Des manifestations violentes ont éclaté à Nairobi ce lundi 18 mai 2026, paralysant les transports en commun en réaction à la flambée des prix des carburants, avec des heurts entre manifestants et forces de l’ordre faisant plusieurs blessés et des véhicules incendiés.
Une grève générale déclenchée par la hausse des prix du carburant
Les prix records du carburant ont provoqué une crise sociale majeure au Kenya, où les transporteurs publics ont déclenché une grève illimitée ce lundi 18 mai 2026 à Nairobi, la capitale économique du pays. Les images de la journée montrent des scènes de chaos : des pneus brûlés au milieu des routes, des véhicules démantelés par des protestataires, et des affrontements avec les forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les foules. Selon les témoignages recueillis par des journalistes sur place, la colère des Kenyans s’est concentrée sur le coût exorbitant de l’essence, dont le prix a augmenté de près de 30 % en un mois, selon les estimations des commerçants et des conducteurs.
La grève, qui a touché l’ensemble du réseau de transports publics, a plongé des milliers de travailleurs dans l’incapacité de rejoindre leur lieu de travail. Les images diffusées par les agences de presse montrent des files d’attente interminables devant les stations-service, où les réservoirs sont souvent vides en raison des pénuries provoquées par les manifestations. Les autorités kenyanes n’ont pas encore communiqué de chiffres officiels sur le nombre de blessés, mais les hôpitaux de Nairobi signalent une affluence inhabituelle de patients présentant des symptômes liés aux gaz lacrymogènes.
Des violences qui se poursuivent au deuxième jour de mobilisation
Mardi 19 mai 2026, la situation est restée tendue, avec des affrontements renouvelés entre manifestants et policiers. Les forces de l’ordre ont intensifié leur présence dans les quartiers stratégiques de Nairobi, notamment autour des gares routières et des marchés, où les tensions sont les plus vives. Des vidéos partagées sur les réseaux sociaux montrent des policiers en civil procédant à des arrestations, tandis que des groupes de jeunes ont continué à bloquer les axes routiers en brûlant des pneus.
Un manifestant, interrogé par des journalistes près d’un point de blocage, a déclaré que la grève ne prendrait fin que si le gouvernement annulait immédiatement la hausse des prix du carburant.
« Nous ne retournerons pas travailler tant que le gouvernement ne reviendra pas sur cette décision. Les prix sont insupportables pour les familles. »
Un conducteur de matatu, transport public informel, Nairobi, 19 mai 2026
Les autorités kenyanes n’ont pas encore réagi officiellement à ces revendications, mais des rumeurs circulent selon lesquelles le gouvernement envisagerait une réduction temporaire des taxes sur les carburants. Cependant, aucune annonce concrète n’a été faite à ce stade.
Un contexte économique déjà fragilisé
La flambée des prix du carburant s’inscrit dans un contexte économique déjà difficile pour le Kenya. Le pays, qui dépend largement des importations de pétrole, subit les répercussions de la guerre en mer Rouge, qui a perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales et fait bondir les coûts du transport maritime. En outre, la sécheresse persistante dans certaines régions du pays a réduit les récoltes, aggravant l’inflation et la pression sur le pouvoir d’achat des ménages.
Les transporteurs publics, dont une grande partie des véhicules sont des matatus – des minibus colorés et surchargés – sont particulièrement touchés. Ces conducteurs, souvent indépendants, voient leurs marges se réduire comme peau de chagrin avec la hausse des coûts du carburant. Leur grève, bien que spontanée, reflète ainsi une colère plus large contre les politiques économiques du gouvernement, perçues comme favorisant les élites urbaines au détriment des classes populaires.
Des économistes locaux, cités par des médias kenyan, estiment que cette crise pourrait avoir des répercussions durables sur la croissance du pays. Si rien n’est fait pour stabiliser les prix, nous risquons de voir une récession localisée, surtout dans les secteurs informels qui emploient la majorité de la population active
, a averti un analyste du Kenya Institute for Public Policy Research and Analysis (KIPPRA), sans préciser de date.
Réaction des autorités et risque d’escalade
Face à l’aggravation de la situation, le gouvernement kenyan a déployé des renforts policiers dans les zones sensibles de Nairobi. Cependant, les mesures prises jusqu’à présent – principalement répressives – n’ont pas réussi à calmer les tensions. Certains observateurs craignent que la grève ne s’étende à d’autres villes du pays, comme Mombasa ou Kisumu, où les prix du carburant sont également en hausse.
Le président William Ruto, qui a pris ses fonctions en septembre 2022, se trouve dans une position délicate. Son gouvernement a déjà été critiqué pour sa gestion de l’inflation, et cette crise pourrait affaiblir davantage sa popularité à quelques mois des élections générales prévues en août 2027. Pour l’instant, aucune déclaration officielle n’a été faite depuis le début des manifestations, ce qui laisse planer un doute sur la stratégie du pouvoir face à cette crise sociale.
Dans ce contexte, les syndicats de travailleurs appellent à une mobilisation plus large, incluant les secteurs formels de l’économie. Une grève générale, bien que peu probable à court terme, ne peut être exclue si le gouvernement ne trouve pas rapidement une solution pour apaiser la colère des Kenyans.
Et maintenant ?
À ce stade, plusieurs scénarios sont possibles. Le gouvernement pourrait annoncer une mesure d’urgence, comme une subvention temporaire sur les carburants, pour éviter une escalade sociale. Cependant, une telle décision soulèverait des questions sur sa capacité à financer cette aide sans aggraver le déficit budgétaire déjà élevé.
Une autre possibilité serait une médiation entre les transporteurs et les autorités, mais les négociations risquent d’être longues, surtout si les manifestants maintiennent leurs exigences initiales. Enfin, une solution à long terme passerait par une réforme plus profonde des politiques énergétiques du Kenya, avec une réduction de la dépendance aux importations de pétrole et un investissement accru dans les énergies renouvelables.
Pour l’instant, les Kenyans attendent des réponses concrètes. Les images de ces manifestations, diffusées en boucle sur les réseaux sociaux, rappellent que la patience des citoyens a des limites. Dans un pays où le pouvoir d’achat est déjà mis à rude épreuve, la hausse des prix du carburant pourrait bien devenir le déclencheur d’un mouvement social plus large, si aucune issue n’est trouvée rapidement.
