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Telegram en Russie : censure, alternative MAX et inquiétudes militaires

Le Kremlin serre l’étau sur Telegram, l’application de messagerie la plus populaire de Russie, suscitant une rare vague de critiques, y compris de la part de partisans du gouvernement et d’acteurs clés du front ukrainien. La campagne de restriction, qui se traduit par un ralentissement progressif du service, intervient alors que Moscou cherche à orienter ses citoyens vers une application de messagerie nationale, MAX, suscitant des craintes de surveillance accrue et de censure.

Des millions de Russes utilisent Telegram quotidiennement pour communiquer, accéder à l’information et mener des activités commerciales. L’application est devenue un écosystème vital, relayant des nouvelles sur les drones ukrainiens aux commentaires politiques, en passant par les initiatives de collecte de fonds pour l’armée russe.

La décision du Kremlin de cibler Telegram a surpris certains de ses propres alliés. Grigory Korolyov, un militant pro-gouvernemental connu sous le pseudonyme de GrishaPutin, utilise Telegram pour collecter des fonds pour l’armée russe, offrant des autocollants que les soldats apposent sur leurs obus. Malgré son patriotisme affiché, il qualifie la restriction de Telegram de « criminelle », soulignant son importance pour les collectes de fonds et le soutien à l’effort de guerre.

Olga Krygina, une autre militante qui organise l’acheminement d’aide humanitaire aux troupes russes et aux civils dans les territoires occupés en Ukraine, reconnaît l’efficacité de Telegram pour coordonner ses efforts. Elle se prépare toutefois à migrer vers MAX, anticipant une interdiction totale.

Le gouvernement russe justifie ses actions en affirmant que Telegram ne respecte pas les lois russes et ne coopère pas avec les autorités dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme. Pavel Durov, le fondateur de Telegram, a rejeté ces accusations, dénonçant une tentative de l’État russe de contrôler l’information et de surveiller ses citoyens.

La campagne contre Telegram a également suscité des inquiétudes au sein de l’armée russe en Ukraine. Des militaires signalent avoir reçu l’ordre de supprimer Telegram de leurs téléphones, sous peine de sanctions. Des blogueurs militaires influents ont mis en garde contre les conséquences désastreuses de la restriction de Telegram sur les communications sur le champ de bataille, soulignant que l’application est souvent le seul canal de communication disponible pour les unités de combat.

Le ministère russe de la Défense affirme que l’armée utilise des systèmes de communication standard et ne dépend pas de Telegram. Cependant, des experts en logistique militaire estiment que l’armée russe s’appuie effectivement sur Telegram pour la communication tactique et que MAX ne constitue pas une alternative viable à court terme.

La tentative de la Russie de bannir Telegram rappelle une interdiction similaire en 2018, qui s’est avérée infructueuse. Les utilisateurs ont contourné les restrictions en utilisant des réseaux privés virtuels (VPN). Les organisations de défense des droits de l’homme s’attendent à ce que la même chose se reproduise, mais craignent que les personnes moins familiarisées avec les technologies de contournement ne soient privées d’un outil de communication essentiel.

Dmitrii Zair-Bek, de Pervy Otdel, une organisation qui aide les personnes confrontées à des accusations à motivation politique en Russie, explique que Telegram est utilisé pour établir un premier contact avec les personnes qui ont besoin d’aide. Il craint que l’interdiction de Telegram ne complique la tâche de son organisation pour atteindre les personnes vulnérables.

Le Kremlin a réagi avec mépris aux critiques, affirmant que Telegram ne coopère pas avec les autorités et qu’il est utilisé pour des activités illégales. Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a refusé de commenter les récentes perturbations du service, affirmant qu’il n’avait « rien à ajouter ».

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