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Rotterdam : Soutien aux cinéastes déplacés et nouvelles initiatives du marché

Rotterdam : Le festival du cinéma devient un refuge pour les cinéastes déplacés

Rotterdam, Pays-Bas – Alors que les conflits géopolitiques s’intensifient à travers le monde, le Festival International du Film de Rotterdam (IFFR) se positionne de plus en plus comme un havre de paix pour les cinéastes contraints à l’exil. Au-delà de sa mission historique de donner une voix aux artistes en situation précaire, le festival néerlandais innove pour soutenir concrètement ces créateurs face à des obstacles financiers et logistiques croissants.

L’engagement de l’IFFR s’est renforcé ces dernières années, notamment grâce à la synergie entre son marché, IFFR Pro, et le Hubert Bals Fund (HBF), un fonds d’aide au cinéma indépendant. Cette collaboration a permis le lancement d’initiatives clés, comme le soutien au Displacement Film Fund, porté par Cate Blanchett et qui a récemment présenté ses premiers courts métrages, dont une œuvre du réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, lui-même confronté à des restrictions sévères dans son pays.

“Il était bouleversant de voir le monde en proie aux flammes l’année dernière,” confie Marten Rabarts, responsable d’IFFR Pro. “Nous nous sommes alors demandé comment soutenir les cinéastes. Malheureusement, la situation n’a fait qu’empirer. Il était clair que mettre en lumière leurs histoires était primordial.”

Cette réflexion a donné naissance à Safe Harbor, un nouveau programme du marché IFFR Pro dédié aux projets en développement portés par des cinéastes déplacés. L’initiative, menée en partenariat avec l’International Emerging Film Talent Fund (IEFTF), se distingue par l’absence d’exigence de financement minimum, une barrière souvent insurmontable pour les artistes en situation de vulnérabilité.

“Nous avons décidé de supprimer ces obstacles et de laisser les cinéastes déplacés s’appuyer sur leur talent et leur récit,” explique Rabarts. “Les projets que nous soutenons dans la première édition de Safe Harbor sont parfaitement en phase avec les ambitions du Displacement Film Fund.”

L’approche pragmatique de l’IFFR et du HBF est saluée pour sa flexibilité. Tamara Tatishvili, responsable du Hubert Bals Fund, souligne l’importance de l’agilité face aux défis logistiques et sécuritaires liés au travail avec des cinéastes en situation de risque. “Nous pouvons être plus réactifs que de nombreux autres financeurs, car nous sommes moins contraints par des cadres juridiques rigides.”

Le festival a même bénéficié du soutien du ministère néerlandais des Affaires étrangères pour faciliter la venue d’un cinéaste soudanais à Rotterdam cette année. L’IFFR est également membre fondateur de l’International Coalition of Filmmakers at Risk, une organisation qui œuvre pour la protection des artistes menacés.

Au-delà de l’urgence humanitaire, l’IFFR Pro se concentre également sur le renforcement des liens avec l’industrie cinématographique américaine indépendante, notamment à travers le programme Cinemart. “Nous cherchons à redonner sa place aux voix américaines indépendantes, en particulier celles des femmes et des minorités,” précise Rabarts, citant le projet The Dispute d’Andrea Ellsworth et Kasey Elise Walker comme exemple de cette volonté.

L’IFFR Pro observe également un regain d’intérêt pour les coproductions en Asie du Sud-Est, avec une collaboration croissante entre les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie et Singapour. “Ces pays commencent à travailler ensemble, et nous sommes ravis de pouvoir jouer un rôle dans ce développement,” ajoute Rabarts.

Face à la complexité croissante du financement des films, qui nécessite de plus en plus de partenaires, l’IFFR Pro s’adapte en “agrandissant les tables”, selon les mots de Rabarts. Tatishvili souligne également l’impact de la montée des mouvements d’extrême droite en Europe, qui affecte les budgets des fonds de soutien au cinéma. Pour compenser, le HBF a développé de nouveaux partenariats, comme HBF+Brazil: Co-Development Support, en collaboration avec des institutions brésiliennes.

L’importance de l’impact à long terme est également soulignée par Tatishvili. “Il est crucial que les cinéastes qui bénéficient de notre soutien racontent leur histoire et témoignent de notre impact. C’est notre meilleur argument pour convaincre les futurs financeurs de la valeur de notre approche.” L’exemple de Kleber Mendonça Filho, ancien bénéficiaire du HBF et aujourd’hui nominé aux Oscars, illustre parfaitement cette dynamique.

L’édition 2025 d’IFFR Pro présente un total de 41 projets, dont 21 films, 8 en phase de Darkroom (développement), 8 en phase de Lightroom (financement) et 4 dans le cadre de Safe Harbor. Le festival confirme ainsi son rôle essentiel dans la promotion d’un cinéma engagé et inclusif, capable de donner une voix à ceux qui sont trop souvent réduits au silence.

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