Pakistan et Taliban : l’escalade vers une "guerre ouverte" et une ouverture au dialogue
Kabul/Islamabad – Les tensions entre le Pakistan et les Taliban afghans ont atteint un point de rupture, avec des frappes aériennes pakistanaises sur Kaboul et Kandahar, et une déclaration d’“état de guerre ouverte” par le ministre pakistanais de la Défense. Malgré l’escalade militaire, les dirigeants talibans ont exprimé leur volonté de négocier pour mettre fin aux violences.
Les frappes pakistanaises, les plus importantes jamais lancées sur la capitale afghane depuis la prise de pouvoir par les Taliban en 2021, ont visé Kaboul, Kandahar – bastion des dirigeants talibans – ainsi que d’autres villes. En représailles, des frappes de drones afghanes ont ciblé des positions militaires pakistanaises le long de la frontière commune.
Khawaja Asif, le ministre pakistanais de la Défense, a annoncé sur X (anciennement Twitter) une “confrontation totale” avec le gouvernement taliban, qualifiant la situation de “guerre ouverte”.
Le porte-parole du gouvernement afghan, Zabihullah Mujahid, a déclaré que les dirigeants talibans étaient prêts à entamer des négociations pour résoudre le conflit par le dialogue. “L’Émirat islamique d’Afghanistan a toujours cherché à résoudre les problèmes par le dialogue, et nous voulons maintenant résoudre cette question par le dialogue”, a-t-il affirmé.
L’escalade actuelle fait suite à des frappes aériennes pakistanaises sur le territoire afghan la semaine dernière, qui ont déclenché des attaques de représailles afghanes de part et d’autre de la frontière. Le Pakistan accuse l’Afghanistan de fournir un refuge aux combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), une organisation distincte des Taliban afghans, qui mène des attaques sur son territoire. L’Afghanistan nie ces accusations.
Les deux parties se disputent également les pertes infligées. L’armée pakistanaise affirme avoir tué au moins 274 membres des forces afghanes et des combattants affiliés, et blessé plus de 400 autres, tout en déplorant 12 soldats tués et 27 blessés, ainsi qu’un soldat porté disparu. Zabihullah Mujahid rejette ces chiffres, affirmant que 55 soldats pakistanais ont été tués, dont 23 corps ont été récupérés par les forces afghanes, et que de nombreux soldats pakistanais ont été capturés. Il indique également que 13 soldats afghans ont été tués et 22 blessés, ainsi que 13 civils. Ces déclarations n’ont pu être vérifiées de manière indépendante.
Selon Abdul Sayed, analyste basé en Suède spécialisé dans les conflits en Afghanistan et au Pakistan, des facteurs internes au Pakistan limitent sa capacité à engager une guerre à grande échelle contre l’Afghanistan. Il souligne les liens étroits entre les populations des deux pays, en particulier les tribus vivant de part et d’autre de la ligne Durand, la frontière contestée entre les deux nations.
Les relations entre Islamabad et Kaboul se sont détériorées ces derniers mois, avec la fermeture de la plupart des points de passage frontaliers depuis des combats meurtriers en octobre qui ont fait plus de 70 morts des deux côtés. Plusieurs cycles de négociations, facilités par le Qatar et la Turquie, ont échoué à aboutir à un accord durable. Une médiation saoudienne a permis la libération de trois soldats pakistanais capturés par l’Afghanistan en octobre, mais la situation reste tendue.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est déclaré "profondément préoccupé par l’escalade de la violence" et son impact sur les populations civiles. La Russie, l’Iran et l’Irak ont également appelé à un cessez-le-feu immédiat.
