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Strait d’Hormuz : Risque de crise alimentaire mondiale

Crise dans le détroit d’Ormuz : au-delà du pétrole, une menace sur l’approvisionnement alimentaire mondial

MEXICO CITY/WASHINGTON, DC – La crise actuelle dans le détroit d’Ormuz, déclenchée par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran et la mort de son guide suprême Ali Khamenei le 28 février dernier, suscite une inquiétude croissante quant à l’approvisionnement alimentaire mondial, bien au-delà des fluctuations des prix du pétrole. Alors que le nombre de navires transitant par cette voie maritime stratégique a chuté à une poignée par jour, et que Téhéran est accusé de poser des mines, la perspective d’une fermeture prolongée – potentiellement de plusieurs jours, voire de plusieurs mois – représente une menace sérieuse pour la sécurité alimentaire de millions de personnes.

Le détroit d’Ormuz est bien plus qu’une simple artère pour le transport de pétrole. C’est une voie cruciale pour l’acheminement de denrées alimentaires de base, notamment le blé, le maïs, le riz, le soja, le sucre et les aliments pour animaux. Les agriculteurs du monde entier dépendent également de ce détroit pour l’approvisionnement en engrais et en carburant.

Les États du Golfe particulièrement vulnérables

Les États du Golfe, fortement dépendants des importations alimentaires, sont en première ligne. Selon des données récentes, environ 70% des aliments consommés à Bahreïn, au Koweït, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite et en Irak transitent par le détroit d’Ormuz. Avec une population combinée d’environ 100 millions d’habitants, une interruption prolongée des importations nécessiterait l’acheminement quotidien de près de 191,3 millions de livres de nourriture dans la région, un défi logistique colossal.

Les pays du Golfe ont pris des mesures pour renforcer leur résilience alimentaire, notamment en augmentant leurs réserves stratégiques et en investissant dans la production locale, ainsi qu’en explorant des routes maritimes alternatives, comme le port de Jeddah en Arabie saoudite. Cependant, ces efforts ne suffiront pas à compenser une fermeture prolongée du détroit.

Un impact mondial et des parallèles historiques

Les conséquences d’une telle crise dépasseraient largement les frontières du Golfe. Les agriculteurs d’Asie du Sud, d’Afrique subsaharienne, d’Europe et même des États-Unis dépendent de l’approvisionnement stable en engrais et en carburant. Le gaz naturel, composant essentiel des engrais azotés, est également fortement impacté par la situation.

L’histoire nous enseigne que les flambées des prix alimentaires et les pénuries peuvent être des catalyseurs d’instabilité politique. En 2008, une forte augmentation des prix des céréales a provoqué des émeutes de la faim dans de nombreux pays. De même, la sécheresse et la vague de chaleur de 2010-2011 en Russie ont contribué à la montée des tensions qui ont mené au Printemps arabe. Plus récemment, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a exacerbé l’insécurité alimentaire mondiale.

L’eau, une ressource menacée

Au-delà des enjeux liés à l’alimentation, la crise pourrait également affecter l’approvisionnement en eau. Des attaques contre des installations de dessalement, signalées la semaine dernière en Bahreïn et en Iran, soulèvent des inquiétudes majeures. La destruction ou la contamination de ces installations, considérées comme des crimes de guerre en vertu du droit international, menacerait des millions de vies.

Un appel à la prévention et à la résilience

La situation actuelle souligne la vulnérabilité du système alimentaire mondial. Il est impératif que toutes les parties prenantes, y compris les acteurs impliqués dans le conflit et la communauté internationale, œuvrent à prévenir une escalade qui pourrait avoir des conséquences désastreuses.

Il est également crucial de renforcer la résilience du système alimentaire mondial, en investissant dans la diversification des sources d’approvisionnement, l’amélioration des infrastructures et le développement de pratiques agricoles durables. La crise dans le détroit d’Ormuz doit servir d’avertissement : la sécurité alimentaire est une question de sécurité nationale et internationale qui exige une attention urgente et coordonnée.

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