Pologne : la baisse des naissances ralentit après huit ans de chute

La baisse des naissances en Pologne a connu un net ralentissement au cours des derniers mois, avec une stabilisation de la somme annuelle à environ 237,2 tys. nouveau-nés. Malgré ce répit inédit après huit années de chute libre, le solde naturel demeure profondément négatif et l’indice de fécondité reste au plus bas.

Après près d’une décennie de repli marqué, les statistiques démographiques polonaises affichent un signal d’inflexion. Les données publiées par le Główny Urząd Statystyczny confirment qu’en juin, il est né 20 tys. enfants dans le pays, soit une hausse de 2 pour cent par rapport au même mois de l’année précédente. Sur l’ensemble du deuxième trimestre, ce sont 77,4 tys. nouveau-nés qui ont vu le jour, marquant une progression de 0,5 pour cent sur un an et de 2 pour cent par rapport au premier trimestre.

Pourtant, les analystes invitent à la prudence face à ces variations mensuelles et trimestrielles traditionnellement volatiles. Sur une période glissante de douze mois arrêtée à juin, la somme des naissances s’établit à 236,7 tys., en recul de 2,2 pour cent par rapport aux douze mois précédents. Une telle décélération du rythme de baisse n’avait plus été observée depuis la seconde moitié de 2018.

L’analyse du professeur Piotr Szukalski sur le freinage de la baisse

Pour le démographe Piotr Szukalski, interrogé par l’organisme Zero.pl, ce comportement statistique traduit une rupture dans les tendances observées depuis huit ans. L’indicateur de la somme mobile sur douze mois montre une quasi-stagnation entre janvier (237,3 tys.) et juin (237,2 tys.).

Le professeur Piotr Szukalski, démographe de l’Université de Łódź, a indiqué que l’on avait enfin brisé quelque chose qui, malgré la baisse démographique à long terme attendue, était imprévisible, à savoir le rythme de cette baisse, qui a été freiné.

Cette stabilisation survient dans un contexte paradoxal. Les classes d’âge féminines les plus propices à la maternité continuent de se raréfier, sous le coup des creux démographiques passés. En 1983, la Pologne enregistrait près de 724 tys. naissances, un chiffre tombé à environ 548 tys. en 1990, puis à 351 tys. en 2003. Ce sont précisément ces générations moins nombreuses qui atteignent aujourd’hui la tranche d’âge comprise entre 25 et 37 ans, période où se concentre la grande majorité des naissances selon le chercheur.

Le rôle des dynamiques migratoires et du profil des femmes en âge de procréer

Comment expliquer ce maintien des volumes de naissances alors même que le nombre de mères potentielles diminue de 2 à 3 pour cent chaque année ? Selon les analyses financières et démographiques, l’explication réside en partie dans l’évolution de la structure de la population féminine, transformée par les flux migratoires consécutifs au déclenchement du conflit en Ukraine en 2022.

Les données de l’agence statistique nationale indiquent qu’en 2024, les ressortissantes étrangères résidant de manière permanente en Pologne — principalement des Ukrainiennes — ont donné naissance à près de 17,2 tys. enfants, soit dix fois plus qu’en 2015. Leur contribution à la natalité globale a atteint 6,8 pour cent, contre 0,5 pour cent dix ans plus tôt, une proportion vraisemblablement supérieure en 2025.

Par ailleurs, les travaux expérimentaux menés par l’institution sur la base des numéros d’identification et des registres administratifs (tous azimuts, de la sécurité sociale aux services fiscaux) suggèrent que la baisse de la population féminine en âge de procréer (15 à 49 ans) a été moins abrupte que ne le laissent deviner les comptes officiels traditionnels.

Perspectives de fécondité et absence de miracle démographique

Malgré ce fléchissement de la chute des naissances, les experts avertissent qu’aucun retournement spectaculaire de conjoncture n’est acquis. En 2025, l’indice de fécondité — qui mesure le nombre moyen d’enfants qu’une femme est susceptible de mettre au monde avant ses 50 ans — a touché son plancher historique dans l’histoire contemporaine du pays, s’établissant à 1,068.

Pologne : la baisse des naissances ralentit après huit ans de chute
Photo: Money

Les couples semblent toutefois modérer leur tendance à repousser l’arrivée d’un premier enfant, ce qui soutient temporairement les volumes. Néanmoins, le décalage structurel des générations passées laisse présager de nouveaux défis pour la décennie à venir, les effets cumulés de la baisse prolongée des naissances devant se faire pleinement sentir d’ici une douzaine d’années.

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