Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a reconnu jeudi 6 mai 2026 lors d’une audition confidentielle devant la commission d’enquête de la Chambre des représentants sur l’affaire Jeffrey Epstein avoir entretenu des liens prolongés avec le milliardaire controversé, qualifiés d’offensants
par les parlementaires.
Un témoignage sous le feu des questions sur les liens avec Epstein
Les révélations de Howard Lutnick, PDG de Cantor Fitzgerald et secrétaire au Commerce dans l’administration Trump depuis 2025, ont relancé les investigations sur les connexions entre le monde financier américain et le réseau d’Epstein. Lors d’une audition menée par la commission spéciale de la Chambre sur les dérives liées à Epstein – créée en février 2026 après la publication de nouveaux documents judiciaires –, Lutnick a admis avoir eu des interactions répétées avec le défunt milliardaire entre 2010 et 2019, période durant laquelle Epstein était sous surveillance fédérale pour ses activités criminelles présumées.
Les détails précis de ces échanges restent flous, mais les parlementaires ont souligné que Lutnick avait décrit ces contacts comme inappropriés
, selon les comptes-rendus partiels rendus publics par la commission. La question centrale porte sur la nature de ces relations : s’agissait-il de simples rencontres professionnelles dans le cadre de cercles d’affaires new-yorkais, ou d’une implication plus directe dans les activités controversées d’Epstein, notamment son réseau de jeunes femmes recrutées à l’international ?
La commission, présidée par le républicain James Comer, a insisté sur le fait que ces révélations interviennent alors que d’autres figures publiques, dont des hommes politiques et des célébrités, font l’objet d’examens similaires dans le cadre d’une enquête élargie sur les abus de pouvoir et les trafics liés à Epstein. À ce jour, aucune charge pénale n’a été retenue contre Lutnick, mais son statut de haut fonctionnaire sous l’administration Trump pourrait compliquer sa défense.
Un contexte politique explosif
L’audition de Lutnick s’inscrit dans un contexte politique tendu, alors que l’administration Trump affronte des critiques croissantes sur ses liens présumés avec des personnalités aux antécédents judiciaires douteux. Le secrétaire au Commerce, nommé en janvier 2025 après le départ de Gina Raimondo, était déjà sous le feu des projecteurs en raison de ses connexions avec des fonds spéculatifs et des lobbies financiers. Ses déclarations sur Epstein pourraient ainsi nourrir les accusations de réseautage toxique
au sein de l’exécutif.
Les démocrates au Congrès ont immédiatement réclamé une enquête approfondie, pointant du doigt les failles dans les vérifications des milieux d’affaires
sous cette administration. Si le secrétaire au Commerce a eu des contacts répétés avec un prédateur condamné, où étaient les garde-fous ?
, a interrogé la représentante Alexandria Ocasio-Cortez lors d’un point de presse mercredi. Les républicains, en revanche, ont minimisé l’incident, arguant qu’il s’agissait de rencontres sociales sans conséquence
, une position difficile à défendre au vu des précédents judiciaires.
La pression monte également sur le département de la Justice, dont l’enquête sur Epstein – officiellement close en 2008 avant d’être rouverte en 2019 – a été critiquée pour son manque de transparence. En avril 2026, un rapport du FBI a révélé que des agents avaient été informés dès 2005 des activités criminelles d’Epstein, sans que des mesures coercitives soient prises. Les parlementaires exigent désormais des réponses sur les éventuels manquements des autorités.
Qui était Jeffrey Epstein ? Un réseau toujours actif
Pour comprendre l’impact des révélations de Lutnick, il faut revenir sur le parcours de Jeffrey Epstein, décédé en 2019 dans sa cellule de prison après s’être suicidé. Milliardaire accusé de trafic sexuel, de proxénétisme et d’abus sur mineurs, il avait écopé en 2008 d’une peine de 18 mois de prison – une sentence jugée clément par ses victimes et les associations de défense des droits humains. Son réseau, qui incluait des personnalités du monde politique, des affaires et du divertissement, continue de faire l’objet d’enquêtes.

En 2023, des documents judiciaires ont révélé que Epstein avait recruté des jeunes femmes via des intermédiaires, notamment dans les Caraïbes et en Amérique latine, avant de les faire transiter vers les États-Unis sous de faux prétextes. Parmi ses associés figuraient des noms connus, comme le prince Andrew d’Angleterre, l’homme d’affaires Ghislaine Maxwell (condamnée en 2021), ou encore des figures du monde financier new-yorkais. Les auditions actuelles visent à établir si d’autres acteurs, comme Lutnick, ont pu bénéficier ou faciliter ces activités.
Les avocats de Lutnick ont déclaré dans un communiqué qu’il collaborait pleinement avec les enquêteurs
et niait toute implication dans des activités illégales. Cependant, les parlementaires ont souligné que les déclarations de Lutnick lors de l’audition contredisaient partiellement ses précédentes affirmations, où il n’avait évoqué qu’un contact unique
avec Epstein. Cette incohérence pourrait ouvrir la voie à de nouvelles investigations.
Quelles suites pour l’enquête ?
À ce stade, plusieurs pistes sont explorées par la commission d’enquête. D’abord, la nature exacte des échanges entre Lutnick et Epstein : s’agissait-il de dons, de prêts, ou simplement de réseautage professionnel
? Les documents financiers liés à ces interactions sont actuellement examinés par le FBI et l’IRS. Ensuite, les parlementaires cherchent à déterminer si d’autres membres de l’administration Trump ont eu des contacts avec Epstein ou son entourage.
Une troisième voie pourrait mener à une réouverture des archives judiciaires. En effet, des victimes d’Epstein ont porté plainte en 2024 pour obtenir l’accès à des documents classifiés, arguant que des éléments avaient été dissimulés par les autorités. Si les révélations de Lutnick confirment des liens étroits entre Epstein et des cercles d’influence, ces plaintes pourraient gagner en poids.
Pour l’instant, Lutnick conserve son poste, mais son avenir politique est incertain. Dans un contexte où les scandales financiers et sexuels ébranlent la crédibilité de l’administration, toute nouvelle révélation pourrait avoir des conséquences majeures. Les prochaines semaines seront cruciales : la commission a annoncé qu’elle publierait un rapport préliminaire d’ici la fin du mois, suivi d’une audition publique en juin.
Une chose est sûre : l’affaire Epstein, loin de s’éteindre avec la mort de son principal acteur, continue de révéler les failles d’un système où l’argent et le pouvoir semblent parfois primer sur la justice.
