Les rénovations énergétiques en Irlande : un investissement rentable malgré des résultats mitigés
DUBLIN, Irlande – Alors que l’Irlande s’efforce d’atteindre ses objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de carbone, une question cruciale se pose : les rénovations énergétiques des logements en valent-elles vraiment la peine ? Une récente étude de l’ESRI (Economic and Social Research Institute) soulève des doutes sur l’efficacité des systèmes de notation énergétique (BER) et la pertinence des investissements massifs consentis dans ce domaine.
L’étude, publiée la semaine dernière, révèle une faible variation de la consommation d’énergie réelle entre les maisons ayant des classements BER différents. Une observation frappante, selon les chercheurs, qui montre qu’une maison classée A consomme en moyenne seulement 3,7 % moins d’énergie qu’une maison classée G.
"En moyenne, la consommation d’énergie est similaire pour une maison classée A et une maison classée G", indique le rapport. Les foyers consomment en moyenne 10 869 kWh d’énergie par an, un chiffre qui ne varie pas considérablement en fonction du classement BER.
Des coûts élevés pour des gains marginaux ?
Le coût d’une rénovation énergétique approfondie peut varier considérablement, allant de 16 000 à 43 000 euros selon qu’il s’agit d’un appartement ou d’une maison individuelle. À cela s’ajoutent les coûts indirects liés aux perturbations et à l’éventuelle nécessité de quitter son domicile pendant les travaux, qui peuvent atteindre entre 9 000 et 24 000 euros.
Ces coûts importants soulèvent des interrogations légitimes chez les propriétaires, qui se demandent si l’investissement en vaut la chandelle.
Un paradoxe énergétique : les comportements à l’origine des écarts
L’ESRI pointe du doigt un facteur clé : les comportements des occupants. L’étude suggère que les foyers ont tendance à augmenter leur consommation d’énergie lorsque leur logement devient plus facile à chauffer.
Les maisons les moins performantes énergétiquement (classe F et G) consomment en réalité 56 % moins d’énergie que ce que prévoit le modèle théorique du BER. Les propriétaires de ces logements consomment 10 964 kWh par an, alors que le modèle théorique en prévoit 24 900 pour assurer un confort optimal. Il est possible que ces foyers utilisent d’autres sources d’énergie non prises en compte dans les calculs pour compenser le manque de chauffage.
À l’inverse, les maisons les plus performantes (classe A et B) sont souvent surchauffées, avec une consommation d’énergie réelle 40 % supérieure à ce que prévoit le BER.
Le rôle des pompes à chaleur et les objectifs du Plan Climat
Le Plan Climat de l’Irlande prévoit l’amélioration énergétique de 500 000 logements existants pour atteindre un niveau B2 d’ici 2030, ainsi que l’installation de 400 000 pompes à chaleur dans les foyers existants et de 200 000 dans les nouvelles constructions.
Bien que l’installation de pompes à chaleur progresse, l’Irlande n’a pour l’instant atteint que 3,5 % de son objectif de 2030. Cependant, le pays affiche le quatrième taux de pénétration de pompes à chaleur en Europe, avec 17 installations pour mille foyers en 2024, soit près de cinq fois plus qu’au Royaume-Uni.
Un pas dans la bonne direction, même imparfait
Malgré les critiques soulevées par l’ESRI, les experts s’accordent à dire que toute amélioration énergétique est bénéfique. Les maisons classées A et B consomment beaucoup moins d’électricité pour le chauffage (39 kWh par mètre carré) que les maisons classées C (66 kWh) ou F/G (58 kWh).
Les rénovations énergétiques contribuent à réduire les émissions de carbone, à améliorer le confort des occupants et à augmenter la valeur des biens immobiliers.
L’ESRI souligne toutefois que seules les rénovations permettant d’atteindre un niveau B2 sont prises en compte dans le calcul des objectifs du Plan Climat, ce qui soulève des questions sur l’équité et l’efficacité de la politique actuelle.
L’adage selon lequel "le parfait est l’ennemi du bien" semble particulièrement pertinent dans ce contexte. Chaque pas vers une plus grande efficacité énergétique, même modeste, est un pas dans la bonne direction.
