Thomas Partey, pilier du milieu de terrain des Black Stars, sera absent du match d’ouverture de la Coupe du Monde 2026 contre le Panama à Toronto. Une décision judiciaire canadienne, rendue mardi 17 juin, a rejeté son appel pour un visa exceptionnel, malgré les espoirs de la fédération ghanéenne et les enjeux sportifs majeurs pour le tournoi.
Un visa refusé malgré les arguments du Ghana et de la FIFA
Le juge fédéral canadien a confirmé la décision initiale de refus de visa pour Thomas Partey, invoquant son omission dans la demande initiale de mentionner les sept accusations de viol et une accusation de violences sexuelles dont il fait l’objet au Royaume-Uni. Selon la BBC, le tribunal a estimé qu’il n’y avait “aucun problème sérieux dans le refus sous-jacent” du visa, car Partey avait “omis de déclarer qu’il faisait l’objet de multiples poursuites pénales pour violences sexuelles au Royaume-Uni”.

Cette décision intervient alors que le Ghana, pays hôte avec le Canada, avait plaidé pour une exception en raison du caractère exceptionnel de l’événement. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères ghanéen avait qualifié la décision de “hautaine et extrêmement injuste”. Pourtant, le tribunal canadien a maintenu sa position : “L’accueil d’événements majeurs ne change pas les lois canadiennes sur l’immigration”, a rappelé Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada à la BBC. Chaque demande est évaluée individuellement, indépendamment du contexte sportif.
Un calendrier judiciaire qui complique la participation de Partey
Partey, 33 ans, fait face à des accusations remontant à son passage à l’Arsenal entre 2020 et 2025. Il a plaidé non coupable à l’ensemble des charges, dont cinq accusations de viol et une de violences sexuelles liées à trois femmes différentes, ainsi que deux nouvelles accusations de viol révélées en février 2026 après une quatrième victime s’est manifestée. Son procès, initialement prévu pour novembre 2026, a été repoussé à juin 2027, selon Newsweek. Il reste en liberté sous caution, avec des restrictions strictes l’empêchant de contacter les victimes.
Cette situation juridique complexe pose une question cruciale : jusqu’où les autorités canadiennes peuvent-elles aller pour garantir la sécurité des visiteurs tout en respectant les engagements internationaux d’accueil ? La FIFA, bien que reconnaissant que les décisions de visa relèvent des gouvernements hôtes, n’a pas pris position publiquement sur ce cas précis. Pourtant, l’absence de Partey, vice-capitaine des Black Stars et l’un des joueurs les plus expérimentés du groupe, représente un coup dur pour le Ghana.
“Je n’ai été condamné pour aucun délit. J’ai plaidé non coupable, et je reste présumé innocent.”
Un impact immédiat sur le terrain : qui remplace Partey à Toronto ?
Avec Partey indisponible pour le match d’ouverture contre le Panama, le Ghana devra s’adapter rapidement. Selon l’Agence France-Presse (AP), l’entraîneur Carlos Queiroz a déjà annoncé que l’équipe était prête, sans commenter directement l’affaire. “Nous avons notre plan établi. Ce n’est pas mon affaire. Mon travail, c’est de jouer avec les cartes que j’ai devant moi.”

Les Black Stars pourraient compter sur des joueurs comme André Ayew (37 ans, 107 sélections) ou Jordan Ayew (29 ans, 43 sélections) pour combler le vide laissé par Partey, mais l’absence d’un milieu aussi expérimenté et technique sera sensible. Le Ghana reste éligible pour ses deux prochains matchs, contre l’Angleterre (23 juin à Foxborough, Massachusetts) et la Croatie (27 juin à Philadelphie), où les règles d’entrée diffèrent. Reste à savoir si Partey pourra rejoindre le groupe à temps.
Un précédent qui pourrait influencer d’autres athlètes en difficulté
Ce cas soulève une question plus large : comment les pays hôtes de la Coupe du Monde gèrent-ils les athlètes faisant face à des poursuites judiciaires ? Le Canada a été clair : ses lois sur l’immigration s’appliquent à tous, indépendamment du contexte sportif. Pourtant, cette décision pourrait avoir des répercussions sur d’autres joueurs ou équipes dont les membres sont impliqués dans des affaires similaires.
En 2022, lors de la Coupe du Monde au Qatar, aucun athlète n’avait été exclu pour des raisons judiciaires, mais des cas comme celui de Partey montrent que les attentes en matière de transparence et de sécurité sont désormais plus strictes. Pour le Ghana, cette affaire intervient à un moment charnière : après une campagne de qualification réussie et une préparation solide, l’absence de Partey pourrait peser sur leur moral et leur cohésion collective.
Que se passe-t-il après Toronto ? Les scénarios possibles pour Partey
Trois scénarios se dessinent pour la suite :
- Participation aux matchs aux États-Unis : Si Partey parvient à obtenir un visa pour les matchs américains (23 et 27 juin), il pourrait rejoindre l’équipe à temps. Les règles d’immigration diffèrent entre le Canada et les États-Unis, ce qui laisse une porte ouverte.
- Exclusion totale du tournoi : Si les autorités canadiennes maintiennent leur position et que les États-Unis refusent également l’entrée, Partey pourrait être contraint de suivre le reste du tournoi depuis le camp de base à Smithfield (Rhode Island), sans pouvoir jouer.
- Négociations diplomatiques : Le Ghana pourrait intensifier ses démarches auprès des autorités canadiennes et américaines pour obtenir une dérogation exceptionnelle, invoquant l’intérêt sportif et l’équité.
Quoi qu’il en soit, cette affaire rappelle que le sport et la justice peuvent parfois entrer en conflit, surtout lors d’événements aussi médiatisés que la Coupe du Monde. Pour le Ghana, l’enjeu est désormais de limiter les conséquences sur le terrain, tandis que pour Partey, l’avenir judiciaire reste incertain.
Pourquoi cette affaire dépasse le cadre sportif
Au-delà des implications sportives, ce dossier interroge sur la manière dont les sociétés gèrent les équilibres entre justice, sport et diplomatie internationale. Le Canada a choisi de prioriser ses lois sur l’immigration, mais cette décision pourrait être perçue comme une forme de double peine pour un athlète qui n’a pas encore été condamné.
Pour l’Agence France-Presse, l’avocat de Partey, Mackeda Bramwell, avait argumenté que le Canada avait un “intérêt public” à permettre la participation “ordonnée” des athlètes accrédités. Une position que le tribunal n’a pas retenue, soulignant que les exceptions ne sont pas automatiques, même pour un événement planétaire.
Cette affaire pourrait aussi servir de test pour les futurs tournois internationaux : jusqu’où les pays hôtes peuvent-ils aller pour concilier sécurité juridique et accueil d’athlètes en difficulté ? Une question qui mérite d’être posée alors que la Coupe du Monde 2026 s’annonce comme un laboratoire des tensions entre sport et société.
Pour suivre l’actualité en temps réel, consultez les dernières mises à jour sur les sites des BBC, Agence France-Presse et Newsweek.
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