Les autorités sanitaires américaines ont averti ce vendredi que l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo pourrait atteindre l’ampleur de la crise historique de 2014-2016. Détecté le 15 mai dans le nord-est du pays, le variant Bundibugyo menace la région, aggravant les défis de santé publique déjà critiques.
L’alerte du CDC sur un risque de catastrophe sanitaire
La situation est préoccupante. Selon les avertissements du CDC rapportés par news.google.com, l’épidémie actuelle pourrait nécessiter une mobilisation comparable à celle déployée pour endiguer la crise meurtrière qui a frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016. À l’époque, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait dénombré plus de 11 000 morts.

Jason Asher, directeur du département de prévision et d’analyse des épidémies des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), a insisté sur la nécessité d’une réaction immédiate lors d’un point de presse.

“Il est urgent de prendre des mesures pour ralentir la propagation de cette épidémie et éviter qu’elle n’atteigne une ampleur équivalente, voire supérieure” à celle de la crise de 2014.Jason Asher, directeur du département de prévision et d’analyse des épidémies du CDC
Bien que les modélisations présentent différents scénarios, l’expert a tenu à préciser que ces projections
sont conçus pour faciliter la prise de mesures, et non pour semer la panique. BFM souligne que ces modèles reposent notamment sur la capacité des autorités à isoler les personnes contaminées.
Satish Pillai, responsable de la réponse du CDC à l’épidémie, a toutefois apporté une nuance prudente. Il a indiqué que
le nombre total de personnes infectées et nécessitant un isolement reste flou à ce stade, tout en estimant que les chiffres actuels
se situent dans la fourchette basse des scénariosles plus alarmistes.
For more on this story, see OMS: risque «très élevé» pour l’épidémie d’Ebola en RDC.
L’expansion du variant Bundibugyo en RDC et en Ouganda
L’épidémie, déclarée le 15 mai dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), est causée par le variant Bundibugyo. Ce virus, relativement rare, pose un défi médical majeur puisqu’il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement homologué pour cette souche spécifique.
Le bilan sanitaire actuel témoigne de la progression de la maladie dans la zone frontalière :
- République démocratique du Congo : 381 cas confirmés, 64 décès et 7 guérisons.
- Ouganda : 16 cas confirmés, 1 décès et 2 guérisons.
Les autorités sanitaires soupçonnent que le virus circulait de manière invisible depuis un certain temps avant d’être officiellement identifié. Cette circulation sous les radars complique l’évaluation de la portée réelle de l’infection.
Les failles de la réponse sanitaire et de la communication
Sur le terrain, la lutte contre le virus se heurte à des obstacles structurels profonds. Comme l’a décrit Vanity Fair dans un reportage de la journaliste Clarissa Ward, la communication est un levier crucial mais fragile. Dans une région où environ 80 % des adultes sont alphabétisés, la radio demeure l’outil de prévention le plus efficace, l’accès à Internet ne concernant que 22 % de la population.
Au-delà de la communication, la capacité de réaction des infrastructures médicales est mise à rude épreuve :

- Saturation des laboratoires : Bien que les tests de diagnostic soient disponibles, les laboratoires sont débordés, retardant l’obtention des résultats.
- Risques de contagion accrue : Ce retard force la création d’unités d’urgence improvisées où des patients sains côtoient des individus infectés.
- Instabilité régionale : La pauvreté, les conflits persistants et la grande mobilité des populations, notamment dans le secteur minier, favorisent la propagation transfrontalière.
La réponse internationale est également fragilisée par des enjeux de financement, l’OMS étant sous-financée et l’USAID ayant vu ses capacités réduites.
This follows our earlier report, OMS alerte : risque d’Ebola “très élevé” en RDC, 82 cas confirmés.
Le recours aux guérisseurs face à l’absence de remèdes
Dans ce contexte de pénurie de soins conventionnels, les populations de l’est de la RDC se tournent massivement vers les tradipraticiens. À Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, ces acteurs se retrouvent en première ligne. Boursorama met en lumière le rôle de figures comme Mariam Kabika et Dauda Tshimanga, qui tentent de composer avec les ressources locales.
Faute de traitements validés contre le variant Bundibugyo, certains guérisseurs proposent des concoctions à base de feuilles d’eucalyptus, d’avocat, de mangue ou de papaye. Dauda Tshimanga, qui utilise également des méthodes spirituelles dans son “laboratoire des ancêtres”, affirme que sa méthode consiste en une inhalation de plantes bouillies trois fois par jour pendant trois jours.
Si aucun patient n’a encore tenté ce traitement spécifique pour Ebola, ces praticiens, bien que non reconnus officiellement, revendiquent une volonté de contribuer à la riposte. Pour les habitants de cette région pauvre où les infrastructures de santé font défaut, la médecine traditionnelle représente souvent le seul recours immédiat face à une maladie qui a déjà tué plus de 15 000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années.


