Le Parlement européen a voté jeudi 18 juin 2026 une résolution sur la crise cubaine qui oppose les groupes de droite et de gauche sur le rôle de l’Union européenne face au régime de La Havane. Alors que les conservateurs et réformistes exigent une rupture des relations et des sanctions ciblées contre les dirigeants, les socialistes et écologistes accusent Washington d’aggraver la crise humanitaire par son embargo. Une scission révélatrice des fractures géopolitiques au sein de l’institution.
Un texte clivant : la droite européenne exige une rupture avec Cuba
Le texte porté par le Parti Populaire Européen (PPE), soutenu par 343 députés (sur les 705 que compte le Parlement), marque un tournant dans la position de l’UE envers Cuba. Il urge la suspension immédiate de l’Accord de Dialogue Politique et de Coopération avec La Havane, à moins que le régime cubain ne propose “dans un délai court des mesures claires et significatives” vers une démocratie multipartite. Le texte, qui doit être adopté jeudi, exige notamment la libération inconditionnelle des 1 300 prisonniers politiques (chiffre cité par Libertad Digital et CiberCuba) et la fin des restrictions pour les Cubains en exil souhaitant rentrer.

Les auteurs de la résolution, dont le chef de la délégation Vox au Parlement européen, Jorge Buxadé, dénoncent un “régime communiste assassin” et accusent l’UE d’avoir financé pendant des années “les organisations du parti qui terrorisent le peuple”. Le texte propose aussi des sanctions ciblées dans le cadre de la “Loi Magnitsky européenne”, visant directement le président Miguel Díaz-Canel, les hauts responsables de l’appareil sécuritaire et la direction de GAESA (l’entreprise d’État contrôlant l’essentiel de l’économie cubaine).
Pour Hermann Tertsch, eurodéputé de VOX, cette résolution marque la fin des “avertissements sans conséquences”. Dans un message sur X, il a déclaré : « Il est temps d’agir. Le Parlement européen ne peut plus se contenter de menaces creuses. » Il a ajouté que son groupe avait présenté des amendements pour inclure le ministère de l’Intérieur cubain (MININT) dans la liste des organisations terroristes de l’UE, une proposition radicale qui reflète l’exaspération des conservateurs face à l’immobilisme européen.
« Sexty-sept ans de dictature, un régime communiste assassineur, qui a transformé Cuba en une immense prison depuis plus de six décennies. »
L’ombre de Washington : les socialistes et écologistes accusent l’embargo américain
Face à ce durcissement, les groupes socialistes (S&D) et verts (Verts/ALE) ont présenté une résolution alternative, mettant en cause le rôle des sanctions américaines dans l’aggravation de la crise humanitaire à Cuba. Selon Leire Pajín, négociatrice socialiste, leur texte “partage la condamnation des violations des droits politiques à Cuba”, mais insiste sur le fait que “la crise actuelle est le résultat d’une combinaison de facteurs internes et externes“.

Les écologistes vont plus loin : ils proposent que l’UE soutienne des mécanismes de restructuration de la dette cubaine, une mesure qui pourrait atténuer l’impact des sanctions américaines. Leur texte réaffirme cependant leur “compromis avec la souveraineté et l’intégrité territoriale de Cuba”, tout en condamnant “énergiquement toutes les violations des droits fondamentaux”.
Cette division illustre un clivage profond : d’un côté, les conservateurs estiment que l’UE doit cesser de financer un régime répressif ; de l’autre, les progressistes accusent Washington d’asphyxier économiquement une population déjà fragilisée. Une tension qui rappelle les débats de 2016, lorsque l’UE avait déjà menacé de suspendre son accord avec Cuba après la répression des manifestations du “1L7J”.
Quelles conséquences pour Cuba ? Entre pression démocratique et risque d’isolement
Si la résolution du PPE est adoptée, elle pourrait avoir des répercussions immédiates. La suspension de l’accord de coopération priverait Cuba d’une partie de l’aide européenne, déjà réduite depuis 2024. Mais le texte prévoit aussi des canaux humanitaires directs pour contourner l’État cubain et fournir des médicaments, carburant et nourriture aux populations vulnérables – une mesure saluée par les ONG.

Cependant, les experts craignent que cette approche ne soit pas suffisante. Selon Diario de Cuba, le régime cubain pourrait répondre en renforçant encore ses restrictions, comme il l’a fait après les sanctions américaines de 2021. “La seule sortie pour le peuple cubain, c’est une transition démocratique”, affirme le texte du PPE, mais sans mécanisme concret pour y parvenir. Les sanctions ciblées contre Díaz-Canel et GAESA pourraient aussi aggraver les pénuries, déjà critiques : les Cubains subissent en moyenne 22 heures d’apagons par jour depuis 2023.
Paradoxalement, cette résolution pourrait aussi isoler davantage Cuba sur la scène internationale. Alors que la Chine et la Russie maintiennent leur soutien au régime, une UE divisée envoie un signal ambigu. “L’Union européenne ne doit pas être complice des violations des droits humains”, souligne le texte des conservateurs, mais sans proposer de plan de sortie crédible pour la crise.
Et maintenant ? Trois scénarios possibles pour l’avenir des relations UE-Cuba
1. Un durcissement progressif : Si la résolution est adoptée, l’UE pourrait imposer des sanctions ciblées contre les responsables cubains, comme le demande VOX. Cela pourrait accélérer les réformes… ou pousser le régime à se fermer encore davantage. Libertad Digital estime que cette stratégie a déjà été testée sans succès en 2020.
2. Un statu quo conflictuel : Les socialistes et écologistes pourraient bloquer toute mesure radicale, maintenant l’accord de coopération en l’état. Cuba continuerait alors à bénéficier d’une aide humanitaire limitée, mais sans pression politique réelle. C’est le scénario redouté par les opposants, comme l’écrivaine Zoé Valdés, qui a qualifié l’accord UE-Cuba de “simple aspirine pour un cancer”.
3. Une médiation internationale : Une troisième voie émergerait si l’UE parvenait à unifier ses positions autour d’un plan de transition négocié avec des figures de l’opposition cubaine, comme l’exige le groupe ECR (Conservateurs et Réformistes). Cela impliquerait un dialogue direct avec des organisations comme Pasos de Cambio ou l’Assemblée de la Résistance, mais le régime de La Havane a toujours rejeté toute négociation avec des groupes non reconnus.
Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : cette résolution marque un tournant dans la politique européenne envers Cuba. Pour la première fois depuis des décennies, l’UE envisage des mesures concrètes – et non plus seulement des condamnations verbales. Mais sans unité entre ses membres et sans stratégie claire pour une transition démocratique, le risque est grand de voir la crise s’aggraver encore.
À suivre : la réaction du régime cubain, qui n’a pas encore commenté officiellement le vote du Parlement européen. Une chose est certaine : La Havane sait que l’UE ne peut plus ignorer la situation à Cuba – mais comment elle réagira reste une inconnue.
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