Trump menace de droits de douane sur l’Europe pour forcer l’achat du Groenland
WASHINGTON (AP) – L’ancien président américain Donald Trump a relancé une vieille obsession en menaçant d’imposer des droits de douane croissants sur plusieurs pays européens s’ils ne cèdent pas à sa demande d’acquérir le Groenland. Cette escalade verbale, diffusée sur sa plateforme Truth Social samedi, a suscité une vague de réactions indignées en Europe et soulève des questions sur la stratégie et les motivations de Trump.
L’ancien président affirme que les États-Unis subventionnent l’Europe en n’imposant pas de droits de douane et exige que le Danemark “rende” le Groenland, qu’il considère comme vital pour la sécurité nationale américaine. Il a annoncé l’imposition d’un droit de douane de 10 % sur les exportations vers les États-Unis en provenance du Danemark, de la Norvège, de la Suède, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la Finlande à partir du 1er février, avec une augmentation à 25 % le 1er juin, jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé pour l’achat “complet et total” du Groenland.
“Les États-Unis tentent de conclure cette transaction depuis plus de 150 ans. De nombreux présidents l’ont essayé, et pour de bonnes raisons, mais le Danemark a toujours refusé”, a-t-il écrit.
Cette proposition, bien que surprenante pour beaucoup, n’est pas nouvelle. L’intérêt américain pour le Groenland remonte au XIXe siècle, avec des tentatives d’achat infructueuses sous la présidence de William Seward, après l’acquisition de l’Alaska auprès de la Russie en 1867. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont occupé le Groenland après l’invasion du Danemark par l’Allemagne, y construisant des bases militaires et radio qui sont toujours en activité aujourd’hui, notamment la base spatiale de Pituffik. En 1946, le président Harry Truman a même secrètement offert 100 millions de dollars au Danemark pour l’île, une offre rejetée et révélée seulement en 1991.
Pourquoi le Groenland ?
Le Groenland, la plus grande île du monde, est stratégiquement important pour les États-Unis en raison de sa position géographique entre l’océan Arctique et l’océan Atlantique Nord. Sa proximité avec l’Amérique du Nord – plus proche de New York que de Copenhague – en fait un point de passage crucial pour les opérations militaires et les systèmes d’alerte précoce des missiles. L’île offre également le chemin le plus court entre l’Amérique du Nord et l’Europe.
Au-delà de sa position stratégique, le Groenland est riche en ressources minérales, dont une grande partie des “matières premières critiques” listées par l’Union européenne. L’ouverture de l’Arctique en raison du changement climatique a accru l’intérêt des grandes puissances, notamment les États-Unis, le Canada, la Chine et la Russie, pour ses ressources inexploitées.
Réactions européennes et groenlandaises
La réaction européenne à la menace de Trump a été rapide et unanime. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré sur X (anciennement Twitter) que le Groenland faisait partie du Royaume du Danemark et que son avenir relevait des Groenlandais et des Danois. Il a également dénoncé l’imposition de droits de douane sur des alliés pour la sécurité collective de l’OTAN comme étant “complètement erronée”.
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a exprimé sa “pleine solidarité” avec le Danemark et le peuple groenlandais, soulignant l’importance du dialogue et la nécessité d’éviter une “spirale dangereuse” dans les relations transatlantiques.
Kaja Kallas, haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a averti que la Chine et la Russie pourraient profiter des divisions entre les alliés.
Au Groenland même, la population a manifesté son opposition aux velléités de Trump. Les habitants, majoritairement Inuits, insistent sur le fait que le Groenland n’est pas à vendre.
Soutien américain limité
Un récent sondage Reuters/Ipsos a révélé que moins d’un Américain sur cinq soutient l’acquisition du Groenland par les États-Unis. Ce manque de soutien public pourrait compliquer toute tentative sérieuse de négociation.
Article Reuters sur le sondage
L’avenir de cette situation reste incertain. La menace de droits de douane pourrait être une tactique de négociation, mais elle risque également de détériorer les relations transatlantiques et de créer une instabilité géopolitique supplémentaire dans la région arctique. L’Union européenne se réunira en urgence dimanche pour discuter d’une réponse coordonnée.
