Tensions transatlantiques : Paris avertit Washington contre toute action unilatérale au Groenland
PARIS – Le ministre français des Finances, Roland Lescure, a mis en garde Washington contre toute tentative de prise de contrôle du Groenland, soulignant que cela constituerait une ligne rouge franchie et menacerait les relations économiques entre l’Europe et les États-Unis. L’avertissement, adressé directement au secrétaire au Trésor américain, Steven Bessent, lors d’une rencontre à Washington lundi, reflète une inquiétude croissante en Europe face aux déclarations répétées du président Donald Trump sur l’acquisition de l’île arctique, territoire autonome du Royaume du Danemark.
“Le Groenland est une partie souveraine d’un pays souverain qui fait partie de l’Union Européenne. Il ne faut pas y toucher,” a déclaré Lescure au Financial Times.
L’intervention française intervient dans un contexte de tensions commerciales et réglementaires persistantes entre les États-Unis et l’Union Européenne. Malgré ces désaccords, notamment sur les tarifs douaniers et la régulation des géants technologiques, Lescure a insisté sur la nécessité d’une coopération continue sur des enjeux communs. Il a notamment cité l’initiative française au sein du G7 visant à réduire la dépendance à la Chine pour les terres rares, des matières premières cruciales pour l’industrie technologique.
“Quand nous sommes en désaccord, il est toujours préférable de rester engagés. Le dialogue doit se poursuivre tant que des lignes rouges ne sont pas franchies,” a-t-il affirmé, rappelant les 250 ans d’alliance étroite entre la France et les États-Unis.
Interrogé sur une éventuelle riposte économique de l’UE en cas d’invasion du Groenland par les États-Unis, Lescure s’est montré prudent. “Je n’en suis pas là. Évidemment, si cela se produisait, nous serions dans un monde totalement nouveau et nous devrions nous adapter en conséquence.”
Le commerce bilatéral entre l’UE et les États-Unis représente le plus important au monde, dépassant 1,6 trillion d’euros en 2024, selon les données européennes. Les États-Unis constituent le premier marché d’exportation pour l’UE.
Les déclarations de Trump concernant le Groenland, motivées par des considérations de sécurité nationale, ont suscité l’inquiétude en Europe. Lescure a qualifié cette situation de “paradoxe”, soulignant l’ambivalence du comportement américain, oscillant entre allié et adversaire imprévisible.
La régulation des géants technologiques américains par l’UE est un autre point de friction. Bessent a fait part à Lescure du mécontentement des entreprises américaines face aux amendes imposées par Bruxelles, comme celle de 120 millions d’euros infligée à X (anciennement Twitter) en décembre dernier. Lescure a réaffirmé la détermination de la France à appliquer le droit européen à toutes les entreprises opérant sur son territoire.
“Je lui ai dit que nous appliquerions les lois européennes à toute entreprise qui fait des affaires en Europe,” a-t-il précisé.
Sur un autre front, Lescure a souligné l’importance d’accélérer la diversification des chaînes d’approvisionnement en terres rares, afin de réduire la dépendance à la Chine. La France prévoit de présenter des propositions concrètes lors du prochain sommet du G7 à Evian en juin, incluant potentiellement des prix planchers et des accords d’achat.
“Nous devons accélérer sur tous ces sujets, car la Chine n’attend pas, et les États-Unis n’attendent pas. L’Europe doit affirmer sa force en tant que marché majeur et puissance économique,” a-t-il déclaré.
Cependant, la capacité de la France à mener une politique étrangère agressive est freinée par ses propres difficultés économiques, notamment un déficit budgétaire important et une paralysie politique. L’absence de majorité parlementaire a contraint le gouvernement d’Emmanuel Macron à faire des concessions à l’opposition, notamment sur le projet de budget 2026.
Cette situation a paradoxalement renforcé le Rassemblement National (RN), le parti d’extrême droite dirigé par Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui se positionne en faveur d’une politique économique plus protectionniste. Lescure a estimé qu’un accord budgétaire rapide serait bénéfique pour contrer l’ascension du RN, en démontrant la capacité des partis traditionnels à surmonter leurs divergences.
“Ils essaient de se déguiser en favorables aux entreprises, mais ils votent des taxes au parlement qui sont complètement inefficaces, défavorables aux entreprises et inconstitutionnelles,” a-t-il déclaré à propos du RN, qu’il a qualifié d’“incompétent” sur le plan économique.
Bardella s’est récemment efforcé de courtiser les chefs d’entreprise, et le RN cherche activement à recruter des conseillers parmi les investisseurs et les entrepreneurs français.
Dans le cadre de la bataille budgétaire, le gouvernement a renoncé à certaines des principales réformes économiques de Macron, notamment le relèvement de l’âge de la retraite. Il envisage également de prolonger une taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, ce qui a suscité l’ire des chefs d’entreprise qui avaient autrefois soutenu Macron.
“La stabilité politique a un prix. Elle ne doit pas être obtenue à n’importe quel coût, mais elle a un prix. Et elle a un prix pour les entreprises,” a conclu Lescure.
[Intégration potentielle d’un tweet de Roland Lescure sur la réunion avec Steven Bessent, si disponible sur X.com]
[Intégration potentielle d’une courte vidéo explicative sur l’importance stratégique du Groenland, si disponible sur YouTube]
[Intégration potentielle d’une infographie sur le commerce UE-USA, si disponible sur Instagram]
