Ce document pointe une stagnation des réformes, un recul démocratique et l'absence d'alignement sur la politique étrangère de l'UE, dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes concernant l'ouverture du « cluster 3 » des négociations d'adhésion.
Le rapport du Parlement européen : un constat de stagnation
Le rapport annuel sur la Serbie, porté par le rapporteur Tonino Picula, a été largement validé par le Parlement européen, recueillant 70 % des voix. Le texte décrit une situation interne caractérisée par une polarisation politique accrue, un affaiblissement systématique des institutions et un recul des libertés civiles et des droits politiques.

Le rapporteur souligne que la Serbie affiche un bilan de réformes limité, voire inexistant, dans la quasi-totalité des secteurs clés. « Le résultat du vote est en soi un message clair. Soixante-dix pour cent des membres du Parlement européen ont soutenu le rapport, ce qui est plus que l’année dernière », a déclaré Picula, cité par Danas.
Diplomatie et alignement : le point de friction avec l’UE
Au cœur des critiques figure le refus persistant de Belgrade de s’aligner sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne. Nemanja Todorović Štiplija, rédacteur du portail Insajder, souligne que la Serbie n’a fait aucun progrès réel sur ce terrain, malgré les attentes de Bruxelles.

« Bar ne način na koji Evropska komisija to očekuje. Prvenstveno očekuje usklađivanje sa deklaracijama visokog predstavnika koje se odnose na Rusiju, onda posredno na Belorusiju i čak i na Kinu. Srbija se nije uskladila skoro ni sa jednom deklaracijom tog tipa. Evropska komisija od januara 2025. očekuje to od Srbije. I nemački kancelar je to vrlo eksplicitno pomenuo u Tivtu.
Todorović Štiplija précise que cette posture complique l’ouverture du « cluster 3 » des négociations d’adhésion. Si la Commission européenne semble vouloir justifier l’ouverture de ce cluster en mettant en avant une coopération accrue avec l’Ukraine, plusieurs États membres restent réticents.
Le blocage du « cluster 3 » et les divisions au sein des États membres
La question de l’ouverture du « cluster 3 » divise les capitales européennes. Selon le président serbe Aleksandar Vučić, trois États membres se sont opposés fermement à cette avancée lors d’une réunion récente des ambassadeurs. Vučić a exprimé son mécontentement, affirmant que ses équipes avaient « travaillé dur » pour répondre aux exigences de la Commission européenne.
| Position | Pays ou Groupes cités |
|---|---|
| Favorables | France, Italie, Allemagne (après Tivat) |
| Opposés/Réticents | Pays baltes (politique étrangère), pays nordiques, Belgique, Pays-Bas (règle de droit), Croatie, Bulgarie (litiges bilatéraux) |
L’expert Nemanja Todorović Štiplija explique que la dynamique a changé avec l’inclusion de l’Ukraine et de la Moldavie dans le processus d’élargissement. « Došlo je do toga da se klasteri otvaraju bez nekih preduslova, koje su Srbija i Crna Gora nekada davno imale », note-t-il, soulignant que la décision finale revient aux États membres, indépendamment de la préparation technique du dossier.
Vers une crise politique persistante
Le rapport du Parlement européen, qui a adopté trois résolutions extraordinaires sur la Serbie depuis les élections de 2023, reflète une méfiance croissante. Picula a également réagi aux ambitions politiques de Vučić, notant que le président tend à « concentrer tout le pouvoir entre ses mains », quelle que soit sa fonction officielle.
Alors que la Serbie prétend avancer sur certains points, comme le dialogue avec Priština ou la coopération avec Kiev, l’Union européenne maintient une pression constante pour un alignement stratégique complet, incluant les sanctions contre la Russie. La question demeure de savoir si Belgrade sera prête à effectuer des changements concrets dans les quatre domaines identifiés par l’UE : les élections, la justice, les médias et la politique étrangère.
Find more reporting in our International section.
