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Tigray : nouvelle guerre à l’horizon ?

Tigray : Entre espoirs brisés et spectre d’une nouvelle guerre, la jeunesse éthiopienne fuit

Mekelle, Éthiopie – Saba Gedion, 21 ans, se souvient encore de l’espoir fragile qui l’a envahie lors de la signature de l’accord de paix en 2022, mettant fin au conflit dévastateur dans le Tigré, au nord de l’Éthiopie. Aujourd’hui, ce sentiment s’est mué en une désespérance paralysante. La jeune femme, elle-même déplacée, observe avec inquiétude un exode massif de la population, craignant que la paix fragile ne soit sur le point de voler en éclats.

“Beaucoup de gens quittent la région en masse”, confie Saba, assise à l’ombre d’un arbre à Mekelle, la capitale du Tigré, où elle essaie de joindre les deux bouts en vendant du café aux personnes déplacées. Son histoire est emblématique de celle de toute une génération éthiopienne marquée par la violence et l’incertitude.

Saba est originaire de Humera, une ville aujourd’hui disputée avec la région d’Amhara, théâtre d’intenses combats pendant la guerre (2020-2022) entre le gouvernement fédéral éthiopien et le Front de libération du peuple tigray (TPLF). Elle garde en mémoire les horreurs de cette période : des membres de sa famille tués, d’autres enlevés et emmenés en Érythrée, dont elle n’a plus de nouvelles.

Son parcours est loin d’être isolé. Helen Gessese, 36 ans, vit dans un camp de déplacés improvisé à la périphérie de Mekelle. Elle appartient à la minorité ethnique Irob, une communauté catholique persécutée de la ville frontalière de Dewhan. Pendant la guerre, plusieurs membres de sa famille ont été kidnappés par les troupes érythréennes. Elle a dû fuir, laissant derrière elle ses parents âgés, trop fragiles pour l’accompagner. “Je ne sais pas si mes parents sont encore en vie”, confie-t-elle, le visage marqué par l’angoisse.

Tensions croissantes à la frontière éthio-érythréenne

La situation est d’autant plus préoccupante que les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée s’intensifient. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a récemment évoqué la nécessité pour son pays, enclavé, d’accéder à la mer Rouge, déclarant que “l’Éthiopie et la mer Rouge ne peuvent pas rester séparées pour toujours”. Des déclarations perçues par l’Érythrée comme une menace d’invasion et une tentative de récupérer le port d’Assab, perdu en 1993 avec l’indépendance de l’Érythrée.

L’Éthiopie accuse également l’Érythrée d’occuper son territoire, notamment dans les villes de Sheraro et Gulomakada, et de soutenir des groupes rebelles. Ces accusations ont été fermement rejetées par Asmara, qui dénonce une “agenda de guerre” contre elle.

Selon des observateurs, la situation est explosive et une nouvelle guerre entre les deux pays semble de plus en plus probable, avec le risque d’entraîner à nouveau le Tigré dans la tourmente. Le professeur Kjetil Tronvoll, spécialiste des conflits à l’Oslo New University College, estime qu’un tel conflit pourrait prendre la forme d’une nouvelle guerre civile, opposant Addis-Abeba à la direction du Tigré.

Un Tigré en crise profonde

Au-delà des tensions géopolitiques, le Tigré est confronté à une crise humanitaire et économique profonde. Plus de 80% des hôpitaux de la région ont été détruits pendant la guerre, selon les organisations humanitaires. La violence sexuelle, utilisée comme arme de guerre, continue de traumatiser les populations. Des centaines de milliers de jeunes sont toujours scolarisés, l’investissement étranger a chuté et l’économie est au point mort.

La décision du gouvernement fédéral de retenir les fonds internationaux destinés à la région ne fait qu’aggraver la situation. De nombreux fonctionnaires n’ont pas reçu leur salaire depuis des mois, plongeant la population dans une misère encore plus grande.

Un avenir incertain

Pour beaucoup de jeunes Tigréens, l’avenir s’annonce sombre. Marta Keberom, originaire d’Axum, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, témoigne de la violence extrême dont sa ville a été le théâtre en novembre 2020, avec des centaines de civils tués par les troupes érythréennes. Elle se souvient des massacres comme d’un “génocide où des familles entières ont été assassinées sans raison”.

Saba Gedion, quant à elle, a déjà pris contact avec un passeur pour tenter de quitter l’Éthiopie, en passant par la Libye et en direction de la Méditerranée, malgré les risques considérables que représente ce voyage. “Je préfère prendre un risque plutôt que de mourir lentement, sans aucun espoir d’avenir”, confie-t-elle.

La situation au Tigré est un rappel poignant des conséquences dévastatrices des conflits armés et de la nécessité urgente de trouver des solutions pacifiques et durables. L’ONU a exprimé sa crainte d’une détérioration de la situation humanitaire et des droits de l’homme dans la région, appelant au dialogue et à la désescalade.

[Intégration potentielle d’une vidéo YouTube d’Al Jazeera sur la situation au Tigré : Rechercher sur YouTube “Al Jazeera Tigray” et intégrer le lien vers la vidéo la plus pertinente.]

[Intégration potentielle d’un post Instagram d’une organisation humanitaire travaillant au Tigré : Rechercher sur Instagram des hashtags pertinents comme #Tigray #Ethiopia #HumanitarianCrisis et intégrer un lien vers un post informatif.]

[Intégration potentielle d’un tweet d’un expert en conflits sur la situation éthio-érythréenne : Rechercher sur X (anciennement Twitter) des experts en la matière et intégrer un lien vers un tweet pertinent.]

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