L’ombre de l’IA sur Hollywood : les Oscars et le dilemme de la transparence
Los Angeles, Californie – Chaque saison des Oscars, Hollywood célèbre l’art humain, tout en adoptant discrètement les technologies qui facilitent le respect des délais. Cette année, l’intelligence artificielle (IA) est le dernier membre de l’équipe technique : elle n’a pas besoin de loge et ne se plaindra certainement pas du houmous servi sur le plateau. Le hic ? Personne ne souhaite la voir fouler le tapis rouge.
L’Académie des arts et des sciences du cinéma a adopté une position neutre, mais stratégique, face à l’essor de l’IA dans la production cinématographique. Selon un rapport du site spécialisé The Ankler, l’IA et les outils numériques "n’aident ni ne nuisent" aux chances d’un film aux Oscars. Les jurés évalueront les œuvres en tenant compte du "degré d’implication humaine dans la création", comme le précise le règlement de l’Académie.
Cette neutralité est un choix délibéré, souligne Erik Barmack dans son analyse pour The Ankler. Les productions ne sont pas tenues de divulguer l’utilisation de l’IA, et ce silence devient la politique implicite. Les films peuvent accumuler des nominations sans que les votants soient amenés à prendre en compte l’assistance des machines. Les équipes de campagne décident de ce qu’elles souhaitent révéler, créant une situation de "ne pas demander, ne pas dire".
L’IA la moins controversée est celle qui améliore l’efficacité de la post-production : nettoyage des dialogues, équilibrage automatisé du son, stabilisation d’image. Il s’agit d’une IA axée sur la productivité, permettant d’augmenter le volume de travail sans modifier l’intention artistique.
Cependant, l’utilisation de l’IA devient plus délicate lorsqu’elle touche aux performances vocales ou faciales. Le film "The Brutalist" a suscité la discussion après que l’un des monteurs ait révélé que la technologie vocale IA avait été utilisée pour affiner la prononciation hongroise des acteurs. De même, "Emilia Pérez" a fait l’objet de commentaires concernant l’utilisation de l’IA pour élargir la tessiture vocale d’une interprète. Ces interventions, comparables à l’auto-tune, sont acceptées par certains, mais soulèvent des questions de transparence.
Les exemples les plus problématiques concernent l’utilisation de l’IA pour créer du contenu de manière générative. Les génériques de début de la série Marvel "Secret Invasion", créés par IA, ont été critiqués pour leur aspect automatisé et leur manque de créativité. De même, le film d’horreur indépendant "Late Night With the Devil" a dû clarifier l’utilisation d’images générées par IA, suscitant des interrogations sur l’authenticité artistique.
Le cas du documentaire "Roadrunner" sur Anthony Bourdain a soulevé des questions éthiques encore plus profondes. L’utilisation d’une voix synthétique recréée par IA pour compléter certaines phrases prononcées par Bourdain a suscité des critiques concernant le consentement et la confiance du public, en particulier dans le contexte d’un documentaire censé être une œuvre authentique.
L’Académie n’a pour l’instant donné aucun signe d’une utilisation de l’IA sur le plateau de la cérémonie des Oscars. Cependant, il est probable que des technologies d’apprentissage automatique soient utilisées en coulisses pour améliorer l’accessibilité, notamment pour la transcription en direct et la distribution rapide de séquences vidéo.
Pour l’heure, l’IA reste un secret bien gardé à Hollywood : omniprésente dans les coulisses, mais absente des discours. Les utilisations les plus réussies maintiennent l’humain au centre du processus créatif, l’IA servant d’outil. Les utilisations les plus contestées traitent la créativité comme un simple centre de coûts, ou la confiance du public comme un élément facultatif. Si l’IA devait remporter un Oscar cette année, ce serait sans aucun doute dans la catégorie du meilleur outil de soutien : toujours présente, jamais remerciée et définitivement non invitée à la soirée.
