Le 17 mai 2026, Zimpapers, géant médiatique d’État zimbabwéen, a réaffirmé sa ligne dure contre les cadeaux jugés excessifs à ses employés, déclenchant une crise ouverte avec Wicknell Chivayo, homme d’affaires controversé. Alors que les journalistes de CapitalkFM, filiale de Zimpapers, se voient sommés de rendre des milliers de dollars en “cadeaux” – dont une voiture de luxe offerte à un présentateur – les tensions révèlent les fractures d’un système où les règles de gouvernance côtoient une réalité économique brutale. Les montants en jeu, les menaces de licenciement, et les réactions virales sur les réseaux sociaux transforment cette affaire en test de loyauté entre éthique professionnelle et survie financière.
Un ultimatum de 100 dollars : quand le “cadeau” devient piège
Tout a commencé lorsque Wicknell Chivayo, figure controversée du monde des affaires zimbabwéen, a organisé une distribution de “cadeaux” aux employés de CapitalkFM, station de radio propriété de Zimpapers. Le 12 mai dernier, il a remis 1 000 dollars à chacun des 30 journalistes de la division radio, soit un total de 30 000 dollars distribués sous forme de “repas”. Mais selon la politique interne de Zimpapers, tout cadeau dépassant 100 dollars doit être déclaré et rendu à l’expéditeur. Les employés se sont ainsi retrouvés face à un dilemme : accepter une somme qui, pour beaucoup, représente des mois de salaire non versé, ou refuser et risquer des représailles.
La situation a pris une tournure explosive lorsque Chivayo a offert une Toyota Fortuner GD6 à Phathisani Sibanda, un présentateur star de CapitalkFM. Le véhicule, officiellement évalué à 150 000 dollars mais que Chivayo prétend avoir “décoté” à 100 dollars – une affirmation que Zimpapers qualifie de “dérision” –, a scellé le sort de Sibanda. La direction a immédiatement ordonné son retour, sous peine de licenciement. Yvonne Tivatye, directrice de la station, a également reçu une Toyota Aqua estimée à 50 dollars, somme elle aussi jugée excessive par Zimpapers.
“The board mandated Zimpapers management and staff to adhere to the company’s Gift Declaration Policy in order to maintain the company’s integrity. Please be guided accordingly.”
Pour Chivayo, cette réaction relève de l’hypocrisie. Dans un message publié sur X (anciennement Twitter), il a fustigé Zimpapers pour son retard de paiement des salaires, accusant la direction de “lever des règles de gouvernance corporative” alors que les employés peinent à joindre les deux bouts. “Les salaires à temps d’abord, puis les bonnes conditions de travail, ensuite appliquez votre gouvernance plus tard, ou soyez le premier directeur général à enfreindre ces règles absurdes”, a-t-il écrit, moquant au passage le seuil de 100 dollars fixé par l’entreprise. Son argument ? Les véhicules offerts étaient des “petites transactions” sans besoin de contrat ou de garantie.
La guerre des réseaux sociaux : quand l’indignation devient virale
L’affaire a rapidement enflammé les réseaux sociaux, où les Zimbabwéens se divisent entre ceux qui soutiennent les journalistes et ceux qui jugent les cadeaux de Chivayo excessifs. Une vidéo montrant les enfants de Paul Tugwarara – conseiller du président Emmerson Mnangagwa – enterrant des billets de 100 dollars avant de les faire déterrer par des inconnus a relancé le débat sur les inégalités criantes dans le pays. “Pour les pauvres, cette somme représente des mois de nourriture. Pour eux, c’est un jeu“, commente un internaute, soulignant l’absurdité d’une politique qui refuse des aides financières alors que des millions de Zimbabwéens luttent contre l’inflation et les pénuries.
De son côté, Chivayo a proposé une alternative : des prêts sans intérêts de 2 000 dollars pour chaque employé, remboursables sur 10 ans avec une période de grâce de cinq ans. “Il s’agit d’une transaction minime, aucun contrat ni garantie ne seront nécessaires“, a-t-il affirmé, une offre que Zimpapers n’a pas encore commentée officiellement. Certains cadres de l’entreprise ont même suggéré de détourner les fonds pour acheter des véhicules pour le personnel – une proposition qualifiée d'”irréaliste” par les observateurs, qui y voient une tentative de contourner les règles plutôt que de les appliquer.
“Qu’est-ce qui me révolte le plus ? La plupart des entreprises mettent trois ou quatre mois à payer les salaires des travailleurs, puis les supérieurs lèvent la tête et essaient d’appliquer ces soi-disant règles de gouvernance quand ils reçoivent des gestes aussi généreux.”
Wicknell Chivayo, homme d’affaires, via <a href="https://www.zimlive.
Zimpapers sous pression : entre éthique et survie économique
Pour Zimpapers, cette crise révèle un problème structurel : comment concilier des standards de gouvernance internationale avec une réalité où les salaires sont souvent impayés ou versés avec des mois de retard ? Selon des rapports internes cités par ZimLive, la direction justifie sa position par la nécessité de préserver l’intégrité de l’entreprise, surtout dans un secteur médiatique déjà miné par les conflits d’intérêts. Pourtant, pour les journalistes de CapitalkFM, le choix est cornélien : accepter des sommes qui pourraient sauver leur mois et risquer un licenciement pour non-respect des règles, ou refuser et affronter une précarité déjà insoutenable.

Phathisani Sibanda, le présentateur concerné par l’offre de voiture, pourrait être le premier à trancher. Une vidéo diffusée par Chivayo montre Sibanda en train de recevoir son véhicule, avec la promesse que des auditions disciplinaires seront organisées “dans les prochains jours”. Pour les observateurs, cette affaire pourrait servir de test pour évaluer la détermination de Zimpapers à appliquer ses propres règles – ou son incapacité à le faire face à une pression externe.
Que se passera-t-il ensuite ? Trois scénarios possibles
- Licenciements et démission : Si Sibanda et Tivatye refusent de rendre les véhicules ou l’argent, Zimpapers pourrait engager des procédures disciplinaires, voire des licenciements. Une telle décision pourrait déclencher une vague de départs dans une rédaction déjà fragilisée.
- Négociation sous pression : Chivayo pourrait intensifier ses attaques publiques contre Zimpapers, accusant la direction de “cruauté” envers ses employés. Des rumeurs évoquent même une possible intervention politique, Mnangagwa étant lié à des figures comme Paul Tugwarara.
- Assouplissement des règles : Face à la grogne interne et externe, Zimpapers pourrait revoir sa politique sur les cadeaux, surtout si les salaires restent impayés. Certains cadres ont déjà suggéré de réorienter les fonds vers des avantages collectifs – une solution qui, si elle est adoptée, pourrait ouvrir la voie à de nouvelles controverses.
Une chose est sûre : cette affaire dépasse le cadre d’un simple conflit interne. Elle illustre les tensions entre un État qui cherche à se doter d’une image moderne et une population en proie à une crise économique persistante. Pour les journalistes de CapitalkFM, le vrai cadeau aurait peut-être été un salaire à temps – mais dans le Zimbabwe de 2026, même cette demande semble utopique.
* Les montants sont convertis en dollars américains selon les taux officiels du 17 mai 2026. Les salaires moyens dans le secteur médiatique zimbabwéen oscillent entre 150 et 300 dollars par mois, selon les rapports de l’Union des journalistes.
<!– /wp:paragraph Les critiques soulignent ainsi un décalage flagrant entre les discours sur l’éthique et les pratiques réelles en matière de transparence financière et de respect des obligations sociales.