Les marchés financiers oscillent face aux tensions géopolitiques et aux incertitudes monétaires
PARIS – Les marchés financiers mondiaux ont connu une semaine de fortes fluctuations, exacerbées par les tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient et les signaux mitigés des banques centrales concernant l’évolution de leurs politiques monétaires. Les investisseurs, pris entre l’aversion au risque et la spéculation sur les taux d’intérêt, ont manifesté une sensibilité accrue aux développements internationaux et aux déclarations des autorités monétaires.
La réaction initiale du marché aux récentes réunions des banques centrales a été jugée excessive. Les propos du président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, ont été interprétés comme plus hawkish que prévu, entraînant une appréciation du dollar. Cependant, cette tendance s’est inversée le lendemain, avec une forte vente du dollar après les annonces des banques centrales anglaise et européenne. Les marchés de swaps anticipent désormais trois hausses de taux d’intérêt par la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre (BoE) cette année, contre seulement quelques points de base de resserrement monétaire attendus aux États-Unis.
Malgré ce repli, le dollar a rebondi en fin de semaine, les inquiétudes géopolitiques incitant les acteurs du marché à éviter les positions courtes sur la devise américaine à l’approche du week-end. Les craintes d’une escalade du conflit au Moyen-Orient, malgré les assurances américaines et israéliennes de ne pas cibler les infrastructures pétrolières iraniennes, persistent. Les déclarations du secrétaire au Trésor américain, Bessent, évoquant la possibilité d’une prise de contrôle de l’île de Kharg par les États-Unis, ont ajouté à l’incertitude.
L’euro sous pression, le yen en hausse
L’euro a connu des mouvements importants, atteignant un sommet à six séances à 1,1615 dollar avant de retomber, influencé par les spéculations sur une possible hausse des taux d’intérêt par la BCE. Si la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a adopté une attitude prudente, certains responsables de la banque centrale ont souligné les risques d’une inflation persistante. L’euro se négocie actuellement en dessous de 1,16 dollar, avec un risque de test du seuil de 1,15 dollar, où expirent des options pour 1,5 milliard d’euros.
Le yen a profité du repli du dollar, atteignant un sommet à sept séances. Cependant, il a ensuite perdu du terrain, ramené à environ 158,90 yen par dollar. Des options pour 920 millions de dollars expirent également aujourd’hui au niveau de 158,50 yen.
La livre sterling a également rebondi, dépassant le seuil de 1,3465 dollar, mais a ensuite stabilisé en dessous de 1,3440 dollar. Les marchés de swaps prévoient désormais une probabilité de 80 % d’une hausse des taux d’intérêt par la BoE le mois prochain, une nette révision à la hausse par rapport aux attentes antérieures.
Les devises émergentes contrastées
Les devises émergentes ont affiché des performances contrastées. Le peso mexicain a récupéré malgré un sentiment de risque élevé, tandis que le dollar a baissé face au yuan chinois, suite à une nouvelle baisse du taux de référence fixé par la Banque populaire de Chine. En revanche, la roupie indienne a subi une forte dépréciation, tombant à un niveau record face au dollar, en raison des ventes massives d’actifs par les investisseurs étrangers.
Les marchés boursiers et obligataires sous pression
Les marchés boursiers mondiaux sont restés sous pression, avec le Stoxx 600 en Europe affichant une faible variation après une forte baisse la veille. Les rendements obligataires ont augmenté, en particulier au Royaume-Uni et en Italie. Le rendement de l’obligation d’État américaine à 10 ans a atteint 4,30 %, son plus haut niveau depuis août dernier.
Autres marchés
Le prix du pétrole brut May West Texas Intermediate (WTI) s’est stabilisé, mais reste proche de son plus bas niveau de la semaine. Le Brent, quant à lui, se maintient au-dessus de 100 dollars le baril.
Données économiques
Le Canada publiera aujourd’hui ses données de ventes au détail de janvier, qui devraient afficher une forte hausse de 1,5 % après une baisse de 0,4 % en décembre. Au Royaume-Uni, les finances publiques de février ont déçu les attentes, mais l’impact de la hausse des taux d’intérêt rend ces données moins pertinentes. La zone euro a publié des excédents commerciaux et courants de janvier, tirés par l’Allemagne.
