La Pennsylvanie a enregistré ses deux premiers décès dus à la rougeole depuis des décennies, déclenchant un vif différend politique entre le gouverneur Josh Shapiro et le secrétaire fédéral à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., alors que les États-Unis font face à une recrudescence historique de la maladie.
L’annonce par les autorités sanitaires de Pennsylvanie de deux décès liés à la rougeole — les premiers recensés dans le pays pour l’année — a immédiatement provoqué une vive polémique au sommet de l’État. Les victimes, toutes deux non vaccinées, ont succombé dans le comté de Lancaster, où le virus circule activement.
Tensions politiques et accusations de fabrication entre Josh Shapiro et Robert F. Kennedy Jr.
La situation a rapidement pris une tournure politique. Le gouverneur Josh Shapiro a attribué ces décès à la baisse de la couverture vaccinale et a vertement critiqué le secrétaire fédéral à la Santé et aux Services sociaux, Robert F. Kennedy Jr., l’accusant de propager des informations trompeuses sur les vaccins.
Josh Shapiro, gouverneur de la Pennsylvanie, a déclaré via CBS News que les deux victimes n’étaient pas vaccinées et qu’il espérait et priait pour que ces décès soient les derniers.
Le gouverneur démocrate a souligné les répercussions concrètes d’une telle rhétorique sur la santé publique, affirmant qu’il y a des conséquences bien réelles à effrayer les gens et à ne pas s’en remettre aux vrais médecins et professionnels de la santé, selon des propos rapportés par la presse. En réponse, Robert F. Kennedy Jr. a contre-attaqué sur les réseaux sociaux. Sur la plateforme X, il a accusé l’administration de l’État de refuser de partager des informations avec le département de la Santé du comté ou les Centers for Disease Control and Prevention.
Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, a affirmé via CBS News qu’ils refusaient de partager des informations avec le département de la Santé du comté ou les CDC.
Allant plus loin, le responsable fédéral a suggéré que ces décès auraient même pu être totalement fabriqués par l’un des collaborateurs ambitieux du gouverneur, avant d’ajouter que son département cherchait encore à identifier les défunts et à confirmer la réalité de ces décès. Face à ces doutes, la secrétaire à la Santé de la Pennsylvanie, la docteure Debra Bogen, pédiatre forte de plus de trente ans d’expérience, a formellement validé les dossiers après les avoir examinés en détail.
Debra Bogen, secrétaire à la Santé de la Pennsylvanie, a indiqué via CBS News qu’en tant que pédiatre ayant pris soin d’enfants pendant plus de 30 ans, elle avait examiné en détail les informations de l’enquête sur les cas et pouvait malheureusement confirmer la survenue récente de deux décès associés à la rougeole dans le comté de Lancaster.
Le débat médico-légal sur la cause exacte des décès et la position du coroner
Au-delà de la passe d’armes politique, des questions complexes entourent la qualification exacte de ces décès par les autorités sanitaires. L’Organisation mondiale de la santé définit traditionnellement un décès imputable à la rougeole lorsqu’un patient teste positif, que le décès survient dans le mois suivant l’apparition de l’éruption cutanée et qu’aucune autre cause évidente, comme un traumatisme, n’explique l’issue fatale.
En Pennsylvanie, si le fait que les deux défunts aient été infectés et non vaccinés fait l’unanimité, la nuance clinique s’avère délicate. Le coroner du comté de Lancaster, le docteur Stephen Diamantoni, s’est prononcé sur l’un des cas concernant un nouveau-né de sexe masculin décédé le 14 août et trop jeune pour recevoir le vaccin ROR. Des tests sur les tissus pulmonaires ont révélé la présence du virus, un membre de la famille ayant lui-même contracté la maladie. Toutefois, le coroner a précisé que l’examen n’avait pas montré de rate hypertrophiée ou d’autres ravages typiques de la rougeole, attribuant la cause principale du décès à une déchirure de la rate, tout en estimant que le virus n’avait pas joué un rôle direct dans l’issue fatale.
Les experts en maladies infectieuses s’inquiètent de ces polémiques. Le docteur Amesh Adalja, infectiologue dans la région de Pittsburgh et chercheur principal au Johns Hopkins Center for Health Security, déplore cette tournure : Maintenant, c’est devenu politique ; il ne s’agit plus d’obtenir des réponses et de comprendre cela, a-t-il déclaré.
Une résurgence nationale de la rougeole sur fond de baisse de la vaccination
Ces événements s’inscrivent dans un contexte épidémique plus large aux États-Unis, où les cas de rougeole ont atteint leur plus haut niveau en 35 ans. D’après les données de la Johns Hopkins University, 2 295 cas ont été recensés à travers le pays, surpassant déjà le total de l’année précédente et éclipsant les chiffres enregistrés depuis 1991 pour une maladie pourtant déclarée éradiquée sur le territoire national en l’an 2000.

La Pennsylvanie rapporte de son côté 460 infections, dont 197 concentrées dans le seul comté de Lancaster. Les autorités soulignent que la couverture vaccinale chez les élèves de maternelle est passée de 95,5% il y a dix ans à 92,7% avant l’année scolaire 2025-2026, s’éloignant du seuil de 95% nécessaire pour maintenir l’immunité collective. Pendant ce temps, l’Ohio voisin lutte également contre sa troisième épidémie de l’année, totalisant 107 cas répartis dans douze comtés. Le directeur du département de la Santé de l’Ohio, le docteur Bruce Vanderhoff, a insisté sur l’importance de l’immunisation : Il est regrettable que ces épidémies soient devenues plus fréquentes en Ohio au cours des dernières années, car cette maladie est évitable, a-t-il rappelé.
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