Sommet sino-américain : les tensions montent après les frappes américano-israéliennes en Iran
Pékin – Le sommet imminent entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping s’annonce plus délicat que prévu, suite aux récentes frappes américano-israéliennes en Iran qui ont coûté la vie au guide suprême iranien, considéré comme un allié de Pékin. L’opération militaire a ajouté une nouvelle couche de complexité aux relations déjà tendues entre les deux superpuissances, alors qu’elles tentent de stabiliser une trêve commerciale fragile.
Les frappes, qui ont ciblé un leader perçu comme favorable à la Chine, interviennent après une action américaine surprenante en janvier, avec la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, autre partenaire économique clé de Pékin. Ces deux opérations, rapprochées dans le temps, mettent à l’épreuve la patience chinoise.
Pour l’instant, la réponse de la Chine s’est limitée à des déclarations fermes, à l’image de sa réaction après l’opération au Venezuela. Nicholas Burns, ancien ambassadeur américain en Chine, a ironisé sur le sujet sur X (anciennement Twitter), qualifiant la Chine de « ami peu fiable pour ses alliés autoritaires ».
Malgré les inquiétudes suscitées par le conflit en Iran, les experts estiment que Pékin ne souhaitera pas compromettre la visite de Trump, prévue à partir du 31 mars. Les deux dirigeants cherchent à consolider la trêve commerciale en place, bien que la Chine n’ait pas encore confirmé officiellement les dates du voyage.
La situation est d’autant plus délicate que les États-Unis pourraient rester engagés dans une opération en Iran qui, selon Trump, pourrait durer « quatre à cinq semaines, voire plus ». Wang Huiyao, fondateur du Centre pour la Chine et la mondialisation, a souligné que, malgré le contexte, il n’a pas eu vent de plans pour reporter ou annuler la visite.
L’Iran est un partenaire commercial majeur de la Chine, notamment en matière d’importation de pétrole, représentant environ 13% des approvisionnements chinois. Pékin a également joué un rôle de médiateur dans la restauration des relations diplomatiques entre l’Iran et l’Arabie saoudite en 2021.
Cependant, la relation sino-iranienne est avant tout pragmatique, basée sur des intérêts économiques mutuels, selon Peiyu Yang, professeure à l’université George Mason. La Chine importe 80% du pétrole iranien, contribuant ainsi à maintenir l’économie iranienne à flot.
La Chine a condamné les frappes américano-israéliennes, les qualifiant de violation de la souveraineté iranienne et du droit international. Le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a dénoncé le meurtre du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et toute tentative de changement de régime comme étant « inacceptables ».
Malgré ses critiques, Pékin n’a pas offert à l’Iran un soutien significatif au-delà de la rhétorique, soulignant son manque de volonté de défier l’action militaire américaine à l’échelle mondiale. Ahmed Aboudouh, analyste au Chatham House, estime que les pays de la région ne considèrent pas la Chine comme un partenaire de sécurité fiable, mais plutôt comme un partenaire économique et technologique.
La Chine a également exprimé ses préoccupations quant à la réaction iranienne aux frappes, qui ont eu des répercussions directes sur ses intérêts stratégiques. Elle a exhorté l’Iran à tenir compte des préoccupations légitimes des pays voisins.
Pékin, qui a confirmé le décès d’un de ses citoyens en Iran et a évacué 3 000 ressortissants, possède des investissements importants dans les pays du Golfe, tels que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui ont été touchés par les frappes de représailles iraniennes.
Un conflit prolongé au Moyen-Orient pourrait également offrir à la Chine une opportunité de réduire la pression stratégique exercée par Washington sur son programme militaire dans la région Asie-Pacifique. Il pourrait également affaiblir les capacités militaires américaines, ce qui pourrait encourager une invasion chinoise de Taïwan, l’île autonome que Pékin revendique comme faisant partie de son territoire.
Enfin, la crise pourrait renforcer la position de la Chine en tant qu’alternative au leadership mondial américain, alors que les pays du Sud perdent confiance dans l’administration Trump, perçue comme étant prête à recourir à la coercition à tout moment.
Pour l’heure, la Chine adopte une attitude prudente et attend de voir comment la situation en Iran évolue. Selon William Yang, analyste à l’International Crisis Group, Pékin sera en mesure de nouer des relations pragmatiques avec le nouveau pouvoir en Iran, quel qu’il soit.
