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Strait d’Hormuz : l’Iran contrôle la clé de l’approvisionnement mondial en pétrole

La crise iranienne menace de paralyser le commerce mondial et fait flamber les prix du pétrole

Par Martin Wolf, Financial Times

La situation dans le détroit d’Ormuz est au bord du point de rupture. L’attaque contre les navires commerciaux par l’Iran, qui vise à contrer les pressions américaines et israéliennes, a transformé le marché du transport maritime en un véritable « Far West », selon le Financial Times. Mais au-delà des tensions géopolitiques, c’est l’économie mondiale qui est en première ligne.

Selon des sources gouvernementales américaines citées par le Financial Times, le détroit d’Ormuz est techniquement ouvert à la navigation, mais uniquement si l’Iran cesse ses attaques. Une condition qui, pour l’instant, n’est pas remplie. Cette situation a provoqué une vive inquiétude, car le détroit est une voie maritime cruciale pour l’approvisionnement mondial en pétrole.

Ray Dalio, fondateur de Bridgewater Associates, souligne que le contrôle du détroit d’Ormuz est la clé de la situation actuelle. Et pour l’instant, c’est l’Iran qui détient les cartes.

Une crise sans précédent

L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) estime que la guerre au Moyen-Orient a provoqué la plus importante perturbation de l’approvisionnement pétrolier de l’histoire. Pourtant, l’AIE prévoit une augmentation de la production mondiale de pétrole de 1,1 million de barils par jour en 2026, grâce aux pays non membres de l’OPEP+. Cette prévision repose sur l’hypothèse d’une reprise progressive du trafic maritime à travers le détroit à partir de fin mars et d’une accélération en avril.

Mais cette perspective semble de plus en plus incertaine. Matthew Klein, ancien collaborateur du Financial Times et auteur de la newsletter The Overshoot, met en garde contre une sous-estimation des risques. Il souligne que les prix du pétrole restent étonnamment bas, tant en termes nominaux qu’en termes réels, et que les marchés semblent tabler sur un retour rapide à la normale. Or, selon lui, il n’y a aucune raison objective de croire que cela se produira.

Des conséquences économiques majeures

Les exportations de pétrole brut d’Iran, d’Irak, du Koweït, de l’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis représentent environ 20 % de l’offre mondiale et plus de 40 % des exportations mondiales de pétrole brut. Une grande partie de ces flux a été interrompue. Si le détroit d’Ormuz restait bloqué, les pertes pour l’approvisionnement mondial seraient sans précédent.

L’histoire nous enseigne que des chocs pétroliers majeurs se sont produits à trois reprises : l’embargo arabe de 1973, la révolution iranienne de la fin des années 1970 et la forte demande de 2003-2008, notamment de la part de la Chine. Pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande, les prix du pétrole devraient à nouveau flamber, potentiellement au-delà de 200 dollars le baril. Une telle hausse aurait des conséquences désastreuses sur l’économie mondiale, en alimentant l’inflation, en faisant grimper les taux d’intérêt et en entraînant une augmentation du chômage.

Un problème américain ?

Au-delà du pétrole, la crise pourrait affecter l’approvisionnement en gaz, en engrais et en produits pétrochimiques, avec des conséquences particulièrement graves pour l’Asie, qui dépend fortement du Golfe pour ces produits.

Selon le Financial Times, la situation actuelle est le résultat d’une politique américaine malavisée. Colin Powell, ancien secrétaire d’État américain, avait mis en garde George W. Bush : « Si vous le cassez, vous en êtes responsable ». Cette maxime s’applique aujourd’hui à l’approvisionnement mondial en pétrole.

La crédibilité des États-Unis auprès de leurs alliés est également en jeu. Leur comportement erratique et offensif, notamment sous l’administration Trump, a érodé la confiance. Certains alliés doutent même de la volonté des États-Unis de les défendre en cas de crise.

La résolution de cette crise passe donc par une action américaine. Il incombe aux États-Unis de trouver une solution à ce problème qu’ils ont eux-mêmes créé. Une solution diplomatique pourrait être envisagée, avec l’aide de pays comme l’Inde ou la Chine, qui pourraient avoir plus d’influence sur l’Iran que les puissances occidentales.

À long terme, la réduction de la dépendance aux énergies fossiles est essentielle. Mais ce n’est pas une solution à court terme. Pour l’instant, le monde ne peut qu’espérer que les États-Unis reprennent leurs esprits et trouvent un moyen de désamorcer cette crise avant qu’elle ne dégénère davantage.

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