne soit pas suffisamment préparée à d’éventuels chocs énergétiques cet hiver.
La Commission européenne estime que l’approvisionnement énergétique de l’UE reste « relativement protégé », mais appelle à une « réponse collective » au conflit, soulignant que le retour à la normale de la production de gaz naturel liquéfié (GNL) qatari pourrait prendre plus de temps que prévu. Le prix de référence européen du gaz, le TTF, a doublé depuis le début de la guerre entre Israël et l’Iran, en raison notamment de la décision de Téhéran de bloquer le détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle pour le transport du pétrole et du GNL.
