Home InternationalRDC : Human Rights Watch dénonce la répression des voix critiques

RDC : Human Rights Watch dénonce la répression des voix critiques

RDC : Le silence imposé. Entre ambitions constitutionnelles et guerre à l’Est, la répression s’intensifie

(Kinshasa) – Alors que la République démocratique du Congo traverse l’une des périodes les plus instables de son histoire récente, un voile de silence s’abat sur les voix critiques. Entre les ambitions politiques au sommet de l’État et le chaos sécuritaire dans l’Est, l’espace civique congolais se réduit drastiquement, transformant la contestation pacifique en un risque judiciaire majeur.

Le signal d’alarme a été tiré ce mardi 12 mai par Human Rights Watch. Le constat est sans appel : journalistes, activistes et opposants politiques sont désormais la cible d’un harcèlement systématique et de détentions arbitraires. Ce climat de tension n’est pas fortuit ; il coïncide avec une manœuvre politique délicate et une crise humanitaire persistante.

Le spectre d’un troisième mandat

Le point de rupture semble être la Constitution. Le 6 mai dernier, lors d’une conférence de presse télévisée, le président Félix Tshisekedi a ouvertement évoqué la possibilité d’une révision constitutionnelle. Pour beaucoup d’observateurs et d’opposants, cette modification viserait à lever la limite des deux mandats présidentiels, permettant ainsi au chef de l’État de se maintenir au pouvoir.

Le spectre d'un troisième mandat
Human Rights Watch Cette

Cette perspective a déclenché une vague de protestations, violemment réprimées. Le 24 mars, à Kinshasa, les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes et la violence physique contre des manifestants du parti Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé). Sur 15 arrestations signalées ce jour-là, dix ont été transférées au parquet, illustrant une volonté claire de dissuasion par la force.


L’argument sécuritaire : le bouclier de la répression

L’Est du pays, occupé par le groupe armé M23 soutenu par le Rwanda, sert paradoxalement de justification aux dérives autoritaires dans le reste du territoire. Sous couvert de lutte contre la « collusion » avec l’ennemi, les services de renseignement s’attaquent à des figures de la société civile.

L'argument sécuritaire : le bouclier de la répression
Human Rights Watch Jordan Saidi Atibu

Le cas de Jordan Saidi Atibu est emblématique. Coordinateur à Kisangani, il a passé 40 jours dans une cellule sans lumière après son arrestation le 9 janvier. De même, Serge Sindani, directeur de Kis24.info, a été détenu dix jours sans charge le 3 mars, simplement soupçonné de liens avec l’Alliance Fleuve Congo.

L’appareil répressif s’appuie sur une architecture complexe : l’Agence nationale de renseignements (ANR), la Police nationale congolaise, la Garde républicaine et, plus récemment, le Conseil national de cyberdéfense (CNC). Ce dernier est notamment pointé du doigt pour des cas de disparitions forcées. Parmi les détenus, des figures de proue comme Aubin Minaku et Emmanuel Shadary, du PPRD, sont retenues depuis la fin de l’année 2025 et le début de l’année 2026.

Quand demander de l’eau devient un crime

La répression ne touche pas seulement la haute sphère politique. Elle s’étend aux besoins les plus fondamentaux. Le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (Lucha) est dans le viseur pour avoir dénoncé la faillite des services publics.

Human Rights Watch accuses DR Congo, M23 and Rwanda of harming civilians in conflict • FRANCE 24

Le 9 mai, un tribunal militaire a condamné trois membres de Lucha à deux mois de prison pour avoir simplement organisé une manifestation pacifique réclamant l’accès à l’eau potable à Bunia. À Matadi, dix autres citoyens ont été détenus pour avoir exigé l’accès à l’électricité le 23 mars.

Un État face à ses engagements internationaux

Cette dérive pose une question fondamentale sur la trajectoire démocratique de la RDC. Le pays a ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Ces traités interdisent formellement les arrestations arbitraires et protègent la liberté d’expression et de réunion.

Un État face à ses engagements internationaux
Human Rights Watch Alors

« L’augmentation de la répression en Congo doit être considérée comme un signal d’alarme urgent alors que l’environnement politique s’échauffe », avertit Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch.

Alors que le pays tente de stabiliser sa frontière Est, le risque est de voir s’installer une instabilité intérieure profonde, nourrie par le sentiment d’une injustice systémique et l’étouffement des voix dissidentes.



L’enjeu pour Kinshasa est désormais double : restaurer l’intégrité territoriale face au M23, tout en évitant l’effondrement de son propre contrat social avec les citoyens.

À ne pas manquer

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.