La Cour Suprême freine Trump sur les tarifs douaniers, mais la guerre commerciale continue
WASHINGTON – La politique commerciale protectionniste de l’administration Trump a subi un revers majeur cette semaine, mais le président ne semble pas prêt à abandonner sa stratégie. La Cour Suprême a invalidé les tarifs douaniers globaux imposés par Trump, une décision saluée comme un tournant potentiel par les observateurs, mais le président a rapidement réagi en imposant de nouveaux droits de douane, signalant une escalade continue des tensions commerciales.
La décision de la Cour, rendue à six voix contre trois, concerne l’utilisation par Trump de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour justifier ces tarifs. Les juges ont estimé que cette loi ne lui conférait pas le pouvoir d’imposer des droits de douane à des fins protectionnistes, et non en réponse à une véritable urgence nationale.
“C’est une étape importante pour percer l’impression d’invincibilité du président Trump,” a déclaré Kurt Campbell, ancien diplomate et expert en sécurité nationale, dans une note. “Nous assistons à une série d’actions qui remettent en question sa vision économique et son pouvoir exécutif.”
La réaction de Trump n’a pas tardé. Lors d’une conférence de presse, il a qualifié les juges de la majorité de “honte pour la nation”, les accusant d’être des “idiots” et des “chiens de chasse” des Républicains modérés et des Démocrates de gauche. Il a ensuite annoncé l’imposition immédiate de droits de douane de 10%, augmentés à 15% le lendemain, en s’appuyant sur d’autres lois.
Cette escalade intervient à un moment critique pour l’administration Trump, alors que les élections de mi-mandat approchent. Les préoccupations concernant le coût de la vie, exacerbées par les tarifs douaniers, ont déjà contribué aux succès électoraux des Démocrates en 2025 et pourraient leur permettre de prendre le contrôle d’au moins une chambre du Congrès en 2026.
L’impact de la décision de la Cour Suprême pourrait s’étendre au-delà du commerce. Noah Feldman, professeur de droit à Harvard et chroniqueur pour Bloomberg, a comparé cette décision à celle de 1935 où la Cour Suprême avait invalidé une partie du New Deal de Franklin Roosevelt, marquant un tournant dans la relation entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.
“Après près d’une décennie, le juge en chef John Roberts et la Cour Suprême ont finalement trouvé un moyen de tenir le président Donald Trump responsable de ses abus de pouvoir exécutif,” a écrit Feldman.
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question de l’autorité de Trump. Au cours des derniers mois, plusieurs événements ont ébranlé son aura d’invincibilité. La publication des dossiers Epstein, malgré des tentatives de dissimulation, a suscité l’indignation. La confrontation avec Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale, qui a révélé faire l’objet d’une enquête du ministère de la Justice, a renforcé l’indépendance de la banque centrale. L’échec de son projet de rachat du Groenland et les controverses liées aux opérations de déportation en Minnesota ont également contribué à éroder son soutien.
Les réactions à la situation se sont propagées sur les réseaux sociaux. L’analyste politique Lee Drutman a tweeté le mois dernier : “On a l’impression d’assister à un moment charnière de l’histoire.” (Voir https://x.com/leedrutman/status/2015467540944650387).
Le Congrès pourrait également jouer un rôle clé dans la limitation des pouvoirs de Trump en matière de commerce. Kurt Campbell prévoit que les législateurs des deux partis s’uniront pour confirmer la décision de la Cour Suprême et rendre difficile l’adoption de toute nouvelle législation renforçant l’autorité tarifaire du président.
La situation reste volatile et l’avenir de la politique commerciale américaine incertain. La décision de la Cour Suprême marque un point de bascule, mais la détermination de Trump à poursuivre sa guerre commerciale laisse présager de nouvelles tensions et de nouvelles incertitudes pour l’économie mondiale.
