Le Salvador : une régression alarmante des droits des femmes sous l’état d’exception
En tant que journaliste couvrant l’Amérique latine depuis plus de 15 ans, j’ai rarement été témoin d’une érosion aussi rapide et délibérée des droits fondamentaux. Le Salvador, autrefois un pays où des progrès, certes fragiles, étaient observés dans la protection des femmes victimes d’urgences obstétricales, est aujourd’hui en plein recul. L’état d’exception décrété par le président Nayib Bukele en 2022, initialement présenté comme une réponse à la violence des gangs, est devenu un outil de répression qui frappe désormais de plein fouet les femmes.
La criminalisation des urgences obstétricales : un retour en arrière
Depuis 1998, l’avortement est totalement interdit au Salvador, même en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la vie de la mère. Cette loi draconienne a conduit à l’emprisonnement de nombreuses femmes accusées d’homicide aggravé après une fausse couche ou une mortinaissance. Entre 2009 et 2023, grâce aux efforts acharnés des défenseurs des droits des femmes et à la pression internationale, 81 femmes ont été libérées. Mais cette avancée est aujourd’hui compromise.
L’état d’exception a créé un climat de peur et d’impunité qui encourage les dénonciations par le personnel hospitalier et facilite les arrestations arbitraires. Selon des avocats sur place, au moins 29 femmes ont été soumises à des enquêtes depuis 2022, dont plusieurs sont actuellement en détention. Les accusations d’homicide aggravé, passibles de peines pouvant aller jusqu’à 50 ans de prison, continuent de planer.
L’impact de l’état d’exception sur le système judiciaire
L’état d’exception a suspendu les garanties constitutionnelles fondamentales, notamment le droit à un avocat et la présomption d’innocence. Les procédures régulières sont bafouées, et les détenues sont souvent maintenues en détention provisoire pendant des mois, voire des années, sans accès effectif à une assistance juridique. Ce contexte juridique dégradé rend la défense des femmes accusées d’homicide après une urgence obstétricale extrêmement difficile.
Le cas de l’infirmière stagiaire de 19 ans, arrêtée après avoir subi une fausse couche, illustre parfaitement cette situation. Malgré les demandes répétées de son équipe de défense, son témoignage n’a pas été pris en compte. Bien que le tribunal ait finalement prononcé une peine moins sévère que les 50 ans requis par le procureur, le parquet a annoncé son intention de faire appel.
Une tendance régionale inquiétante
La situation au Salvador ne se limite pas à un cas isolé. Dans toute l’Amérique latine, on observe une érosion des droits des femmes, alimentée par la montée des mouvements conservateurs et l’influence de gouvernements autoritaires. En Argentine, le nouveau président Javier Milei a restreint l’accès à l’avortement et à la contraception. Au Chili, un opposant virulent à l’avortement a été nommé ministre de l’égalité des sexes. En Équateur, l’accès à la pilule du lendemain a été interdit par les tribunaux.
Cette recul des droits des femmes est d’autant plus préoccupant que le Salvador est perçu comme un modèle par d’autres pays de la région. Comme le souligne Morena Herrera, une défenseure des droits reproductifs, “je crains que le Salvador soit cité en exemple, comme un modèle à suivre pour d’autres pays”.
FAQ : Questions et réponses
- Qu’est-ce que l’état d’exception au Salvador ? Une mesure d’urgence décrétée en 2022, initialement pour lutter contre la violence des gangs, qui a suspendu les droits civils et renforcé les pouvoirs de la police et de l’armée.
- Comment l’état d’exception affecte-t-il les femmes ? Il a créé un climat de peur et d’impunité qui a conduit à l’arrestation et à la poursuite de femmes accusées d’homicide après une fausse couche ou une mortinaissance.
- Y a-t-il eu des progrès dans la protection des droits des femmes au Salvador avant l’état d’exception ? Oui, entre 2009 et 2023, 81 femmes emprisonnées pour des accusations liées à l’avortement ou aux urgences obstétricales ont été libérées.
- Quelles sont les perspectives d’avenir pour les droits des femmes au Salvador ? Les perspectives sont sombres, car le gouvernement actuel semble déterminé à maintenir l’état d’exception et à réprimer toute forme de dissidence.
La situation au Salvador est un signal d’alarme pour la communauté internationale. Il est impératif de soutenir les organisations de défense des droits des femmes et de faire pression sur le gouvernement salvadorien pour qu’il respecte ses obligations en matière de droits humains. L’avenir des femmes en Amérique latine en dépend.
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