Téhéran menacée par une crise de l’eau sans précédent avant les frappes

Des vitres brisées, des immeubles qui tremblent et une fumée noire qui recouvre l’horizon dessinent le visage de Téhéran après des mois de bombardements. Le bilan humain dépasse 26 500 blessés, tandis que les infrastructures pétrolières et militaires sont réduites en cendres. Mais au-delà de ce fracas médiatisé, une menace plus discrète et tout aussi redoutable pesait déjà sur les dix millions d’habitants avant même la chute du premier missile.

Quatre réservoirs sur cinq vides à 88 % avant la guerre à Téhéran

Bien avant que les sirènes ne retentissent, la capitale iranienne vivait sous le coup d’une alerte hydraulique majeure. D’après les données de LiveScience relayées par Sciencepost, en novembre dernier, quatre des cinq réservoirs d’eau alimentant Téhéran affichaient un taux de vide de 88 %, tandis que le réservoir d’Amir Kabir frôlait les 92 %. Cette situation inédite depuis soixante ans a provoqué des coupures d’eau courante dans plusieurs quartiers, alimentant des mouvements de contestation en décembre et janvier.

La pénurie ne se limite pas à la métropole. À Mashhad, ville du nord-est comptant environ 3,5 millions d’habitants, les réserves d’eau étaient tombées au même moment à moins de 3 % de leur capacité. Partout dans le pays, lacs, rivières et zones humides s’assèchent, contraignant la population à puiser dans des nappes souterraines elles aussi en train de s’épuiser. En novembre, le président iranien avait relancé un projet de déplacement de la capitale vers une région plus humide du sud, estimé à plus de 100 milliards de dollars mais dépourvu de plan détaillé.

Le spectre du jour zéro et la canicule estivale de 2025

Dès l’été 2025, les autorités évoquaient ouvertement l’approche du « jour zéro », ce seuil critique où les réserves atteindraient un niveau si bas que les robinets resteraient à sec. En juillet de la même année, les prévisions laissaient présager un scénario où les habitants seraient contraints de faire la queue pour obtenir des rations ou d’acheter de l’eau en bouteille. En août, le thermomètre a atteint 50 degrés, faisant exploser simultanément la demande en eau et en électricité et obligeant administrations, banques, écoles et universités à fermer pendant plusieurs jours.

Téhéran menacée par une crise de l’eau sans précédent avant les frappes

Cette situation critique résulte de décennies de choix politiques et d’une surconsommation agricole. L’agriculture absorbe à elle seule près de 90 % de la consommation d’eau du pays, alimentée par une énergie fortement subventionnée qui a favorisé le forage de puits. En 2024, l’Iran abritait 32 des 50 nappes phréatiques les plus surexploitées au monde. En une décennie, le nombre de puits de pompage est passé d’environ 450 000 à 800 000, alors que la quantité d’eau réellement extraite a chuté de 18 %, traduisant un épuisement irréversible des sols salinisés.

Une crise militaire et environnementale imbriquée

Le conflit actuel vient désormais aggraver une situation déjà critique, prise en étau entre la destruction militaire et l’effondrement des ressources naturelles. Les experts s’accordent sur le fait que cette crise n’est ni une fatalité climatique ni un simple dommage collatéral de la guerre, mais bien le produit de choix politiques hasardeux combinés à des infrastructures hydrauliques obsolètes, négligées faute de priorité politique et en raison de l’isolement diplomatique de l’Iran.

Téhéran menacée par une crise de l’eau sans précédent avant les frappes

Téhéran fait face à une double menace où la destruction spectaculaire des bombardements éclipse une crise environnementale lente mais implacable. La question centrale demeure de savoir si le pays saura accorder à ses réseaux d’eau la même attention qu’à ses frontières une fois les décombres de la guerre déblayés.

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