La candidate de droite Keiko Fujimori a repris une avance infime sur le candidat de gauche Roberto Sánchez dans le décompte officiel des voix du second tour de l’élection présidentielle au Pérou. Avec 98,2 % des bulletins dépouillés, Fujimori obtient 50,002 % des suffrages contre 49,998 % pour Sánchez, selon les données de l’Office national des processus électoraux (ONPE).
Une course serrée sous tension électorale
La marge entre les deux candidats est devenue extrêmement étroite, se chiffrant à environ 650 voix d’écart, selon la BBC. Ce résultat, qui frise l’égalité statistique, illustre la polarisation extrême du pays. La situation demeure incertaine, l’autorité électorale ayant précisé que le processus de dépouillement pourrait s’étirer sur plusieurs semaines.

Le décompte final dépend désormais de l’examen de 1,76 % des procès-verbaux, représentant environ 400 000 votes, qui ont été contestés pour diverses irrégularités. Comme le souligne El Colombiano, cette lenteur s’inscrit dans un standard péruvien où les contentieux post-électoraux sont fréquents : lors du scrutin de 2021, il avait fallu six semaines pour confirmer la victoire de Pedro Castillo.
Dans le système électoral péruvien, le Jurado Nacional de Elecciones (JNE) joue un rôle central dans cette phase. Une fois que l’ONPE a terminé le dépouillement physique, le JNE est chargé de statuer sur les « actes impugnés » (procès-verbaux contestés) lors d’audiences publiques. Ce processus est souvent le théâtre de batailles juridiques acharnées entre les équipes de juristes des deux camps, qui cherchent à invalider ou à valider des paquets de votes en fonction de leur origine géographique ou sociologique, là où leur candidat a obtenu de meilleurs scores.
L’influence déterminante du vote à l’étranger
La remontée de Keiko Fujimori s’explique en grande partie par le dépouillement des suffrages provenant des consulats à l’étranger. Selon les données relayées par La Silla Vacía, la candidate de Fuerza Popular a capté une large majorité des votes dans des pays comme la Colombie, où elle a obtenu 73 % des voix, avec des pointes à 80 % dans certaines villes comme Carthagène.

Ces résultats extérieurs ont permis à la candidate de compenser son retard initial face à Roberto Sánchez, héritier politique de l’ancien président Pedro Castillo. De son côté, le candidat de gauche a dénoncé des « manœuvres et volontés pour tordre la démocratie », pointant du doigt une partie de la presse, tout en appelant ses partisans au respect des résultats officiels. Ces déclarations s’inscrivent dans une méfiance croissante envers les autorités électorales, une dynamique souvent observée dans les scrutins latino-américains où les candidats battus contestent la transparence du comptage pour maintenir une pression politique sur les institutions.
Risques de gouvernabilité et incertitudes économiques
Au-delà du décompte mathématique, les analystes s’inquiètent de la fragilité institutionnelle du futur gouvernement. Eileen Gavin, analyste principale pour les Amériques chez Verisk Maplecroft, a averti que la légitimité du vainqueur sera immédiatement contestée.
« La realidad es que, con un resultado tan ajustado, la legitimidad de quien asuma el cargo el 28 de julio será objeto de fuertes críticas, y el clima político interno, ya de por sí tenso y polarizado, seguirá sin resolverse. »
Eileen Gavin, analyste chez Verisk Maplecroft, via BBC
Pour les marchés financiers, l’enjeu est la stabilité. Si une victoire de Fujimori est perçue comme une garantie de continuité macroéconomique, la situation politique reste un facteur de risque majeur. Les experts soulignent qu’un gouvernement issu d’une victoire aussi contestée pourrait peiner à légiférer, augmentant la probabilité de politiques discrétionnaires ou de gouvernance par décret, ce qui, selon les analystes cités par la BBC, pourrait peser sur la dette et l’inflation du pays. Le Pérou, qui a connu une croissance économique robuste pendant deux décennies, fait face à une crise de confiance qui se traduit par une volatilité du sol péruvien et des inquiétudes des investisseurs étrangers concernant le cadre législatif à venir.
La polarisation ne se limite pas aux deux candidats. Le Congrès péruvien, souvent fragmenté, joue un rôle clé dans la survie d’un exécutif. Historiquement, le Pérou a traversé une période d’instabilité parlementaire marquée par des procédures de destitution (« vacancia presidencial ») qui ont écourté plusieurs mandats récents. Le vainqueur de cette élection devra donc naviguer dans un environnement où la capacité à former des coalitions sera mise à l’épreuve dès les premiers jours de son mandat.
Le calendrier des prochaines étapes
Le pays attend désormais la résolution des actes impugnés. L’autorité électorale a indiqué que le processus complet « podría demorar entre dos semanas o hasta fin de mes », une durée qui maintient le Pérou dans un état d’expectative politique totale. Le vainqueur, quel qu’il soit, devra prendre ses fonctions le 28 juillet, succédant au président par intérim José María Balcázar, dans un contexte où les institutions péruviennes ont été marquées par une succession rapide de dirigeants au cours de la dernière décennie.

Le 28 juillet marque traditionnellement la fête nationale péruvienne et le jour de l’investiture présidentielle. Le respect de cette date est perçu par la communauté internationale, notamment l’Organisation des États américains (OEA), comme un test crucial pour la démocratie péruvienne. Les observateurs internationaux sont présents sur le terrain pour surveiller le respect des délais et la transparence du processus de révision des procès-verbaux, soulignant que la stabilité régionale dépend, en partie, de la capacité de Lima à assurer une transition pacifique et reconnue par l’ensemble des forces politiques en présence.
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