Colombie : Révélations sur des liens troubles entre sociétés de sécurité et groupes criminels
Bogota, Colombie – Une enquête récente met en lumière des liens potentiels entre plusieurs sociétés de sécurité privées en Colombie et des organisations criminelles, notamment le Clan du Golfe et le groupe armé dissous des FARC, connu sous le nom de Nueva jeneración N. (NJN). les révélations, issues d’un rapport confidentiel, soulèvent des questions sur la prolifération d’armes légales utilisées par des criminels et la possible corruption au sein du secteur de la sécurité.
L’enquête cible notamment Coexminas, dirigée par Edwin Bayardo Molina Castañeda, petit-fils de Gilberto Molina, assassiné en 1989 pendant la période de violence connue sous le nom de guerre verte. Sécurité Orientale, basée près d’Esmeraldas Santa Rosa et dirigée par Hernando Sánchez et Juan Sebastián Aguilar (alias Pedro pechuga), également assassinés cette année à Bogota, est également sous le feu des projecteurs. Cette dernière a obtenu des contrats publics importants avec le Département administratif de la fonction publique et le Secrétariat de l’Éducation de Bogotá, pour un montant total de plus de 35 milliards de pesos.
D’autres entreprises sont également impliquées. Magal Vigilancia y Seguridad Privada, basée à Villavicencio, est liée à Jorge Iván González, alias J la Firma, un chef présumé du NJN. Sécurité Sara ltda., dont les fondateurs Jenner arturo Tapiero et Jorge Oswaldo Castaño ont été arrêtés en mars dernier, est accusée d’avoir servi de façade pour armer des membres de groupes criminels. La composition de son actionnariat a évolué en 2019 avec l’arrivée de José Manuel Rodríguez Torres.
L’un des aspects les plus troublants de l’enquête concerne la certification d’Oliverio Isaza, alias Terreur, un membre du Clan du Golfe assassiné en février 2025, par Sécurité Sara Ltda. Cette certification lui permettait légalement de porter des armes, facilitant potentiellement ses activités criminelles.Le parquet a ordonné l’extinction de la propriété de l’entreprise et enquête sur la possibilité qu’elle ait opéré au service du Clan du Golfe.
Selon les premières conclusions de l’enquête, ces sociétés de sécurité auraient exigé des paiements allant de 10 à 40 millions de pesos aux membres de groupes criminels en échange de leur inclusion sur leur liste de paie et de l’obtention d’accréditations d’escorte.
Contexte et enjeux :
La Colombie a longtemps été confrontée à des défis en matière de sécurité liés à la présence de groupes armés illégaux et au trafic de drogue. Le secteur de la sécurité privée, en pleine expansion, est devenu un terrain fertile pour la corruption et le blanchiment d’argent. La législation colombienne encadrant les sociétés de sécurité privée est souvent critiquée pour son manque de rigueur et son application laxiste.
Cette affaire souligne la nécessité d’une réforme profonde du secteur de la sécurité privée en colombie, avec un renforcement des contrôles, une meilleure transparence et une coopération accrue entre les autorités et les entreprises légitimes. Elle met également en évidence la complexité de la lutte contre le crime organisé, qui s’appuie souvent sur des réseaux de complicité et de corruption pour opérer en toute impunité. L’impact de ces révélations pourrait s’étendre au-delà du secteur de la sécurité, affectant potentiellement la confiance du public dans les institutions et la stabilité du pays.
