Sly Dunbar, figure tutélaire du reggae, s’éteint à 73 ans
Kingston, Jamaïque – Sly Dunbar, le batteur jamaïcain dont le jeu révolutionnaire a façonné le reggae et influencé des générations de musiciens, est décédé ce vendredi 26 janvier à Kingston, à l’âge de 73 ans. L’annonce a été faite par son épouse, Thelma Dunbar, au Jamaica Gleaner, indiquant qu’il était malade depuis un certain temps. La cause du décès n’a pas été divulguée.
Né le 10 mai 1952, Sly Dunbar a débuté sa carrière dans les années 1970, se faisant rapidement remarquer pour son groove unique et sa capacité à fusionner les rythmes traditionnels jamaïcains avec des influences jazz et funk. Son premier enregistrement notable figure sur le titre “Double Barrel” de Dave and Ansell Collins en 1971, qui a atteint la première place des charts britanniques.
C’est cependant son association avec le bassiste Robbie Shakespeare, au sein du duo Sly & Robbie, qui a véritablement marqué l’histoire de la musique. Ensemble, ils ont formé le noyau rythmique de Channel One Studios, devenant rapidement la section rythmique la plus demandée de l’époque. Leur contribution à des albums emblématiques de Peter Tosh (“Legalize It”), des Mighty Diamonds (“Right Time”) et de Black Uhuru (“Guess Who’s Coming to Dinner”) est inestimable.
L’impact de Sly & Robbie s’est étendu bien au-delà des frontières du reggae. En 1978, ils ont accompagné les Rolling Stones en tournée, et dans les années 1980, ils ont collaboré avec des artistes aussi divers que Grace Jones, Serge Gainsbourg, Mick Jagger et Bob Dylan, en tant que membres du groupe house de Compass Point Studios. Leur travail avec Grace Jones, notamment sur les albums “Warm Leatherette”, “Nightclubbing” et “Living My Life”, a contribué à définir le son new wave et post-punk de l’époque.
Sly & Robbie ont joué un rôle crucial dans l’émergence du dancehall dans les années 1990, créant le riddim “Bam Bam” qui a servi de base à de nombreux succès du genre. Ils ont également produit des titres emblématiques comme “Murder She Wrote” de Chaka Demus & Pliers et “Them a Bleach” de Nardo Ranks. Leur influence s’est poursuivie au début des années 2000, avec leur collaboration avec No Doubt sur les tubes “Hey Baby” et “Underneath It All”, qui ont propulsé le groupe vers de nouveaux sommets de popularité.
Le duo a enregistré un total de 30 albums sous le nom de Sly & Robbie, remportant deux Grammy Awards : en 1985 pour leur travail sur “Anthem” de Black Uhuru, et en 1999 pour leur propre album “Friend”. Sly Dunbar a également été impliqué dans des succès mondiaux en tant que musicien de session, notamment “Close To You” de Maxi Priest (1990) et “Cheerleader” d’Omi (2015), qui ont tous deux atteint la première place du Billboard Hot 100.
La disparition de Sly Dunbar marque la fin d’une ère pour la musique jamaïcaine et mondiale. Son héritage, caractérisé par son innovation rythmique et sa capacité à transcender les genres, continuera d’inspirer les musiciens pour les générations à venir. Le gouvernement jamaïcain n’a pas encore réagi officiellement, mais l’impact culturel de Dunbar est tel qu’une reconnaissance nationale est attendue. Le reggae, classé au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2018, perd l’un de ses piliers les plus importants.
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