Inflation et tensions géopolitiques : les marchés européens réagissent avec prudence
PARIS – Les marchés européens ont affiché une réaction étonnamment contenue face aux récentes escalades de tensions au Moyen-Orient, selon une analyse d’ING publiée lundi. Si un pic de volatilité et une vente d’actifs à risque ont été observés initialement, une grande partie de ces mouvements se sont estompés au cours de la journée, suggérant que les investisseurs ont déjà intégré un certain niveau de risque géopolitique dans leurs stratégies.
L’impact le plus notable se manifeste par une hausse des prix de l’énergie, notamment du pétrole, qui est passé de 67 dollars le baril vendredi à 71,5 dollars lundi. Cependant, cette augmentation reste modérée. Les anticipations d’inflation aux États-Unis ont également légèrement augmenté, mais de manière limitée : le taux d’inflation à deux ans a progressé de 10 points de base, tandis que le taux à dix ans n’a augmenté que de 3 points de base, se stabilisant à un niveau de 2,3% considéré comme acceptable par la Réserve fédérale américaine.
En Europe, la réaction du marché est dominée par les préoccupations inflationnistes. Les taux d’intérêt ont augmenté, en particulier sur le front-end de la courbe, reflétant les craintes liées à la hausse des prix de l’énergie. L’augmentation des swaps d’inflation en euros est conforme aux modèles basés sur les prix du pétrole et du gaz, justifiant une hausse d’environ 15 points de base des swaps d’inflation à deux ans. Les prix du gaz naturel, en particulier, ont bondi de plus de 30%.
Cependant, les prix de l’énergie ont déjà commencé à se stabiliser, ce qui suggère que la réaction initiale de panique pourrait être derrière nous. La question clé est maintenant de savoir si les taux d’intérêt européens ont encore beaucoup de marge de hausse, car une nouvelle augmentation pourrait signaler une hausse des taux d’intérêt par la Banque centrale européenne (BCE).
Les attentes concernant une baisse des taux en 2026 ont complètement disparu, mais la BCE, par la voix de son membre Wunsch, a souligné la nécessité d’éviter des réactions précipitées aux fluctuations des prix de l’énergie. Cette prudence est justifiée, étant donné que la discussion est passée d’une possible baisse des taux à des préoccupations concernant la faiblesse de l’euro en quelques semaines seulement.
Les investisseurs restent conscients des leçons tirées des précédentes périodes d’inflation jugées « transitoires ». L’attention se porte désormais sur les chiffres de l’inflation en zone euro, qui seront publiés mardi. Un chiffre supérieur aux attentes pourrait avoir un impact plus important qu’une surprise à la baisse, dans un contexte où les marchés sont particulièrement sensibles aux signaux inflationnistes.
Au-delà de l’inflation, le marché surveille également l’offre de dette souveraine en zone euro. L’Autriche prévoit une syndication de 7 milliards d’euros sur des obligations à 30 et 3 ans (dont une tranche verte), tandis que l’Allemagne lancera une obligation verte à 15 ans estimée à 5-6 milliards d’euros. Les Pays-Bas organiseront également une vente aux enchères de 6-7 milliards d’euros sur des obligations à 10 ans, et l’Allemagne vendra des obligations à 5 ans.
Dans l’ensemble, les marchés européens semblent adopter une approche prudente, en se concentrant sur les risques inflationnistes et en surveillant de près l’évolution des prix de l’énergie et des données économiques. L’incertitude géopolitique persistante devrait continuer à peser sur le sentiment des investisseurs dans les prochains jours.
