Rubio défend l’intervention américaine au Venezuela face aux inquiétudes croissantes du Sénat
WASHINGTON (Nouvelles-du-monde.com) – Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a passé près de trois heures mercredi à répondre aux questions des sénateurs démocrates concernant l’incursion militaire américaine au Venezuela et le manque de consultation ou d’autorisation du Congrès avant l’opération de janvier visant à déstabiliser le président Nicolás Maduro. L’audition, qui s’est tenue devant la commission des relations étrangères du Sénat, a révélé des fissures au sein des deux partis concernant la légalité et les implications internationales de l’intervention.
Si la majorité des républicains ont salué le rôle de Rubio dans la politique vénézuélienne de l’administration, deux sénateurs républicains se sont joints aux démocrates pour exprimer leurs préoccupations. Ces inquiétudes portent notamment sur les justifications juridiques de l’administration pour renverser le gouvernement Maduro et les conséquences potentielles sur la scène internationale.
Le sénateur républicain Rand Paul, connu pour ses positions anti-interventionnistes, a mis en lumière une contradiction dans la rhétorique de l’administration. Il a souligné que les partisans de l’opération au Venezuela, ainsi que des frappes militaires américaines contre des navires soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, affirment que ces actions ne constituent pas des “guerres” mais plutôt des “actions cinétiques” ou des “opérations antidrogue”.
Rubio a lui-même défendu cette position lors de l’audition, affirmant que l’opération visant à déstabiliser Maduro “n’approche en rien la définition constitutionnelle de la guerre”. Paul a immédiatement retourné cet argument contre lui, demandant si les États-Unis accepteraient une action similaire d’un autre pays envers leur propre gouvernement, qualifiée simplement d’opération d’application de la loi.
“Bien sûr que ce serait un acte de guerre”, a rétorqué Paul, soulignant le caractère unilatéral de l’argumentation américaine. “Je suis probablement le sénateur le plus anti-guerre, et je voterais pour déclarer la guerre si quelqu’un envahissait notre pays et prenait notre président. Nous devons au moins reconnaître que c’est un argument à sens unique.”
Rubio a balayé ces préoccupations, affirmant que les États-Unis “feront toujours ce qui est le mieux pour l’Amérique”.
Le sénateur Paul a également exprimé son inquiétude quant à l’exemple international que l’administration Trump était en train de donner, avertissant que cela pourrait se retourner contre les États-Unis et ses alliés, notamment Israël, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu est sous enquête par la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre présumés à Gaza. L’administration américaine a justifié son action au Venezuela en invoquant l’existence d’un mandat d’arrêt fédéral américain contre Maduro pour trafic de drogue.
Le sénateur démocrate Tim Kaine a également critiqué le manque de transparence et les justifications juridiques floues de l’administration concernant sa campagne de frappes contre des navires, qui a fait, selon les estimations, au moins 126 morts. Il a dénoncé le secret entourant ces opérations, soulignant que les détails les plus choquants, notamment des allégations de meurtre de survivants de naufrages, ne peuvent être discutés publiquement en raison de leur classification.
“Enfin, une audience publique ! Incroyable !”, a ironisé Kaine, notant que cela faisait près de cinq mois que la campagne avait débuté. “200 personnes figurant sur des listes secrètes de combattants désignés ont été tuées. Des soldats américains ont été blessés. Des centaines de millions de dollars ont été dépensés.”
Le sénateur Kaine a exhorté ses collègues à demander un briefing classifié sur les critères de ciblage utilisés par l’armée américaine pour effectuer ces frappes.
Le sénateur républicain John Curtis a également exprimé des critiques, bien qu’il ait commencé par louer le travail de Rubio. Il a cependant souligné les difficultés rencontrées pour obtenir des informations et une coopération de la part du Département d’État.
Rubio a justifié ce manque d’engagement en affirmant que ces questions relevaient de la compétence des départements de la Défense et de la Justice, qui ne sont pas sous la surveillance directe de la commission des relations étrangères du Sénat.
L’audition a également révélé que l’administration Rubio évite de répondre aux questions concernant d’éventuels plans pour renverser le gouvernement cubain. Rubio a reconnu que les États-Unis souhaiteraient un changement de régime à Cuba, mais a souligné que cela ne signifie pas nécessairement qu’ils vont agir pour le provoquer.
Cette audition intervient dans un contexte de tensions croissantes en Amérique latine et soulève des questions fondamentales sur les limites du pouvoir exécutif et le rôle du Congrès dans les décisions de politique étrangère. L’intervention américaine au Venezuela, bien que présentée comme une tentative de restaurer la démocratie, a suscité des critiques internationales et alimenté les inquiétudes quant à la stabilité régionale.
