Le président letton Edgars Rinkevičs a nommé mardi 16 mai 2026 le chef de l’opposition Andris Kulbergs pour former un nouveau gouvernement, après la démission de la Première ministre Evika Siliņa, plongée dans une crise politique aggravée par des incidents impliquant des drones ukrainiens. La proposition, annoncée lors d’une conférence de presse au château de Riga, doit désormais obtenir l’aval du Parlement.
Une nomination sous tension après la chute de Siliņa
La décision d’Edgars Rinkevičs s’inscrit dans un contexte de profonde instabilité politique en Lettonie. La Première ministre Evika Siliņa, en poste depuis 2023, a démissionné jeudi 16 mai après que son partenaire de coalition, le parti *Progressives*, ait retiré son soutien à son gouvernement. Cette rupture a suivi le limogeage, le week-end dernier, de son ministre de la Défense, Andris Spruds, accusé d’avoir échoué à garantir la sécurité aérienne du pays après l’explosion de drones ukrainiens sur un dépôt pétrolier letton.
Dans un discours télévisé, Siliņa avait justifié sa démission en soulignant que les jeux politiques n’ont plus leur place
, tout en affirmant ne pas abandonner la scène politique. Je démissionne, mais je ne renonce pas
, avait-elle déclaré, marquant ainsi la fin d’un mandat marqué par des tensions croissantes avec ses alliés et une gestion controversée de la crise sécuritaire.
Kulbergs, figure de l’opposition, face à un Parlement divisé
Andris Kulbergs, leader de la *United List* – une coalition de petits partis formant le premier groupe d’opposition au Parlement letton – est désormais chargé de former un gouvernement. Sa nomination par le président Rinkevičs reflète une volonté de rompre avec la majorité sortante, accusée d’avoir perdu la confiance des citoyens après les incidents récents. Cependant, la formation d’un cabinet stable s’annonce délicate : Kulbergs devra obtenir le soutien d’une majorité parlementaire, ce qui n’est pas garanti dans un contexte de fragmentation politique.
Les drones ukrainiens, qui ont frappé la Lettonie à plusieurs reprises depuis 2023, sont devenus un symbole de l’incapacité des autorités à protéger le territoire. Le dernier incident, survenu début mai, a renforcé les critiques contre la gestion de la défense, poussant Siliņa à écarter Spruds. Les événements récents ont clairement montré que la direction politique du secteur de la défense n’a pas tenu ses promesses de sécurité pour notre pays
, avait-elle expliqué, soulignant l’urgence d’un changement.
Une crise sécuritaire qui dépasse les frontières lettones
La Lettonie n’est pas le seul pays baltique touché par ces attaques. L’Estonie et la Lituanie ont également subi des intrusions de drones en provenance de Russie, alimentant les craintes d’une escalade dans la région. Ces incidents, survenus dans un contexte de guerre en Ukraine, ont mis en lumière les vulnérabilités des États membres de l’OTAN en Europe de l’Est.
Pour Kulbergs, la tâche sera donc double : stabiliser la situation politique tout en répondant aux attentes en matière de sécurité. Son succès dépendra de sa capacité à rassembler des soutiens au Parlement, où les divisions sont profondes. Si les partis d’opposition se montrent réticents à s’allier, la Lettonie pourrait s’enfoncer dans une nouvelle période d’incertitude institutionnelle.
Que vient-il après ? Un gouvernement minoritaire ou une nouvelle élection ?
Plusieurs scénarios se dessinent désormais. Kulbergs dispose d’un délai déterminé par la Constitution lettone pour former un gouvernement. S’il échoue, le président Rinkevičs pourrait dissoudre le Parlement et convoquer de nouvelles élections, plongeant le pays dans une période de transition prolongée.
En attendant, les marchés et les partenaires internationaux observeront de près l’évolution de la situation. La Lettonie, membre de l’UE et de l’OTAN, doit maintenir sa crédibilité face aux défis sécuritaires et économiques. La nomination de Kulbergs marque une étape, mais son avenir politique reste incertain dans un pays où les alliances sont fragiles et les enjeux, majeurs.
Une chose est sûre : la crise politique lettone n’est pas près de s’éteindre. Les prochains jours seront décisifs pour savoir si le pays peut enfin tourner la page des divisions et des échecs répétés en matière de sécurité.
