Londres – Le Premier ministre britannique Keir Starmer a présenté des excuses publiques aux victimes de Jeffrey Epstein après la révélation de liens persistants entre Peter Mandelson, ancien haut fonctionnaire et actuel ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington, et le financier déchu. L’affaire, qui resurgit avec la publication de nouveaux documents, ébranle le gouvernement Starmer et soulève des questions sur le processus de nomination et le jugement politique.
Starmer a admis que Mandelson lui avait menti sur l’étendue de sa relation avec Epstein, minimisant son implication après la condamnation de ce dernier en 2008 pour exploitation sexuelle de mineures. “Je suis désolé, désolé pour ce qui vous a été fait, désolé que tant de personnes en position de pouvoir vous aient laissé tomber. Désolé d’avoir cru aux mensonges de Mandelson et de l’avoir nommé, et désolé que même aujourd’hui, vous soyez forcés de revivre cette histoire en public”, a déclaré le Premier ministre dans une déclaration diffusée ce jeudi.
L’affaire a pris une tournure dramatique en septembre dernier lorsque des courriels ont été rendus publics, révélant que Mandelson avait maintenu une correspondance amicale avec Epstein même après sa condamnation. Starmer avait alors limogé Mandelson de son poste d’ambassadeur, mais la pression pour obtenir des réponses et des excuses s’est intensifiée avec la récente publication d’un ensemble de documents judiciaires américains.
Ces documents, publiés par le Département de la Justice américain, révèlent non seulement l’étendue de la relation entre Mandelson et Epstein, mais suggèrent également que l’ancien ministre aurait pu partager des informations gouvernementales sensibles avec le financier après la crise financière mondiale de 2008. Des échanges de messages légers et amicaux, bien plus intimes que ce qui avait été précédemment divulgué, ont également été mis au jour.
Plus troublant encore, les documents révèlent que Epstein aurait effectué trois paiements totalisant 75 000 dollars américains entre 2003 et 2004 à des comptes liés à Mandelson ou à son mari, Reinaldo Avila da Silva. Ces transactions financières soulèvent des questions sur la nature exacte de la relation et les éventuels avantages que Mandelson aurait pu recevoir.
L’affaire Mandelson intervient à un moment délicat pour Starmer, déjà confronté à des critiques concernant sa gestion de la crise économique et à des accusations de manque de transparence. La nomination de Mandelson, un politicien expérimenté mais controversé, avait été justifiée par son expertise commerciale et son réseau de contacts, notamment auprès de l’administration Trump. Ses détracteurs affirment que ces liens étaient trop risqués compte tenu du passé d’Epstein.
“Je pense que le Premier ministre a montré que son jugement est discutable”, a déclaré la députée travailliste Paula Barker. “Il a des questions à répondre. Il a un long chemin à parcourir pour rétablir la confiance du public et de notre parti.”
La police britannique a ouvert une enquête pour déterminer si Mandelson a commis des actes répréhensibles en lien avec ses fonctions publiques. Bien qu’il ne soit pas accusé d’agressions sexuelles, l’enquête pourrait révéler de nouvelles informations sur sa relation avec Epstein et ses éventuelles conséquences.
L’affaire Mandelson est un rappel brutal des dangers de la fréquentation avec des individus impliqués dans des activités illégales et immorales. Elle souligne également l’importance de la transparence et de la responsabilité dans la vie publique. Le scandale Epstein continue de résonner à travers le monde, révélant les liens complexes entre le pouvoir, la richesse et l’abus.
Jill Lawless, Sydney Morning Herald, 6 février 2026.
