La Suède, de pacifiste à envisageant la dissuasion nucléaire : un tournant historique face à l’incertitude géopolitique
Munich – La Suède, longtemps symbole de neutralité et de pacifisme, explore désormais des options de protection nucléaire plus formelles, un changement de cap radical qui reflète une inquiétude croissante face à l’évolution de la sécurité européenne. Le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, a révélé lors de la Conférence de sécurité de Munich que son pays est en discussion avec le Royaume-Uni et la France pour bénéficier d’une dissuasion nucléaire élargie, marquant un tournant historique après des décennies de confiance dans l’ombre protectrice américaine.
Ce revirement est d’autant plus frappant que la Suède a renoncé à développer sa propre bombe atomique après la Seconde Guerre mondiale, sous la pression des États-Unis, qui lui offraient alors une garantie de sécurité. “Nous sommes des nouveaux venus dans la planification nucléaire de l’OTAN”, a déclaré Kristersson, soulignant que la Suède prend cette question “très, très au sérieux”.
L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a été le catalyseur principal de ce changement de perspective. L’adhésion de la Suède à l’OTAN, il y a deux ans, a été une réponse directe à l’agression russe, mais elle n’a pas dissipé les doutes quant à la fiabilité à long terme de la protection américaine.
“Nous n’avons pas rompu, mais nous observons et écoutons attentivement, et nous sommes conscients que nous pouvons être surpris soudainement, et nous n’aimons pas ça”, a expliqué Kristersson, utilisant l’expression suédoise förtroendeskadligt – “dommageable à la confiance” – pour décrire le sentiment croissant d’incertitude.
Un contexte de perte de confiance et de remise en question de l’ordre international
Ce regain d’intérêt pour la dissuasion nucléaire ne se limite pas à la Suède. Plusieurs dirigeants européens, notamment le chancelier allemand Friedrich Merz, ont exprimé des préoccupations similaires quant à la crédibilité de l’engagement américain. Merz a même déclaré à Munich que l’ordre international fondé sur des règles “n’existe plus”, et a évoqué des discussions avec le président français Emmanuel Macron sur la possibilité d’une dissuasion nucléaire européenne collective.
La situation est d’autant plus préoccupante que le traité New START, le dernier accord majeur de contrôle des armements nucléaires entre les États-Unis et la Russie, a expiré ce mois-ci. Washington, par la voix d’Elbridge Colby, sous-secrétaire à la Défense pour les politiques, a réaffirmé son engagement à fournir une dissuasion nucléaire étendue, mais a également exprimé son opposition à toute “prolifération amicale”.
Un héritage pacifiste remis en question
La Suède, qui n’a pas participé à une guerre depuis 1814 et qui a connu un fort mouvement anti-nucléaire dans les années 1970 et 1980, se trouve donc à un carrefour. Le pays avait même envisagé de développer sa propre arme nucléaire dans les années 1950, mais avait finalement renoncé, convaincu par les garanties américaines.
Kristersson a précisé qu’il ne s’agissait pas de rechercher une arme nucléaire nationale, mais plutôt de bénéficier des capacités de “puissances amies” comme le Royaume-Uni et la France. Cependant, il n’a pas exclu la possibilité d’une évolution future, affirmant qu’il ne pouvait “exclure pour l’éternité” un retour à une politique de prolifération.
L’Ukraine, un avertissement
Le sort de l’Ukraine, qui a renoncé à son arsenal nucléaire après l’effondrement de l’Union soviétique en échange de garanties de sécurité qui se sont avérées illusoires, est un exemple frappant pour la Suède. “Tant que les puissances malveillantes disposent d’armes nucléaires, les démocraties doivent également être en mesure de jouer”, a déclaré Kristersson, adoptant une approche plus réaliste face aux défis géopolitiques actuels.
Ce changement de cap suédois, bien que prudent et nuancé, témoigne d’une profonde remise en question de l’ordre de sécurité européen et d’une perte de confiance dans la capacité des États-Unis à garantir la protection du continent. L’avenir de la dissuasion nucléaire en Europe est désormais plus incertain que jamais.
[Intégration potentielle d’un tweet pertinent du Premier ministre suédois ou d’un analyste de sécurité sur le sujet : (exemple) https://twitter.com/ulfkristersson/status/1758892345678901234 ]
[Intégration potentielle d’une courte vidéo explicative sur le fonctionnement de la dissuasion nucléaire : (exemple) Lien vers une vidéo YouTube de l’OTAN ou d’un think tank spécialisé.]
