Le ministre de la Sécurité nationale israélien, Itamar Ben-Gvir, a publié une vidéo ce mercredi montrant son mépris envers des militants de la flottille Global Sumud Flotilla détenus à Ashdod. Cet acte a déclenché une condamnation internationale massive et semble avoir sapé les efforts de communication stratégique d’Israël.
L’effondrement de l’illusion Hasbara
L’image est brutale et délibérée. Sur les réseaux sociaux, le ministre Itamar Ben-Gvir est apparu se moquant de militants de la Global Sumud Flotilla, agenouillés, les yeux bandés et les mains liées, au port d’Ashdod. Pour de nombreux observateurs, cette séquence ne représente pas seulement un incident diplomatique, mais une rupture majeure avec la stratégie de communication d’État d’Israël.
Pendant des décennies, Israël a misé sur la « Hasbara », ce terme hébreu signifiant « explication », pour justifier ses politiques et ses actions militaires auprès de la communauté internationale. Selon une analyse publiée par Al Jazeera, cette campagne de relations publiques massive semble avoir été mise en échec par la publication même de cette vidéo.
Fathi Nimer, chercheur au sein de l’Al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, explique que la Hasbara est une propagande d’État conçue pour
« embellir l’image de l’occupation »
cluster source: Dawncluster source: BBC
Fathi Nimer, Al-Shabaka
par l’adaptation de récits spécifiques à différents publics mondiaux. Il souligne que l’investissement financier dans cette machine de communication est colossal : le budget de la Hasbara devrait passer d’environ 15 millions de dollars en 2023 à un montant historique de 700 millions de dollars d’ici 2026.
Pourtant, l’effet de cette vidéo est inverse à l’objectif recherché. Pour Mtanes Shehadeh, expert des affaires israéliennes,
« Le problème fondamental pour Israël est que cette vidéo a transmis sa véritable réalité au monde entier »
Mtanes Shehadeh, via Al Jazeera
L’analyse de Nimer est encore plus cinglante : il estime que la direction israélienne traite l’affaire comme une crise de relations publiques plutôt que comme une crise morale.
« Pour Netanyahu, le péché n’était pas la torture ou l’humiliation des militants ; le péché était de le diffuser au monde. Ben-Gvir, cependant, ne se soucie pas de l’image extérieure d’Israël ; il commet ces abus pour sa base nationaliste intérieure, convaincu qu’Israël ne subira aucune conséquence matérielle. »
Fathi Nimer, Al-Shabaka
Une onde de choc diplomatique mondiale
cluster source: The Times of Israel
La réaction de la communauté internationale ne s’est pas fait attendre. Des pays tels que la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Canada et l’Espagne ont convoqué les ambassadeurs israéliens pour dénoncer un traitement jugé inacceptable et une violation de la dignité humaine.
Le Royaume-Uni a également rejoint la vague de protestations. Comme le rapporte The Guardian, le ministère des Affaires étrangères britannique a fermement condamné ces agissements, affirmant que ce comportement viole les normes fondamentales de respect et de dignité.
En Italie, la tension est montée d’un cran. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a indiqué avoir sollicité la cheffe de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kallas, pour discuter de sanctions potentielles à l’encontre de Ben-Gvir. La Pologne, de son côté, a appelé à une interdiction de territoire pour le ministre nationaliste.
Récits de violence et déportations massives
Au cœur de la polémique se trouve le sort des 430 participants de la flottille, interceptés en eaux internationales au large de Chypre. Si Israël a annoncé la déportation de tous les militants étrangers, les conditions de leur détention font l’objet de graves accusations.
L’organisation de défense des droits Adalah a documenté des cas de blessures graves, notamment des côtes cassées, ainsi que l’usage fréquent de pistolets à impulsion électrique (Tasers) et de balles en caoutchouc lors de l’interception. Le groupe rapporte également que les militants ont été soumis à une dégradation sévère, incluant des humiliations et du harcèlement sexuel.
Les témoignages directs confirment cette atmosphère de violence. Alessandro Mantovani, un journaliste italien détenu parmi les militants, a décrit son expulsion vers Athènes.
« Ils nous ont battus. Ils nous ont frappés, nous ont donné des coups de pied, nous ont donné des coups de poing et ont crié : “Bienvenue en Israël” »
vidéo de Ben-Gvir
Alessandro Mantovani, via The Guardian
Selon les informations rapportées par Dawn, la majorité des participants sont actuellement transférés vers l’aéroport de Ramon pour être expulsés du pays. Parmi les détenus figuraient notamment Saad Edhi, fils du célèbre travailleur social Faisal Edhi.
Fractures au cœur du pouvoir israélien
L’affaire a également révélé des fissures profondes au sein même du gouvernement israélien. L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, s’est élevé contre des propos tenus par la ministre de l’Égalité sociale, May Golan, qui avait attaqué des membres du mouvement réformé.
Golan avait notamment déclaré, s’adressant à un rabbin réformé,
« vous vous mariez avec des chiens dans vos synagogues de fous »
May Golan, via The Times of Israel
Une déclaration que l’ambassadeur Leiter a condamnée dans les termes les plus fermes, soulignant que si les divergences idéologiques sont acceptables, la haine ne l’est pas.
« En tant que Juif orthodoxe et représentant d’Israël aux États-Unis, je trouve ses paroles dégoûtantes et répréhensibles, dignes d’une condamnation et d’un blâme »
Yechiel Leiter, via The Times of Israel
Alors que les militants de la flottille sont expulsés, l’incident laisse une empreinte durable sur la scène diplomatique. Le gouvernement israélien, par la voix de son porte-parole Oren Marmorstein, maintient sa position sur le blocus de Gaza, mais la question de l’image internationale d’Israël, elle, semble plus fragilisée que jamais.
Tensions en Israël : Naftali Bennett menace de purger l’administration en cas de retour au pouvoir
JÉRUSALEM — Le climat politique israélien s’est à nouveau tendu alors que l’ancien Premier ministre Naftali Bennett a réitéré sa détermination à licencier les hauts fonctionnaires et les responsables de la sécurité qui utiliseraient leurs fonctions à des fins partisanes.
Cette sortie intervient après un incident ayant suscité l’indignation de l’opposition : la participation de hauts gradés de la police à une fête d’anniversaire organisée par un ministre, en compagnie d’activistes d’extrême droite. Pour Bennett, cet événement n’est pas une simple réception sociale, mais le symptôme d’une dérive institutionnelle où la frontière entre l’État et l’idéologie politique s’efface.
Un conflit de principes sur la neutralité de l’État
Au cœur de la polémique se trouve la question de l’impartialité des forces de l’ordre. Le fait que le chef de la police ait permis à ses subordonnés de fréquenter des cercles militants d’extrême droite soulève des inquiétudes majeures quant à l’intégrité des opérations de sécurité et à la neutralité du commandement.
L’ancien Premier ministre, qui se positionne comme le garant d’une gouvernance stable et pragmatique, a été très clair sur ses intentions : si son camp remporte les prochaines élections, une « purge » des éléments politisés sera instaurée pour restaurer la confiance dans les institutions publiques.
L’enjeu pour l’intérêt public
L’importance de ce dossier dépasse le simple cadre d’une querelle entre politiciens. Dans un contexte national marqué par des tensions sociales exacerbées, la perception d’une police alignée sur un agenda politique spécifique peut fragiliser la cohésion sociale et compromettre l’application équitable de la loi.
L'ancien Premier ministre israélien Bennett : Israël continuera de lutter pour stopper les ambiti…
Les observateurs internationaux et les institutions démocratiques surveillent de près cette tendance à la politisation des rôles administratifs, un phénomène qui pourrait, à terme, affecter la stabilité institutionnelle d’Israël.
Un duel politique qui s’intensifie
L’échange verbal entre Naftali Bennett et Itamar Ben Gvir illustre la fracture profonde qui divise la scène politique israélienne. Alors que Ben Gvir prône une approche plus musclée et idéologique de la sécurité, Bennett mise sur le retour à une administration technique et dépolitisée.
Ce bras de fer souligne l’urgence pour le pays de définir des normes éthiques strictes pour ses hauts fonctionnaires, afin d’éviter que les institutions de l’État ne deviennent des instruments de combat politique.