Le 29 juin 2026, la décision de Kemal Kılıçdaroğlu de quitter le CHP et de fonder une nouvelle formation politique a provoqué un choc aussi bien dans ses rangs qu’au sein de l’AKP, où les réactions oscillent entre stupéfaction et inquiétude stratégique. Selon des sources proches du pouvoir, relayées par Halktv, l’annonce a été perçue comme une “erreur calculée”, où chaque pas semble motivé par la colère et la frustration plutôt que par une vision politique cohérente. “Toutes ses décisions sont prises dans un élan de haine et de rancœur”, ont confié des proches de l’AKP, soulignant que son équipe peine à rassembler les suffrages attendus.
Une stratégie qui divise même ses alliés
Si le CHP subit les conséquences immédiates de cette scission – avec des membres déçus par ce qu’ils perçoivent comme un abandon de ses principes –, l’AKP, lui, observe la situation avec une méfiance teintée d’opportunisme. Les cercles du pouvoir, habituellement critiques envers Kılıçdaroğlu, reconnaissent aujourd’hui un danger inattendu : la création d’une nouvelle formation centristes, portée par des figures comme Özgür Özel, pourrait capter des électeurs indécis et fragiliser leur propre base. “Une formation de gauche modérée au centre du spectre politique a une probabilité très élevée de parvenir au pouvoir”, estime un proche du président, cité par Halktv. Cette crainte est d’autant plus vive que l’AKP, déjà affaibli par des scandales récents, voit dans cette division de l’opposition une opportunité à ne pas laisser passer.

Pourtant, les analystes soulignent que le mouvement de Kılıçdaroğlu peine à convaincre. Selon des évaluations internes rapportées par Halktv, ses propositions recueillent à peine 2 % des intentions de vote – un score dérisoire pour un leader historique. “Il n’y a aucune résonance dans les masses. Nous n’avions pas anticipé une telle désaffection. Toutes ses démarches sont guidées par des rancœurs personnelles, et son équipe déçoit”, a confessé un responsable AKP sous couvert d’anonymat. La question qui se pose désormais est simple : cette initiative est-elle le début d’une nouvelle dynamique politique… ou le dernier souffle d’un leader en perte de vitesse ?
L’AKP entre méfiance et calcul : la peur d’un “Erdoğan sans Erdoğan”
Au-delà de la surprise immédiate, l’AKP semble divisé sur la manière d’aborder cette nouvelle configuration. Certains, comme ceux cités par Halktv, estiment que la scission au sein du CHP est une aubaine à exploiter, tandis que d’autres craignent qu’une nouvelle formation centristes ne leur vole la vedette. La référence à un “scénario sans Erdoğan” – où le pouvoir serait partagé entre des figures moins charismatiques mais tout aussi ambitieuses – plane comme une menace. “Si Özgür Özel parvient à rassembler les indécis, nous pourrions nous retrouver face à une opposition unie et déterminée”, a averti un stratège AKP.

Cette crainte est renforcée par le constat que les mesures prises par Kılıçdaroğlu, comme la levée de l’immunité parlementaire, n’ont pas suffi à apaiser les tensions. Au contraire, elles ont été perçues comme des actes de vengeance plutôt que de purification. “Il parle de ‘purification’, mais les visages autour de lui sont problématiques. Leurs discours sont incohérents, et il n’y a pas de figure crédible pour incarner ce renouveau”, a critiqué un observateur politique, cité par Halktv. La question de la légitimité de cette nouvelle formation reste donc entière.
Un héritage politique en lambeaux : de “sauveur” à “traître” en quelques mois
Pour comprendre l’ampleur du séisme politique que représente cette décision, il faut revenir à l’ascension de Kılıçdaroğlu. Comme l’analyste Emre Kongar le rappelle dans Cumhuriyet, le leader du CHP a été perçu pendant des années comme le “sauveur” face à un pouvoir autoritaire. Son rôle était de rassembler une opposition dispersée et de proposer une alternative crédible. Pourtant, son incapacité à gagner les élections de 2023 – malgré une stratégie de recentrage à droite – a érodé cette image. Pire encore, son alliance avec des figures controversées, comme des députés accusés d’anti-laïcisme, a provoqué une rupture avec une partie de sa base.

Le passage de “sauveur” à “traître” s’est accéléré avec les élections de 2024, où l’AKP, malgré ses déboires, est parvenu à se maintenir au pouvoir. Kılıçdaroğlu, lui, a été réduit au rôle de “perturbateur” – une figure dont les initiatives, comme la levée des immunités, sont perçues comme des attaques contre le système plutôt que comme des actes de résistance. “Il n’est plus le leader qui pouvait nous unir, mais celui qui divise même ses propres rangs”, résume Kongar. Cette transition brutale explique pourquoi son départ du CHP a été accueilli avec autant de scepticisme.
“Kılıçdaroğlu, 13 ans durant, a incarné le rôle de ‘sauveur’… Mais aujourd’hui, il risque de passer à l’histoire comme le ‘démoralisateur’, à l’image de Rauf Bey dans les années 1920 ou de Turhan Feyzioğlu dans les années 1970.”
Özgür Özel : le joker qui pourrait tout changer
Si Kılıçdaroğlu incarne aujourd’hui l’incertitude, une autre figure émerge comme un possible rempart : Özgür Özel. Son projet de créer une nouvelle formation centristes, évoqué par Halktv, suscite à la fois l’espoir et la crainte. Pour l’AKP, Özel représente une menace : un leader capable de rassembler les électeurs modérés, ceux qui ne se reconnaissent ni dans l’islamisme conservateur ni dans le nationalisme de gauche. “Une formation centristes a une probabilité très élevée de parvenir au pouvoir”, insistent les analystes, soulignant que ce scénario pourrait bien être celui d’un “Erdoğan sans Erdoğan”.
Cependant, le défi reste immense. Comme le souligne Milat Gazetesi, Özel devra prouver qu’il peut incarner une alternative crédible, sans tomber dans les pièges d’une opposition trop fragmentée. Son interview récente, où il a répondu avec franchise aux questions difficiles, a marqué les esprits – mais cela ne suffit pas à garantir le succès. “Il est plus cohérent et rationnel que Kılıçdaroğlu, mais cela ne compense pas l’absence de vision claire”, estime un commentateur politique.
Et maintenant ? Trois scénarios pour les prochains mois
À court terme, trois évolutions semblent possibles. Premièrement, le CHP pourrait se reconstruire autour d’une nouvelle figure, plus jeune et moins clivante, capable de rassembler les déçus de Kılıçdaroğlu. Deuxièmement, Özel pourrait effectivement parvenir à fédérer une coalition centristes, forçant l’AKP à repenser sa stratégie. Enfin, dans le pire des cas, cette fragmentation pourrait bénéficier à l’AKP, qui verrait ses adversaires s’affaiblir mutuellement.
Une chose est sûre : le paysage politique turc vient de basculer. Ce qui était hier une opposition structurée pourrait demain devenir un champ de ruines, où chaque formation se bat pour sa survie. Pour l’AKP, l’heure est à la vigilance – car dans ce chaos, une nouvelle force pourrait émerger, bien plus dangereuse que les anciennes.
Les prochaines semaines seront cruciales. Si Kılıçdaroğlu échoue à rassembler, son héritage politique pourrait bien être celui d’un homme qui, en voulant sauver son parti, l’a au contraire condamné.
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