Disparition de Marisa Bulgheroni, figure de la critique littéraire et témoin d’un siècle
Rome, Italie – Le monde de la littérature italienne est en deuil. Marisa Bulgheroni, critique littéraire, biographe et voyageuse insatiable, s’est éteinte, laissant derrière elle un héritage intellectuel riche et une mémoire vibrante du XXe siècle.
Bulgheroni s’est distinguée par une approche anticonformiste de la critique, capable de confronter les textes à leur contexte avec une acuité rare. Son écriture,loin de l’aridité académique,était infusée d’une narration personnelle et d’une spéculation qui dépassait le simple exercice analytique.
Elle est notamment reconnue pour son chef-d’œuvre, Aux portes d’un secret. Vie d’Emily Dickinson (2001, réédité en 2023), une biographie qui se lit comme une enquête captivante sur la poétesse américaine, explorant les méandres de son univers reclus. Bulgheroni avait également orchestré l’édition de Dickinson dans la collection “Meridiano” de Mondadori, un succès de librairie durable.
Son dernier ouvrage, Étoile noire (2020), témoignait d’une intimité profonde, un dialogue poignant avec son mari, Ennio Valentino, disparu récemment.
Au-delà de ses travaux critiques, Marisa Bulgheroni fut une observatrice privilégiée de son époque. Elle côtoya des figures emblématiques telles qu’Adriano Olivetti, Eugenio montale et Grace Paley, et partagea des moments inoubliables avec des personnalités aussi contrastées que John Kerouac. Ses récits, empreints d’une lucidité désarmante, restituent des fragments d’un monde en voie de disparition : les îles dalmates préservées du tourisme de masse, la Sicile baroque en noir et blanc, les vallées alpines intactes. Elle avait le don de capturer l’essence de ces lieux et de ces rencontres avec une précision remarquable, toujours adoucie par un rire qui démythifiait toute prétention.
Marisa Bulgheroni laisse un vide immense dans le paysage intellectuel italien, mais son œuvre et ses souvenirs continueront d’inspirer les générations futures. Elle nous rappelle l’importance de l’observation, de la curiosité et de l’humilité face à la complexité du monde. Son parcours témoigne d’une vie pleinement vécue, une vie dont elle elle-même disait avec simplicité : “Oh oui, j’ai vécu”.
