Asie Centrale : La Russie perd du terrain face à la Chine et à l’Europe, un an après le début de la guerre en ukraine
Samarkand, Ouzbékistan – Un an et demi après le début de l’invasion de l’Ukraine, l’influence russe en Asie Centrale s’amenuise, ouvrant la voie à une compétition accrue entre la Chine et l’Union Européenne pour le contrôle de cette région stratégique. La guerre en Ukraine et les sanctions occidentales qui en ont découlé ont considérablement affaibli la Russie, augmentant sa dépendance vis-à-vis de Pékin et modifiant l’équilibre des pouvoirs dans son “proche à l’étranger”.
La récente participation du président russe Vladimir Poutine au défilé militaire de Pékin marquant le 80e anniversaire de la victoire de la Seconde Guerre mondiale, et l’accent mis sur le rôle chinois dans ce conflit, illustrent cette nouvelle dynamique asymétrique. La présence des dirigeants des cinq pays d’Asie Centrale et du Bélarus à cet événement souligne également l’intérêt croissant de ces nations pour un partenariat avec la Chine.
Cependant, il serait simpliste de considérer l’Asie Centrale comme un simple pion dans le jeu d’influence sino-russe. Les pays de la région, comme le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Turkménistan, agissent en fonction de leurs propres intérêts, cherchant à tirer parti des rivalités entre les grandes puissances pour renforcer leur autonomie et diversifier leurs partenariats.
L’Union Européenne, consciente de cette opportunité, intensifie également ses efforts diplomatiques et économiques dans la région. Avec environ 23% du commerce combiné de l’Asie Centrale, l’UE joue un rôle économique significatif, notamment via le transit de marchandises européennes vers la Russie pour contourner les sanctions. La visite du président français Emmanuel Macron au Kazakhstan en 2024, axée sur la coopération en matière d’énergie nucléaire civile, et le premier sommet UE-Asie Centrale à Samarkand en avril, témoignent de cet engagement croissant.
Contexte et perspectives : L’Asie Centrale, carrefour géopolitique
L’Asie Centrale, riche en ressources naturelles et située à la croisée des chemins entre l’Europe et l’Asie, a toujours été un espace de compétition géopolitique. Historiquement sous l’influence de la russie, la région est aujourd’hui confrontée à une diversification de ses partenaires, avec l’émergence de la Chine comme acteur dominant et un intérêt renouvelé de l’Occident.
la guerre en Ukraine a accéléré cette tendance, fragilisant la position de Moscou et ouvrant de nouvelles opportunités pour Pékin et Bruxelles. L’avenir de l’Asie Centrale dépendra de la capacité de ces pays à naviguer dans cet environnement complexe,en préservant leur souveraineté et en tirant parti des avantages offerts par les différentes puissances en présence.
L’affaiblissement de l’influence russe ne signifie pas sa disparition totale. Moscou conserve des leviers d’influence importants en Moldavie,dans le Caucase du Sud et en Asie Centrale,notamment grâce à ses liens économiques et militaires. Cependant,il est clair que l’ère de la domination russe dans cette région touche à sa fin,laissant place à un nouvel ordre régional plus multipolaire.
