La technologie redéfinit les chemins de la migration : témoignages de ceux qui sont en mouvement
Par Antoine Dubois, Rédacteur en Chef International, nouvelles-du-monde.com
Istanbul, Turquie – Les frontières se dissolvent, les routes migratoires se complexifient et le pouvoir se négocie différemment. La technologie, omniprésente dans nos vies, est devenue un outil essentiel – et parfois une arme à double tranchant – pour les millions de personnes qui quittent leur foyer à la recherche d’une vie meilleure. Des smartphones aux applications de messagerie cryptées, en passant par les réseaux sociaux, la technologie façonne désormais chaque étape du voyage migratoire, comme l’a révélé une série d’entretiens menés avec des migrants à travers le monde.
L’Organisation Internationale des Migrations (OIM) estime qu’en 2023, plus de 281 millions de personnes étaient des migrants internationaux, soit environ 3,6% de la population mondiale. Ce chiffre, en constante augmentation, est alimenté par des conflits, le changement climatique, les inégalités économiques et la recherche d’opportunités. Et dans ce contexte, la technologie joue un rôle de plus en plus crucial.
“Avant, on dépendait des passeurs, on était à leur merci. Maintenant, on peut se connecter avec d’autres migrants, partager des informations, trouver de l’aide,” explique Fatima, une jeune femme syrienne rencontrée dans un centre d’accueil à Istanbul. Elle utilise Telegram pour communiquer avec sa famille restée en Syrie et pour s’informer des conditions de vie dans les différents pays d’accueil. “C’est plus sûr, plus rapide et moins cher.”
L’utilisation des réseaux sociaux, notamment Facebook et Instagram, permet aux migrants de se connecter avec des communautés diasporiques, de trouver un logement temporaire et de s’organiser pour le transport. Des groupes Facebook dédiés à l’aide aux migrants fleurissent, offrant un espace d’échange d’informations et de soutien mutuel. Cependant, cette connectivité accrue présente également des risques.
“Les autorités surveillent ces plateformes,” avertit Omar, un migrant vénézuélien qui a traversé plusieurs pays d’Amérique centrale à la recherche d’une vie meilleure aux États-Unis. “Il faut être prudent sur ce qu’on publie, sur qui on contacte. Les passeurs utilisent aussi ces réseaux, mais ils peuvent être dangereux.”
La surveillance numérique des migrants est une préoccupation croissante. Des rapports d’organisations de défense des droits de l’homme, comme Amnesty International, documentent l’utilisation de technologies de surveillance par les États pour traquer les migrants et les empêcher d’atteindre leurs destinations. L’utilisation de la reconnaissance faciale, de l’analyse des données de localisation et de l’intelligence artificielle soulève des questions éthiques et juridiques importantes.
Le gouvernement américain, par exemple, a investi massivement dans des technologies de surveillance frontalière, notamment des drones et des capteurs, pour renforcer le contrôle de ses frontières. L’Union Européenne a également mis en place des systèmes de surveillance, comme le système d’entrée/sortie (EES) et le système européen d’information et de voyage (ETIAS), qui collectent des données biométriques sur les voyageurs.
Au-delà de la surveillance, la technologie offre également des opportunités pour améliorer la protection des migrants. Des applications mobiles fournissent des informations juridiques, des conseils sur les droits des migrants et un accès à des services d’aide. Des plateformes en ligne permettent aux migrants de signaler des abus et de demander de l’assistance.
“Nous devons exploiter le potentiel de la technologie pour protéger les droits des migrants et faciliter leur intégration,” déclare le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, dans son dernier rapport annuel. “La technologie peut être un outil puissant pour promouvoir la dignité et l’inclusion.”
L’avenir de la migration sera indéniablement façonné par la technologie. Il est crucial que les gouvernements, les organisations internationales et la société civile travaillent ensemble pour garantir que cette technologie soit utilisée de manière responsable et éthique, au service des droits et du bien-être des migrants. Le défi est de trouver un équilibre entre la sécurité des frontières et la protection des droits fondamentaux des personnes en mouvement.
[Intégration potentielle d’une vidéo YouTube d’une organisation humanitaire travaillant avec des migrants et utilisant la technologie pour les aider : exemple, une vidéo expliquant le fonctionnement d’une application d’aide aux migrants.]
[Intégration potentielle d’un post Instagram d’une organisation de défense des droits des migrants dénonçant la surveillance numérique : exemple, une infographie expliquant les risques de la reconnaissance faciale pour les migrants.]
