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Chaire canadienne reçoit 1,24M$ pour prévention infections

by Camille Laurent - Santé
Un projet international pour combler un vide sanitaire

Une chaire de recherche canadienne dédiée à la prévention des infections dans les soins de longue durée vient d’obtenir une subvention historique de 1,24 million de dollars des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Dirigée par le professeur Éric Tchouaket à l’Université du Québec en Outaouais, cette initiative pilotera un projet international entre le Québec et le Luxembourg, avec les Laurentides comme terrain d’étude clé pour analyser les défis des régions semi-urbaines. Le lancement officiel est prévu pour 2026, alors que le système de santé québécois fait face à une pénurie criante d’infirmières spécialisées en prévention et contrôle des infections (PCI).

Un projet international pour combler un vide sanitaire

Le projet, baptisé EconoPCI, repose sur une collaboration inédite entre le Québec et le Luxembourg, deux territoires confrontés à des enjeux similaires en matière de prévention des infections. Selon Journal Infos Laurentides, la subvention des IRSC financera notamment le développement d’outils numériques pour mesurer la charge de travail des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) et évaluer la qualité des soins dans les cliniques de soins primaires. Une priorité absolue alors que seulement 40 infirmières PCI sont actuellement dédiées à cette mission dans toute la province, un nombre jugé « catastrophiquement insuffisant » par le professeur Tchouaket.

« C’est une situation d’urgence », a-t-il souligné lors de l’annonce. « Les maladies infectieuses restent un risque constant dans les établissements de santé, et nous ne pouvons plus attendre qu’une crise éclate pour agir. » Cette alerte intervient après que la pandémie de COVID-19 ait révélé les failles structurelles du système de préparation sanitaire, notamment dans les CHSLD et les résidences pour aînés, deux secteurs particulièrement vulnérables.

Les Laurentides, laboratoire des inégalités régionales

La région des Laurentides a été choisie comme terrain d’étude pilote pour illustrer les défis spécifiques des zones semi-urbaines. Avec un territoire vaste et des distances importantes entre les établissements de santé, cette région dépend d’une seule infirmière PCI pour couvrir à la fois Saint-Jérôme et Mont-Laurier – une situation qui, selon Tchouaket, « montre à quel point ce modèle est insoutenable ». Le projet vise à quantifier ces disparités en comparant les réalités urbaines, semi-urbaines et rurales, non seulement au Québec mais aussi au Luxembourg, où les infrastructures sanitaires présentent des parallèles frappants.

Les Laurentides, laboratoire des inégalités régionales
cluster (priority): lescollection.com

« Les Laurentides représentent un cas particulièrement pertinent », explique le chercheur. « Ici, on voit concrètement comment le manque de ressources se traduit par des risques accrus pour les patients. » Cette approche territoriale permettra de développer des solutions adaptées aux contraintes géographiques, un enjeu souvent négligé dans les politiques de santé publique.

Outils numériques : la révolution silencieuse des IPS

Au cœur du projet EconoPCI se trouve l’ambition de doter les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) d’outils capables de mesurer objectivement leur charge de travail. Selon les données compilées par la chaire, ces professionnels sont aujourd’hui submergés par des tâches administratives et des déplacements logistiques qui réduisent leur temps de soins directs. Les outils envisagés incluront des algorithmes d’analyse de la charge de travail, des tableaux de bord en temps réel pour les gestionnaires, et des protocoles standardisés pour évaluer l’efficacité des mesures de prévention.

« L’objectif n’est pas seulement de collecter des données, mais de transformer ces données en actions concrètes », précise le professeur Tchouaket. Par exemple, le projet prévoit de cartographier les zones à haut risque d’infections nosocomiales et d’identifier les goulots d’étranglement dans les chaînes de soins. Ces données serviront ensuite à former les équipes et à prioriser les interventions là où elles sont le plus nécessaires.

Un calendrier serré et des défis à relever

Le projet s’étalera sur cinq ans, de 2026 à 2030, avec une première phase de collecte de données prévue dès l’automne 2026. Les chercheurs collaboreront avec plusieurs partenaires, dont des établissements de santé des Laurentides, des CHSLD luxembourgeois et des universités des deux pays. Cependant, plusieurs obstacles se profilent déjà :

Une Chaire d’excellence en recherche du Canada pour une santé cérébrale durable
  • Résistance au changement : Les outils numériques nécessiteront une formation approfondie des équipes soignantes, déjà sous pression.
  • Financement pérenne : La subvention des IRSC couvre les cinq premières années, mais le maintien du projet dépendra de partenariats publics-privés.
  • Comparabilité des données : Harmoniser les systèmes de santé québécois et luxembourgeois pour des analyses fiables.
  • Adoption par les décideurs : Convaincre les ministères de la santé de l’importance de ces outils au-delà des Laurentides.

« Nous savons que les résultats prendront du temps à se concrétiser », reconnaît Tchouaket. « Mais chaque jour sans ces outils, c’est un jour de plus où les patients sont exposés à des risques évitables. » Le projet inclut dès lors une dimension de sensibilisation auprès des médias et des associations de patients pour maintenir l’urgence politique.

Pourquoi ce projet pourrait changer la donne

Au-delà des Laurentides, ce projet pourrait avoir des répercussions majeures sur la politique de santé publique au Québec et au-delà. Voici pourquoi :

Pourquoi ce projet pourrait changer la donne
cluster (priority): lesmills.com
  • Modèle reproductible : Les outils développés pourraient être adaptés à d’autres régions du Canada et même à l’international, où les pénuries d’infirmières PCI sont un problème récurrent.
  • Preuve de l’efficacité : En quantifiant l’impact des mesures de prévention, le projet fournira des arguments solides pour justifier des investissements supplémentaires dans les ressources humaines.
  • Approche préventive : Contrairement aux réponses de crise, ce projet mise sur l’anticipation – une philosophie qui pourrait inspirer d’autres secteurs de la santé.
  • Collaboration internationale : La coopération Québec-Luxembourg pourrait servir de modèle pour d’autres partenariats transfrontaliers en santé publique.

« Nous ne cherchons pas à révolutionner le système du jour au lendemain », tempère Tchouaket. « Mais si nous arrivons à démontrer que des outils simples peuvent sauver des vies et réduire les coûts liés aux infections, cela pourrait enfin ouvrir les yeux des décideurs. » Rappelons que les infections nosocomiales coûtent au système de santé québécois près de 1,5 milliard de dollars par an – un montant qui pourrait être significativement réduit avec des mesures ciblées.

Alors que les premières étapes du projet se concrétisent cet automne, une question reste en suspens : les autorités sanitaires sauront-elles transformer ces données en politiques concrètes ? Les Laurentides, avec leur réalité semi-urbaine, pourraient bien devenir le laboratoire où se jouera l’avenir de la prévention des infections au Québec.

Pour suivre l’avancement du projet EconoPCI, consultez le site de la Chaire de recherche du Canada EconoPCI ou contactez directement l’équipe du professeur Éric Tchouaket à l’Université du Québec en Outaouais.

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