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Pigeon Racing : Un Sport en Déclin et ses Défenseurs

Le pigeon, athlète méconnu : une passion en voie de disparition et un regain d’intérêt inattendu

Melbourne, Australie – Ils sont souvent surnommés les « rats à plumes », mais pour certains, le pigeon est un véritable « athlète des cieux ». C’est du moins l’avis de Stevan Gazzola, un éleveur passionné qui consacre sa vie à ces oiseaux depuis plus de trente ans.

À une heure de Melbourne, dans sa propriété, Gazzola élève environ 2 000 pigeons voyageurs. « J’ai commencé à 16 ans et j’ai continué, avec des interruptions, pendant 30 ans. Cette année, nous avons remporté le championnat général », confie-t-il à SBS News, une fierté palpable dans la voix. Une passion familiale, bien que surprenante pour ses proches. « Mon oncle me disait que je pourchassais le mauvais type d’oiseaux », sourit-il. « Mais ça a grandi. J’en suis arrivé à acheter un terrain juste pour les pigeons. »

Pourtant, ce sport, autrefois populaire, est en déclin. Gazzola a donc lancé il y a quatre ans le Meadow One Loft Race, une compétition destinée à raviver l’intérêt pour le pigeon voyageur. Chaque année, des propriétaires de toute l’Australie envoient leurs pigeons, moyennant 350 dollars australiens par oiseau, à Gazzola. Il les vaccine, les nourrit, les entraîne et les relâche ensuite à des distances allant jusqu’à 400 kilomètres pour qu’ils rentrent chez eux.

L’entraînement est progressif : des vols courts autour du bloc, puis 10 km, 50 km, 100 km, et ainsi de suite. Gazzola a vu des pigeons capables de parcourir 1 000 km en seulement huit heures. La course finale offre un prix de 75 000 dollars australiens, avec un total de 250 000 dollars distribués. Mais à l’étranger, les enjeux sont bien plus importants. « Ils courent pour des millions de dollars », explique Gazzola, évoquant des courses en Thaïlande où l’entrée coûte 1 000 dollars par pigeon et où les prix atteignent 2,5 millions de dollars.

Malgré ces sommes, Gazzola insiste : ce n’est pas un sport lucratif. Les maigres gains des courses locales sont réinvestis dans le bien-être des oiseaux. « On ne fait pas ça pour s’enrichir », affirme-t-il.

Un sport en voie de disparition

Le pigeon voyageur australien est confronté à une crise démographique. Le club local de Gazzola a vu son nombre de membres chuter de 300 à 90. Les éleveurs vieillissent, et les contraintes liées à l’élevage – espace, argent, temps, travail physique – sont de plus en plus difficiles à surmonter.

« Ils disparaissent », déplore Gazzola. « Il n’y a pas de jeunes qui rejoignent le mouvement. On met tout en œuvre pour maintenir la flamme, mais les éleveurs vieillissent, meurent ou abandonnent faute de pouvoir continuer. » Certains propriétaires confient leurs pigeons à Gazzola, qui devient une sorte de famille d’accueil, s’occupant de leur alimentation, de leur logement et de leur entraînement.

Cependant, Gazzola note un regain d’intérêt dans certaines communautés migrantes. « Beaucoup de jeunes Philippins et d’Afghans s’y mettent », observe-t-il.

Une nouvelle génération de défenseurs

Parallèlement à la tradition de la course, une nouvelle figure émerge, incarnant une approche différente de la relation avec les pigeons. Tahlia, connue sous le nom de « Frill » sur les réseaux sociaux, est devenue virale avec ses vidéos de pigeons, rassemblant plus de 300 000 abonnés.

Basée à Melbourne, elle se promène dans les rues de la ville, nourrissant et soignant les pigeons, en particulier ceux victimes de « stringfoot », une affection douloureuse causée par des fils, des fils ou des cheveux enroulés autour de leurs pattes. Elle utilise un sac rempli de graines, de désinfectant, de ciseaux à ongles et d’une chaussette qu’elle appelle « prison à pigeons » pour capturer et soigner les oiseaux.

« Je suis la dame aux pigeons dingue », plaisante-t-elle. « C’est super que tout le monde s’intéresse aux pigeons, mais honnêtement, c’est probablement ma coiffure arc-en-ciel qui a attiré l’attention. »

Frill a appris ces techniques auprès de groupes de sauvetage animaliers de Melbourne. Elle transporte toujours une petite boîte avec elle, « au cas où » elle rencontrerait un pigeon en détresse. Elle dénonce également la cruauté des courses de pigeons, estimant qu’elles sont « dépassées » et que les oiseaux sont souvent victimes de stress et d’épuisement.

Un appel à la réévaluation

L’Animal Justice Party, représentée par Georgie Purcell, partage les préoccupations de Frill concernant le bien-être des pigeons. Purcell dénonce les courses de pigeons comme un « sport toxique » et appelle à une réévaluation de la perception de ces oiseaux.

« Les pigeons sont les meilleures victimes de l’humanité », affirme-t-elle. « Ce sont des animaux que nous avons domestiqués pour un but précis, puis abandonnés lorsque nous avons jugé qu’ils n’étaient plus utiles. »

Purcell souligne également l’intelligence et la complexité sociale des pigeons, soulignant qu’ils sont capables de compter et de former des liens durables. Une étude de 2011 a d’ailleurs démontré leur capacité à compter jusqu’à neuf, bien qu’ils soient moins rapides à apprendre que les primates.

Gazzola, tout en comprenant les préoccupations concernant le bien-être animal, insiste sur le fait que ses pigeons sont élevés dans des conditions optimales, avec une alimentation soignée, un contrôle vétérinaire régulier et un entraînement progressif.

Un symbole de résilience

Que ce soit à travers la passion de Stevan Gazzola pour la course ou l’engagement de Tahlia envers le bien-être des pigeons urbains, un message est clair : le pigeon est un animal méconnu, souvent mal compris, mais doté d’une intelligence et d’une résilience remarquables.

Alors que le sport du pigeon voyageur lutte pour sa survie, une nouvelle génération de défenseurs s’efforce de changer la perception du public et de promouvoir le respect de ces oiseaux, souvent considérés comme de simples « rats à plumes ».

Lien vers le compte Instagram de Frill

Lien vers l’article scientifique sur les capacités de comptage des pigeons

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