La guerre en Iran frappe les portefeuilles des Américains, l’inflation refait surface
Washington – L’optimisme prudent des ménages américains concernant leur situation financière, observé en février, est en train de s’effriter sous l’effet de la guerre en Iran et de la flambée des prix du pétrole. Les conséquences se font déjà sentir à la pompe et pourraient rapidement s’étendre à d’autres secteurs de l’économie, selon des experts.
Le prix du baril de pétrole brut West Texas Intermediate, référence américaine, a bondi de 36% pour atteindre 90,90 dollars depuis les attaques américaines et israéliennes contre l’Iran la semaine dernière – la plus forte hausse hebdomadaire depuis 1983. Cette envolée des prix de l’énergie a immédiatement impacté les consommateurs. Le prix moyen national de l’essence a dépassé les 3,50 dollars le gallon mardi, en hausse de 21% en un mois, selon l’AAA.
Un sondage de la Réserve fédérale de New York, publié lundi, révélait que les consommateurs anticipaient une baisse de l’inflation dans les mois à venir et se sentaient globalement en meilleure situation qu’il y a un an. Ces résultats, issus d’une enquête menée entre le 2 et le 28 février, semblent désormais dater.
L’impact de la guerre en Iran se traduit par une hausse des coûts de transport, des billets d’avion et des produits manufacturés dépendant du pétrole, explique Stephen Kates, analyste financier chez Bankrate. "Contrairement aux tarifs douaniers plus élevés de l’année dernière, qui ont mis des mois à se répercuter significativement sur les prix, la hausse des prix du pétrole se reflète rapidement", souligne-t-il.
L’inflation, déjà une préoccupation majeure, pourrait donc repartir à la hausse. Mark Zandi, économiste en chef de Moody’s, estime que les consommateurs pourraient être "frappés" par cette nouvelle vague de hausse des prix. "Si les prix du pétrole restent aux niveaux actuels, autour de 100 dollars le baril, l’essence pourrait bientôt dépasser les 4 dollars le gallon. L’inflation va s’accélérer, réduisant le pouvoir d’achat des consommateurs et affectant la consommation, le PIB et l’emploi", avertit-il.
La situation complique également la tâche de la Réserve fédérale, qui doit se réunir la semaine prochaine pour décider de sa politique monétaire. L’incertitude géopolitique et les pressions inflationnistes rendent toute décision difficile. "L’incertitude créée par les troubles au Moyen-Orient incitera la Fed à suspendre toute modification de la politique monétaire jusqu’à ce que les effets de la situation sur l’inflation et la croissance soient mieux compris", analyse Zandi.
Les taux d’intérêt ont déjà commencé à réagir. Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans, un indicateur clé des taux hypothécaires et autres prêts, a augmenté de plus de 4 points de base pour atteindre 4,173%. Le taux moyen des prêts hypothécaires à 30 ans, à taux fixe, est passé à 6,14% lundi, contre 5,99% fin février, selon Mortgage News Daily.
Mary Daly, présidente de la Réserve fédérale de San Francisco, a souligné vendredi que la hausse des prix à la pompe, combinée à une inflation supérieure à l’objectif, crée un environnement plus difficile pour les Américains. "Je ne pense pas que cela soit réconfortant pour les consommateurs", a-t-elle déclaré.
Le président Donald Trump a minimisé l’impact de la hausse des prix du pétrole, affirmant sur son réseau social Truth Social qu’il s’agissait d’un "petit prix à payer" pour la "sécurité et la paix". Cependant, les experts mettent en garde contre les conséquences à long terme de cette crise énergétique sur l’économie américaine.
[Lien vers une vidéo CNBC sur l’impact de la guerre en Iran sur la chaîne d’approvisionnement mondiale pourrait être inséré ici si disponible]
