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Sahel central : la presse muselée par les militaires

Le silence forcé : quand le journalisme devient un crime au Sahel central

Au Burkina Faso, Mali et Niger, une chape d’acier s’est abattue sur la presse. Entre conscriptions forcées, exils et menaces, les journalistes de la région décrivent un environnement où « même le silence est un crime ».

Dans les rédactions du Sahel central, le dialogue a laissé place à une prudence paralysante. Pour les professionnels de l’information opérant au Burkina Faso, au Mali et au Niger — trois pays actuellement dirigés par des autorités militaires issues de coups d’État — l’exercice du métier ne consiste plus à informer, mais à survivre.

L’espace civique s’est contracté brutalement, marqué par un cadre juridique restrictif conçu pour étouffer toute critique et masquer la réalité des conflits armés et des crises humanitaires qui ravagent la région. Cette répression ne se limite pas à la censure ; elle s’incarne dans des mesures extrêmes : suspensions de médias, arrestations, emprisonnements et expulsions de correspondants étrangers.

La conscription comme arme de répression

Le cas du Burkina Faso illustre la violence de ce tournant. En 2024, quatre journalistes et chroniqueurs ont été ciblés et forcés d’intégrer l’armée. À ce jour, le sort de l’un d’entre eux demeure inconnu, transformant la profession de journaliste en une cible directe des appareils sécuritaires.

La conscription comme arme de répression
Dans Pour Mohamed

Pour ceux qui restent, le choix est devenu binaire : se transformer en relais de propagande ou disparaître. Mohamed C.*, qui continue d’exercer clandestinement dans son pays, décrit une situation désespérée : « Nous sommes dans un trou noir. Nous ne pouvons plus faire notre travail. Aujourd’hui, les journalistes doivent choisir entre chanter les louanges de cette junte qui se revendique souveraine, rester silencieux, s’exprimer et finir derrière les barreaux, ou partir en exil. »

L’imposition d’un « récit national »

L’objectif des autorités semble clair : l’instauration d’un monopole sur la vérité. Le journalisme critique, autrefois ancré dans des principes démocratiques, est désormais perçu comme un acte de trahison.

L'imposition d'un « récit national »
Dans Nous

Abdoulaye O.*, aujourd’hui en exil, explique que les médias sont désormais réduits à « glorifier la nation et ses accomplissements, même les plus insignifiants ». L’exigence n’est plus à la vérification des faits, mais à l’adhésion stricte au récit produit par les autorités politiques et militaires.

Ce climat de suspicion a infiltré les newsrooms. Ousmane B.*, également exilé, témoigne de l’autocensure systématique : « Dans les rédactions, nous savons quels sujets nous ne pouvons pas couvrir — comme une attaque armée qui a eu lieu quelque part. Il n’est même plus nécessaire d’en discuter en réunion de rédaction, car nous ne ferons rien. »

Un effondrement générationnel

L’impact de cette répression dépasse les individus ; c’est tout un écosystème médiatique qui s’effondre. Les médias de qualité, forts de leur histoire et de leur tradition, sont menacés de disparition, incapables de supporter la pression financière et sécuritaire.

La liberté de la presse en recul au Sahel ? • FRANCE 24

Le risque est majeur pour l’avenir de la région. Si les médias indépendants disparaissent, c’est toute une génération de journalistes expérimentés qui ne pourra plus transmettre son savoir. « Si demain la lumière jaillit et trouve un champ dépourvu de journalistes, le peuple n’aura personne pour le guider », s’inquiète Mohamed C.*.

Un signal d’alarme international

La situation s’est aggravée avec la mise en place de campagnes de désinformation ciblant directement les professionnels de l’information, les accusant d’être des « porte-paroles des pays occidentaux », même lorsqu’ils apportent des preuves factuelles de leurs affirmations.

Un rapport publié en mars 2025 sur la situation au Niger souligne déjà la détérioration alarmante des droits civils et politiques depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Face à ce constat, l’urgence est désormais à la création de mécanismes de soutien pour les médias qui tentent encore de survivre, afin d’éviter que le Sahel central ne devienne une zone de silence absolu.


*Les noms ont été modifiés pour protéger l’identité des témoins.

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