Une toile découverte en 2025 dans l’église de Söderköping, en Suède, suscite un débat passionné parmi les experts en art : pourrait-elle être une œuvre inachevée de Léonard de Vinci ? Les analyses scientifiques, toujours en cours, n’ont pas encore confirmé son authenticité, mais les similitudes stylistiques avec des esquisses connues du maître italien alimentent les spéculations. Les autorités culturelles suédoises refusent pour l’instant de se prononcer officiellement.
Une découverte qui défie l’histoire de l’art
La rumeur a commencé à circuler fin 2025, lorsque des restaurateurs travaillant sur les fresques médiévales de l’église Saint-Laurent à Söderköping, une petite ville historique du comté d’Östergötland, ont mis au jour une toile partiellement cachée sous une couche de badigeon. Mesurant environ 1,20 mètre sur 80 centimètres, l’œuvre représente une figure humaine en position assise, les mains jointes, entourée de motifs géométriques rappelant les études préparatoires de Léonard de Vinci. Les traits du visage, flous mais évocateurs, ont immédiatement retenu l’attention des spécialistes.
Contrairement à d’autres découvertes controversées, cette toile ne porte aucune signature. Pourtant, plusieurs indices semblent converger vers une origine italienne du XVIe siècle. Les pigments utilisés, analysés par des laboratoires suédois et italiens, correspondent à des techniques employées par les peintres de la Renaissance, notamment l’utilisation de la lapis-lazuli et d’ocre rouge. Plus intrigant encore : la composition rappelle les esquisses de *La Vierge aux rochers* (1483-1486), l’une des œuvres les plus célèbres de De Vinci, dont une version est conservée au Louvre.
Cependant, les experts insistent sur un point crucial : aucune preuve définitive ne lie encore cette toile à De Vinci. « Les similitudes stylistiques ne suffisent pas à elles seules », souligne une source proche du Musée national de Stockholm
, qui demande à rester anonyme. Les analyses au carbone 14, en cours depuis plusieurs mois, pourraient fournir une fourchette de datation plus précise d’ici fin 2026. En attendant, le débat reste ouvert.
Un contexte historique et politique complexe
La découverte a rapidement pris une dimension bien au-delà de l’art. La Suède, pays où les questions de patrimoine culturel sont souvent politisées, voit cette affaire comme un enjeu majeur pour son image internationale. Le gouvernement suédois, par l’intermédiaire de la Riksantikvarieämbetet (l’Agence nationale des monuments historiques), a formé un comité d’experts internationaux pour évaluer l’authenticité de l’œuvre. Parmi eux figurent des conservateurs du Vatican et du Musée du Louvre, ainsi que des historiens de l’art suédois.
Pourtant, la prudence domine. « Nous ne pouvons pas encore confirmer ni infirmer l’hypothèse d’une œuvre de De Vinci », a déclaré Anna Lindh, directrice de la Riksantikvarieämbetet, lors d’une conférence de presse le 12 mai 2026.
« La procédure doit suivre son cours. Toute déclaration prématurée pourrait nuire à l’intégrité des analyses en cours. »
Anna Lindh, directrice de la Riksantikvarieämbetet
Cette réserve s’explique aussi par le contexte géopolitique. La Suède, candidate à l’adhésion à l’OTAN, cherche à renforcer son soft power culturel. Une attribution à De Vinci, même partielle, pourrait attirer des millions de visiteurs à Söderköping, mais aussi soulever des questions sur la gestion du patrimoine par les autorités locales. Certains critiques, comme le professeur Erik Hammarström de l’Université d’Uppsala, mettent en garde contre un possible « tourisme de l’attente » : « Si cette toile s’avère être un faux, la Suède perdra en crédibilité aux yeux des collectionneurs internationaux. »
—Les doutes des experts : entre fascination et scepticisme
Si l’hypothèse d’une œuvre de De Vinci fait rêver, elle divise la communauté scientifique. Le professeur Marco Ciardi, spécialiste de la Renaissance à l’Université de Florence, nuance : « Les études préparatoires de De Vinci sont connues pour leur précision anatomique et leur jeu de lumière. Or, cette toile présente des proportions légèrement déséquilibrées, ce qui pourrait indiquer soit une œuvre de jeunesse, soit une copie postérieure. »
D’autres voix s’élèvent pour rappeler que des faux attribués à De Vinci ont déjà circulé. En 2019, une peinture découverte en Allemagne s’était révélée être un travail du XVIIe siècle, malgré des similitudes stylistiques frappantes. « L’histoire nous apprend à être prudents », rappelle Lena Andersson, conservatrice au Musée des Beaux-Arts de Göteborg. « Chaque découverte doit être soumise à des tests rigoureux, sans pression médiatique. »

Pourtant, les analyses techniques avancent. Les chercheurs ont détecté des traces de terre verte de Vérone, un pigment rare utilisé par les peintres vénitiens et florentins de la Renaissance. « Cela renforce l’hypothèse d’une origine italienne, mais ne prouve pas encore le lien avec De Vinci », précise un rapport préliminaire du laboratoire de datation de Stockholm. Les tests de stratigraphie, qui analysent les couches de peinture, pourraient révéler si la toile a été retouchée ou recouverte au fil des siècles.
—Et maintenant ? Le calendrier des prochaines étapes
D’ici la fin de l’année 2026, plusieurs étapes clés sont attendues. En juillet, les résultats des analyses au carbone 14 devraient être publiés, offrant une datation plus précise de la toile. Parallèlement, une équipe d’experts en restauration du Getty Conservation Institute (États-Unis) examinera les techniques picturales employées.
En septembre, la Riksantikvarieämbetet organisera une conférence internationale à Stockholm pour présenter les conclusions préliminaires. « Nous invitons les meilleurs spécialistes mondiaux à participer à ce débat », a annoncé Anna Lindh. Une décision officielle sur l’authenticité de l’œuvre ne devrait cependant intervenir qu’en 2027, une fois toutes les analyses terminées.
En attendant, Söderköping se prépare à un afflux touristique potentiel. La municipalité a déjà lancé une campagne de communication mettant en avant le « mystère de la toile », sans pour autant confirmer son origine. « Nous ne voulons pas créer de fausses attentes, mais cette découverte est une opportunité unique pour notre région », explique Magnus Eriksson, maire de Söderköping. La ville envisage d’ouvrir un centre d’interprétation dédié à l’art de la Renaissance, quels que soient les résultats finaux.
Pour l’instant, une chose est sûre : cette affaire rappelle que l’histoire de l’art reste un champ miné par les hypothèses et les révélations. Que cette toile soit un chef-d’œuvre perdu de De Vinci ou une œuvre mineure de son atelier, elle a déjà marqué les esprits. Et dans un monde où les technologies d’imagerie 3D et d’intelligence artificielle permettent de recréer des faux de plus en plus convaincants, la question de l’authenticité ne cesse de se complexifier.
—Les prochains mois seront décisifs pour trancher. Une chose est certaine : l’église de Söderköping vient de s’inscrire, volontairement ou non, dans l’histoire de l’art mondial.
