Des chercheurs ont identifié des facteurs de risque démographiques et biologiques expliquant la hausse des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans. Une étude de l’Université de Yale révèle des disparités selon le sexe et l’origine, tandis que des travaux en Écosse mettent en lumière une mutation cellulaire favorisant la propagation de la maladie.
Disparités démographiques et facteurs de risque identifiés
Une analyse approfondie menée par l’Université de Yale, publiée par pourquoidocteur.fr, a examiné les données de 1 221 personnes diagnostiquées avec un cancer colorectal précoce en Californie entre 1988 et 2021. En comparant ces profils à un groupe témoin de 61 050 individus, les scientifiques ont mis en évidence des corrélations précises entre certains traits démographiques et l’augmentation du risque.

Les résultats montrent que les facteurs biologiques et parentaux jouent un rôle déterminant dans l’apparition de la maladie avant l’âge de 50 ans :
- Les hommes présentent un risque supérieur de 34 % par rapport aux femmes.
- L’origine hispanique est associée à un risque de 43 % plus élevé que chez les personnes blanches.
- Un père âgé de 35 ans ou plus est lié à un risque accru de 56 %.
- Chaque augmentation de 500 g du poids à la naissance est associée à une hausse de 10 % du risque chez les femmes.
- À l’inverse, avoir une mère née à l’étranger est associé à un risque inférieur de 15 %.
Le Dr Jeremy Meyer, médecin adjoint agrégé au Service de chirurgie viscérale, souligne que cette tendance à la hausse est globale. Selon ses observations, les cas de cancer colorectal précoce augmentent de 0,5 % par an, une dynamique qui rejoint les données observées aux États-Unis, en Australie et dans plusieurs pays européens. Si 15 à 20 % de ces cas sont d’origine génétique, d’autres facteurs comme le tabagisme, le diabète ou la consommation de viande rouge et transformée sont identifiés, sans toutefois pouvoir expliquer à eux seuls cette progression.
La mutation ATRX et la métamorphose des cellules tumorales
Parallèlement à ces facteurs démographiques, une équipe du Cancer Research UK Scotland Centre et de l’Université d’Édimbourg a découvert un mécanisme biologique qui pourrait expliquer l’agressivité de ces tumeurs. Comme le rapporte Top Santé, les cellules cancéreuses du côlon développent une capacité de changement d’identité pour mieux se propager.

Ce phénomène de plasticité cellulaire est déclenché par la perte d’un gène clé nommé ATRX, qui agit normalement comme le gardien de l’identité des cellules du côlon. Une fois ce verrou levé, les cellules tumorales perdent leur nature d’origine pour adopter les caractéristiques de cellules de la peau (squameuses) ou de cellules musculaires. Ce changement facilite les métastases vers le foie, les ganglions lymphatiques ou le diaphragme.
“Les cellules de la peau tolèrent des conditions quotidiennes bien plus rudes que d’autres types de cellules, en raison de leur rôle et de leur position à la surface du corps, ce qui peut être une stratégie pour aider les cellules du cancer colorectal à devenir plus robustes et à se diffuser dans l’organisme”, précise la chercheuse Dr Patrizia Cammareri.
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques. En ciblant la modulation de l’épigénome pour bloquer cette plasticité, les chercheurs espèrent limiter la capacité des tumeurs à se disséminer, une priorité absolue pour améliorer la survie des patients.
Rôle de l’immunosurveillance dans le développement des polypes
Comprendre pourquoi certains polypes évoluent en cancer tandis que d’autres restent bénins est une autre priorité de la recherche actuelle. Des travaux menés par des chercheurs français de l’Inserm, de Sorbonne Université et de l’Université Paris Cité ont apporté des éléments de réponse en analysant 258 lésions précancéreuses.
L’étude révèle que l’efficacité du système immunitaire est le facteur différenciant majeur. Chez les patients présentant une faible fréquence de polypes, les chercheurs ont observé une immunosurveillance renforcée. Les globules blancs parviennent à éliminer immédiatement les cellules problématiques avant qu’elles ne subissent une carcinogenèse.
Un marqueur biologique spécifique a été identifié dans ces cas : une expression accrue d’ARN non-codants. L’hypothèse scientifique suggère que ces ARN faciliteraient la reconnaissance et le ciblage des cellules précancéreuses par le système immunitaire, agissant comme un signal d’alerte pour limiter l’évolution vers un cancer invasif.
L’arbre généalogique comme outil de prévention essentiel
Face à la progression de ces cancers chez les adultes de moins de 50 ans, la connaissance des antécédents familiaux s’impose comme un levier de prévention majeur. Le Dr Gérald Kierzek, directeur médical de Doctissimo, insiste sur la nécessité de documenter l’histoire médicale de ses proches pour identifier les prédispositions héritées.

“Connaître les antécédents familiaux de cancers est important parce que certains cancers apparaissent plus souvent dans certaines familles, parfois à cause d’une prédisposition héritée. Cela ne veut pas dire qu’on aura forcément un cancer, mais cela peut aider à repérer plus tôt les personnes qui ont besoin d’un suivi particulier”, explique le Dr Kierzek.
Il est particulièrement important de surveiller certaines pathologies ou mutations, notamment :
- Le syndrome de Lynch, qui augmente le risque de cancers du côlon et de l’endomètre.
- Les mutations des gènes BRCA1 et BRCA2, souvent liées aux cancers du sein et de l’ovaire.
- Les polyposes familiales, qui accroissent drastiquement le risque colorectal.
Pour transformer l’arbre généalogique en un véritable outil de protection, le Dr Kierzek conseille de poser des questions précises à sa famille : quel type de cancer a été diagnostiqué et, surtout, à quel âge est-il apparu ? Une telle précision permet d’adapter les protocoles de dépistage, en commençant parfois les examens dès la vingtaine pour les profils à haut risque.
Note : Ces informations sont fournies à titre indicatif et ne remplacent en aucun cas un avis médical. Si vous présentez des symptômes ou des antécédents familiaux particuliers, consultez votre médecin traitant.
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