Trump menace de couper l’aide à l’Irak si Al-Maliki revient au pouvoir, ravivant les tensions régionales
Bagdad, Irak – L’ancien président américain Donald Trump a lancé une menace directe à l’Irak, promettant de mettre fin au soutien américain si Nouri al-Maliki, ancien Premier ministre controversé, revenait au pouvoir. Cette intervention, formulée sur son réseau social Truth Social, intervient alors que l’Irak se trouve à un carrefour politique délicat et que les États-Unis cherchent à limiter l’influence iranienne dans la région.
“La dernière fois que Maliki était au pouvoir, le pays a sombré dans la pauvreté et le chaos total. Cela ne doit pas se reproduire,” a écrit Trump mardi, ajoutant que sans l’aide américaine, l’Irak n’aurait “aucune chance de succès, de prospérité ou de liberté.” Il a conclu son message par un slogan familier : “RENDONS L’IRAQ GRAND À NOUVEAU !”
L’annonce intervient après la nomination d’Al-Maliki par le plus grand bloc chiite au parlement irakien samedi dernier. Cette candidature a été rendue possible après que le Premier ministre sortant, Mohammed Shia al-Sudani, a renoncé à briguer un second mandat. Le bloc d’Al-Sudani avait remporté le plus grand nombre de sièges aux élections parlementaires de novembre dernier, mais n’avait pas obtenu la majorité nécessaire pour former un gouvernement.
La menace de Trump place l’Irak dans une position précaire, contraint de naviguer entre ses deux principaux alliés, les États-Unis et l’Iran, dont les relations sont notoirement tendues. Washington pourrait exercer une pression économique significative en restreignant l’accès de l’Irak à ses revenus pétroliers, actuellement détenus par la Réserve fédérale de New York.
Un passé controversé et des liens avec Téhéran
Nouri al-Maliki a été le premier Premier ministre irakien à exercer ses fonctions sous la nouvelle constitution de 2006, avec le soutien initial de l’administration George W. Bush. Cependant, son mandat a été marqué par des accusations de sectarisme et de mauvaise gestion, contribuant à l’instabilité du pays et à l’essor du groupe terroriste État islamique (EI) en 2014.
Al-Maliki a passé des décennies en exil en Iran et en Syrie après avoir fui la répression de Saddam Hussein à la fin des années 1970. Son retour en Irak après l’invasion américaine de 2003 l’a propulsé au premier plan de la politique irakienne.
Les critiques lui reprochent d’avoir exacerbé les tensions sectaires en marginalisant les sunnites, en procédant à des purges de fonctionnaires liés au régime de Saddam Hussein et en réprimant les manifestations pacifiques. Des rapports de l’ONU et d’organisations de défense des droits de l’homme ont documenté des violations des droits humains sous son administration.
Aujourd’hui, à 75 ans, Al-Maliki reste une figure influente au sein du Cadre de coordination, une coalition de partis chiites proches de l’Iran, et entretient des liens étroits avec des factions soutenues par Téhéran.
Washington intensifie la pression
L’avertissement de Trump s’inscrit dans une campagne de pression continue de la part des États-Unis pour limiter l’influence iranienne en Irak. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a discuté de cette question avec le Premier ministre sortant Al-Sudani dimanche, soulignant l’importance pour l’Irak de “réaliser pleinement son potentiel en tant que force de stabilité, de prospérité et de sécurité au Moyen-Orient.”
Le Département d’État a déclaré qu’un gouvernement contrôlé par l’Iran ne pourrait pas servir les intérêts de l’Irak.
Cette pression s’étend également à des menaces de sanctions contre des responsables irakiens liés à l’Iran, comme l’a révélé Reuters la semaine dernière. Une lettre envoyée à Bagdad par des représentants américains, confirmée par une source irakienne à Al Jazeera, stipule que les États-Unis prendront leurs propres décisions en fonction de leurs intérêts, même si le choix du Premier ministre relève de l’Irak.
Un contexte régional complexe
L’Iran entretient des liens étroits avec l’Irak, à la fois sur le plan politique et économique. Le pays voisin est un débouché essentiel pour l’économie iranienne, confrontée à des sanctions internationales. Washington tente depuis des années de restreindre l’utilisation du système bancaire irakien par l’Iran pour contourner ces sanctions, mais n’a jusqu’à présent pas ciblé les fonds irakiens détenus par la Réserve fédérale de New York.
Le représentant républicain Joe Wilson (Caroline du Sud) a réagi sur X (anciennement Twitter) à la publication de Trump, réaffirmant la position ferme de l’administration américaine : “Sous le président Donald J. Trump, la position des États-Unis est claire et sans équivoque. Tout gouvernement irakien devra placer l’Irak et son peuple en premier lieu en désarmant complètement et en démantelant tous les groupes miliciens liés à l’Iran dans les 12 mois et en expulsant tous les conseillers, agents et opérateurs iraniens du pays.”
L’avenir politique de l’Irak reste incertain, mais la menace de Trump souligne l’importance stratégique du pays et la complexité des relations régionales. L’issue de cette crise pourrait avoir des conséquences profondes pour la stabilité du Moyen-Orient.
