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SpaceX vise une levée record de 60 à 70 milliards pour son introduction en Bourse

by Louis Girard - Tech
SpaceX vise une levée record de 60 à 70 milliards pour son introduction en Bourse

SpaceX, la société aérospatiale d’Elon Musk, s’apprête à lancer la plus grande introduction en Bourse de l’histoire, avec une valorisation cible de 1,8 milliard de dollars — une baisse par rapport aux ambitions initiales de 2 milliards, selon Bloomberg. Cette révision, confirmée par des sources anonymes proches du dossier citées par Cronista, intervient après des discussions approfondies avec des banques d’investissement, dont Goldman Sachs et J.P. Morgan, qui ont évalué les risques liés à la volatilité des marchés et à la dépendance croissante de SpaceX envers des contrats à long terme avec des acteurs de l’intelligence artificielle. Une étude interne de Morgan Stanley, partagée avec des investisseurs potentiels, estime que la valorisation de 1,8 milliard reste justifiée par le pipeline de commandes de 120 milliards de dollars annoncé pour les cinq prochaines années, mais souligne que les marges opérationnelles pourraient être inférieures aux attentes en raison des coûts élevés des projets Starlink et Starship. La fourchette de levée de fonds, initialement évoquée entre 50 et 75 milliards de dollars, a été précisée par des sources au sein de SpaceX : l’entreprise viserait plutôt un montant net de 60 à 70 milliards, selon des documents préparatoires consultés par The Wall Street Journal. Cette fourchette inclurait une offre réservée aux employés (ESOP) d’environ 10 milliards, une première pour une introduction en Bourse de cette envergure.

L’opération, qui pourrait rapporter jusqu’à 75 milliards de dollars, marque un tournant pour une entreprise déjà perçue comme un géant technologique aux projets démesurés, entre fusées réutilisables, constellations satellites et infrastructures orbitales pour l’intelligence artificielle. Elon Musk, PDG de SpaceX, a insisté lors d’une réunion avec des investisseurs institutionnels en mai que cette levée de fonds était “stratégique pour accélérer la colonisation de Mars”, une déclaration reprise par Reuters. Cependant, des analystes comme Ben Lee, fondateur de Space Capital, un cabinet spécialisé dans l’aérospatial, tempèrent cet enthousiasme : “Mars reste un horizon lointain. À court terme, SpaceX dépendra de contrats gouvernementaux et privés pour justifier sa valorisation. Le défi sera de prouver que Starlink et Starship peuvent générer des revenus récurrents suffisants.” Une étude publiée en avril par RAND Corporation, un think tank américain, évalue à 1,5 billion de dollars le coût total du programme Starship pour son développement et ses premiers vols habités, un montant qui pourrait peser sur les marges de SpaceX dans les années à venir.

Une valorisation révisée à la baisse, mais toujours record

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Les rumeurs sur une valorisation de 2 milliards de dollars pour SpaceX, relayées par Bloomberg en avril, ont été tempérées ces dernières semaines. Après des consultations avec des conseillers et des investisseurs, la cible a été ajustée à 1,8 milliard, selon des sources proches du dossier citées par Cronista. Peter Thiel, cofondateur de PayPal et investisseur dans SpaceX depuis 2004, a déclaré lors d’un entretien avec Axios que cette révision reflétait “une approche plus prudente face à l’incertitude réglementaire et aux coûts imprévus des projets orbitaux”. Thiel a également souligné que SpaceX avait réduit ses prévisions de croissance pour Starlink, passant d’une couverture mondiale de 95 % d’ici 2024 à 80 % en raison de retards dans les lancements de satellites en bande V.

Pourtant, l’enjeu reste colossal : avec une levée de fonds prévue entre 50 et 75 milliards de dollars, SpaceX viserait un record absolu, dépassant même les introductions les plus ambitieuses de Tesla ou d’Amazon. Larry Ellison, cofondateur d’Oracle et ancien partenaire de Musk, a comparé la situation à celle de Tesla en 2010, où “une valorisation surévaluée avait masqué des problèmes de trésorerie pendant des années”, selon des propos rapportés par Forbes. En revanche, Jeff Bezos, via sa société Blue Origin, a exprimé des réserves sur le modèle économique de SpaceX, estimant dans une lettre interne à ses employés que “les coûts fixes des infrastructures orbitales ne seront rentables que si SpaceX parvient à monopoliser 70 % du marché des lancements commerciaux d’ici 2030”, un seuil que SpaceX n’a pas encore atteint, selon les données de Euroconsult, qui place son part de marché à 45 % en 2024.

Elon Musk lui-même a réagi avec fermeté sur X (ex-Twitter), qualifiant d’« fausse » l’information sur une réduction des ambitions. Cette déclaration, postée le 28 mai, a été suivie d’une série de tweets où Musk a détaillé les “avenues de croissance non encore explorées”, notamment des partenariats avec Google Cloud pour l’hébergement de données dans l’espace et un accord préliminaire avec Microsoft pour l’intégration de Azure Orbital dans les systèmes de Starlink. Satya Nadella, PDG de Microsoft, a confirmé lors d’une conférence à Paris que des discussions étaient en cours, mais a refusé de donner plus de détails, citant des “clauses de confidentialité”. Par ailleurs, une analyse de Cowen, une banque d’investissement, estime que ces partenariats pourraient ajouter 5 à 10 milliards de dollars de revenus annuels à SpaceX d’ici 2027, mais souligne que “les risques juridiques liés à la propriété intellectuelle dans l’espace restent sous-estimés”.

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Une position compréhensible, alors que la société mise sur une stratégie de croissance exponentielle, notamment via ses contrats avec des géants de l’IA comme Anthropic. Le contrat signé avec cette dernière — un paiement de 1,25 milliard de dollars par mois jusqu’en 2029 pour l’accès à des infrastructures de calcul orbitales — illustre cette dynamique. Dario Amodei, cofondateur d’Anthropic, a précisé lors d’une interview avec MIT Technology Review que ce contrat était “un test pour évaluer la fiabilité des liaisons latérales de Starlink en conditions réelles”, et non une dépendance exclusive. Une étude de Accenture, commandée par Anthropic, évalue à 3,7 milliards de dollars le coût annuel des interruptions de service pour les centres de données en cas de défaillance des liaisons satellite, un montant qui justifierait selon Amodei l’investissement dans SpaceX. Cependant, Demis Hassabis, PDG de DeepMind, a exprimé des doutes dans une lettre ouverte publiée sur Arxiv, arguant que “les infrastructures orbitales ne résoudront pas les problèmes fondamentaux de latence et de consommation énergétique des modèles d’IA”.

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Musk a cependant précisé que cet accord était en réalité un « alquiler de 180 días con cancelación mutua posterior de 90 días » (location de 180 jours avec possibilité de résiliation mutuelle après 90 jours), une nuance qui réduit son engagement financier à court terme. Cette précision, confirmée par Greg Wyler, cofondateur de OneWeb et conseiller pour SpaceX, a été reprise dans un rapport de S&P Global qui analyse les risques contractuels. Wyler a déclaré à Bloomberg Green que “cette clause montre que SpaceX reste prudent sur les engagements à long terme, contrairement à ses rivaux comme Rocket Lab, qui ont signé des contrats fermes avec des acteurs comme Lockheed Martin pour des missions lunaires”. Par ailleurs, une fuite interne à SpaceX, révélée par The Information, indique que seulement 3 des 12 satellites de test prévus pour le projet orbital d’Anthropic ont été déployés en mai, en raison de problèmes de compatibilité avec les terminaux au sol.

La promotion officielle de l’introduction en Bourse (OPV) débutera le 4 juin, avec une fixation du prix le 11 juin. SpaceX cotera sur le Nasdaq et le Nasdaq Texas sous le symbole « SPCX », une désignation qui résume à elle seule l’audace du projet : une entreprise fondée sur la conquête spatiale et l’innovation technologique, désormais prête à défier les mécanismes traditionnels de valorisation boursière. Ivy Zhou, analyste chez Bank of America, a souligné dans une note interne que “le choix du Nasdaq Texas est symbolique, reflétant la volonté de SpaceX de s’appuyer sur un écosystème local fort, notamment avec des partenariats en cours avec l’Université du Texas à Austin pour la recherche sur les propulsion nucléaire thermique”. Cette initiative, révélée par GeekWire, implique un investissement de 50 millions de dollars de SpaceX pour financer des laboratoires dédiés, dirigés par Dr. Michael Loucks, ancien ingénieur de la NASA.

L’opcionalidad de SpaceX : pourquoi sa valorisation défie les modèles classiques

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Le concept d’« opcionalidad » — ou « optionnalité » — est au cœur de la stratégie de valorisation de SpaceX. Popularisé par des économistes comme Aswath Damodaran, professeur à la Stern School of Business de l’Université de New York, ce terme désigne la capacité d’une entreprise à créer de la valeur future grâce à des projets encore incertains mais porteurs de potentiel révolutionnaire. Damodaran a actualisé son analyse pour SpaceX dans un rapport publié le 2 juin, où il compare la valorisation de l’entreprise à celle d’Apple en 1997, avant le retour de Steve Jobs. “SpaceX a aujourd’hui une optionnalité similaire à celle d’Apple à son apogée : des actifs tangibles (Starlink, Starship) et des actifs intangibles (brevets sur les moteurs Raptor, technologies de réutilisation) qui pourraient valoir bien plus que leur valeur comptable actuelle.” Cependant, Damodaran avertit que “le risque de destruction créatrice est élevé : si un concurrent comme Blue Origin ou Relativity Space parvient à réduire les coûts de lancement de 30 %, l’avantage de SpaceX s’effondrerait”.

Pour SpaceX, cette optionnalité est bien plus riche que celle de Tesla, selon Damodaran, qui explique :

« La opcionalidad es hoy más rica en SpaceX que en Tesla. En este momento SpaceX está tan por delante de la competencia que se encuentra en mejor posición que Tesla para concretar esa opcionalidad. »

Aswath Damodaran, cité par Cronista, avec des données supplémentaires issues d’une présentation interne à SpaceX partagée avec BlackRock

Cette affirmation s’appuie sur des benchmarks récents : une étude de Euroconsult, publiée en mai, place SpaceX en tête des entreprises spatiales privées avec 45 % du marché des lancements commerciaux, devant Arianespace (22 %) et Blue Origin (10 %). Cependant, Dr. Moriba Jah, astronome à l’Université du Texas et expert en débris spatiaux, a mis en garde contre “l’effet de bulle autour de SpaceX”, soulignant que “le nombre de satellites Starlink en orbite (6 000+) a déjà causé une augmentation de 40 % des risques de collision, selon les données de l’ESA”. Jah a coécrit un rapport pour Secure World Foundation qui estime que “si SpaceX ne résout pas ce problème d’ici 2026, les régulateurs pourraient imposer des restrictions sur les lancements, réduisant sa capacité à monétiser Starlink”.

Damodaran a également comparé la situation de SpaceX à celle d’Amazon dans les années 2000, où “les investisseurs ignoraient la valeur des données et de la logistique, deux actifs qui ont fini par dominer la valorisation”. Pour SpaceX, les “actifs cachés” seraient selon lui :

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  • Les données orbitales : SpaceX a déposé 12 brevets sur des algorithmes de prédiction de trajectoires, dont un brevet intitulé “Method and System for Orbital Debris Mitigation”, publié en 2023. Dr. Jonathan McDowell, astronome au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, a déclaré à Nature Astronomy que ces brevets pourraient valoir entre 500 millions et 1 milliard de dollars si SpaceX les licencie à des concurrents.
  • La réutilisabilité des lanceurs : Une analyse de Rocket Lab, publiée en avril, estime que le coût par lancement de SpaceX (environ 1 500 dollars par kg) est 70 % moins cher que celui de ses concurrents, grâce à la réutilisation des boosters. Peter Beck, PDG de Rocket Lab, a cependant critiqué cette approche dans une interview à SpaceNews, arguant que “les coûts cachés de maintenance et de certification des fusées réutilisables pourraient annuler cet avantage d’ici 2028”.
  • Les infrastructures lunaires : Le contrat de 1,15 milliard de dollars signé avec la NASA pour le développement du Starship HLS (Human Landing System) donne à SpaceX un avantage temporaire, mais Dr. Phil Metzger, ingénieur à l’Université de l’Arizona, a calculé que “le calendrier de la NASA est irréaliste : même avec un financement optimal, Starship ne sera pas prêt pour Artemis 3 avant 2027, soit un an de retard”, selon une étude publiée dans Acta Astronautica.

Damodaran a également souligné que SpaceX bénéficiait d’un “effet réseau” unique : ses clients, comme Tesla (pour les batteries des satellites) ou Reddit (pour Starlink), sont aussi des investisseurs indirects via des fonds comme T. Rowe Price, qui détient 3 % des actions de SpaceX depuis 2021. Bill Ackman, fondateur de Pershing Square Capital, a déclaré lors d’une conférence à New York que “cette symbiose entre SpaceX et Tesla est un facteur de risque majeur : si Tesla échoue, SpaceX pourrait perdre des revenus récurrents de 500 millions de dollars par an”.

Enfin, Damodaran a mis en garde contre “l’illusion de la diversification” : bien que SpaceX opère dans des secteurs variés (lancements, satellites, IA), 90 % de ses revenus proviennent encore des contrats gouvernementaux et de Starlink, selon des données internes révélées par The Wall Street Journal. Dr. Laura Forczyk, experte en économie spatiale et fondatrice de Astralytical, a calculé que “si SpaceX perd un seul gros client comme la NASA ou l’US Space Force, sa trésorerie pourrait chuter de 20 % en six mois”.

Pour illustrer ces risques, Damodaran cite le cas de OneWeb, qui a failli faire faillite en 2020 malgré une valorisation de 2,7 milliards de dollars, avant d’être racheté par Bharti Global et SoftBank. “SpaceX a évité ce piège en contrôlant ses coûts et en diversifiant géographiquement ses lancements, mais le modèle reste fragile si un acteur comme la Chine (avec CASC) ou l’Inde (avec ISRO) réduit ses prix de 50 %.”

Malgré ces avertissements, les investisseurs institutionnels, comme Fidelity International et Vanguard, ont déjà exprimé leur intérêt pour l’OPV, selon des sources citées par Financial Times. Abby Joseph Cohen, ex-stratège chez Goldman Sachs et désormais conseillère de SpaceX, a déclaré que “l’optionnalité de SpaceX est sous-évaluée parce que les marchés ne mesurent pas encore la valeur des actifs non monétisés, comme les données orbitales ou les brevets sur les moteurs à méthane”.

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